Sans récits imaginaires, mais comme témoins directs nous avons fait connaître la venue de notre Seigneur Jésus Christ

Publié le par Michel Durand

Pierre-Paul Rubens,
Siegen, 1577 ~ Anvers, 1640, La Transfiguration, 1605, 
Huile sur toile, H. 407 ~ L. 670 cm



Pierre-Paul Rubens,
Siegen, 1577 ~ Anvers, 1640, La Transfiguration, 1605, 
Huile sur toile, H. 407 ~ L. 670 cm



« Son habit était blanc comme la neige » (Dn 7, 9-10.13-14)
Le Seigneur est roi, le Très-Haut sur toute la terre (Ps 96, 1a.9a)
Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue » (2 P 1, 16-19)
« Son visage devint brillant comme le soleil » (Mt 17, 1-9)

Homélie du dimanche 6 août 2017

En se mettant face à l'actualité

J’aborde la liturgie de ce dimanche, fête de la transfiguration, dans le même esprit que celle du 15 août, l’Assomption de Marie. Pour accompagner ma méditation, il me faudrait pouvoir montrer des reproductions des grandes peintures de La Transfiguration de Jésus (Rubens, 1605) et de L’Assomption de Marie (Rubens, 1626, Anvers). À défaut, je vous invite à regarder, une fois arrivé chez vous, les reproductions trouvées sur internet ou dans les livres d’art ; ou dans vos documents personnels, prises de vues numériques à la suite de visites d’églises, de musées. 

J’aborde cette liturgie en pensant aux apocalypses de fin du monde dont on parle tant aujourd’hui, et ceci pour deux raisons. D’abord, le climat. La chaleur, les orages, la pollution. Puis, la pression des Migrants traversant la Méditerrannée. Ajoutons le risque nucléaire. Afin de signifier cette actualité, je cite trois titres du quotidien La Croix : 1- Où sont situés les centres d’accueils des demandeurs d’asile en France ? 2- Un rapport dénonce l’action de la police à Calais ; 3- Allemagne, sommet de crise sur le diesel.

Constatant le montée des eaux, la pollution de l’air, l’appauvrissement des très pauvres, la multiplication des pays en guerre, etc… de nombreux penseurs avancent l’idée de fin du monde. Décrivant les catastrophes subies, ils avancent la venue de la fin de l’histoire. « Le triomphe de l’Occident consiste dans le fait qu’avec la fin du socialisme toutes les alternatives authentiques au libéralisme occidental sont épuisés » (Moltmann). Il n’y a plus désormais que la gouvernance des techniciens, des calculs économiques, des systèmes performants orientés par des algorithmes dont on ignore tout. Apocalypse de fin du monde, de fin de l’histoire, de fin de l’homme vraiment homme. Je songe au transhumanisme et aux modifications génétiques. 

 

Et face à la Révélation

Cette apocalypse de désespérance n’est pas celle de Dieu. Par son fils Jésus, le Christ, Dieu annonce aux pauvres le règne divin, le Royaume. Jésus explique que Dieu est Père, plein d’amour ; il conduit les hommes et toute la création à la Vie. L’apocalypse, qui comprend effectivement une fin, est toute chargée d’espérance. Elle n’est pas situation catastrophique. Elle est Révélation heureuse. Dieu est le Dieu des vivants comme le montre l’annonce de l’Évangile aux nations peuplées de frères et de sœurs également dignes. Elle et une apocalypse marquée par l’espérance que dépose en nous l’expérience d’une nouvelle vie par l’Esprit Saint.

Les récits évangéliques du 6 août et du 15 août parlent de cette issue glorieuse de l’ensemble du cosmos. Dans l’étude chrétienne de la fin de temps, « l’attente du Christ qui vient l’emporte sur la crainte des terreurs des temps de la fin » (Moltmann, La venue de Dieu, p; 284).

Certes, il y a des événements que l’on ne comprend pas ; on n’arrive pas à les exprimer raisonnablement. Les mots n’expliquent rien. La Transfiguration de Jésus et l’Assomption de Marie sont de ceux-là. On dit que la transfiguration est un changement miraculeux dans l’apparence du Christ. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Parlons de la Transfiguration ; ou, essayons d’en parler.

L’éclat de la divinité du Christ transparaît à travers son humanité, préfigurant son triomphe après sa passion et sa mort. On dit aussi que les disciples ne comprendront le sens de cet évènement qu’après la résurrection de Jésus. Dans leurs rencontres avec Jésus ressuscité, ils recevront la certitude que le Fils de Dieu (le Verbe) est venu accomplir les promesses énoncées dans l’Ancien Testament.

En fait, si les mots expliquent peu ou pas assez, l’art des peintures nous donne les moyens de nous approcher davantage de ce qui a eu lieu, de le sentir intuitivement. C’est pour cela que j’invite à regarder attentivement les créations artistiques en tenant compte de l’époque de création. Le style du XIIe siècle ne se regarde pas avec les yeux du XVIIIe ou du XXIe

Précisons le contexte de la Transfiguration. Regardons dans l’Evangile ce qui précède l’événement. Jésus, en voyant ce que les chefs de son pays (prêtres, scribes, pharisiens), disent et font, comprend que la situation n’est pas brillante pour lui et ses amis. Ils sont en dangers. Il risque d’être condamné. Il parle à ses amis de sa mort (Mt 16,21-23). Ceux-ci sont découragés, effrayés. Ils subiront assurément le même sort : 

le Fils de l’homme, dans la souffrance sera mis à mort. Mais, ensuite, il ressuscitera (Mt 16,21).

Malgré tout, ils sont persuadés que Jésus est Seigneur et Maître de toutes choses. Il renouvellera le monde pour que celui-ci soit parfait ; or, ils entendent parler de mort, d’échec (16,24s). Peuvent-ils comprendre, pouvons-nous comprendre cette annonce ?

quiconque perd sa vie à cause de moi l’assurera  (TOB)- « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera ».(16,25).

Devant leur découragement, Jésus décide d’ouvrir le voile terrestre qui cache sa réalité céleste. Il anticipe ; il préfigure ce que sera Pâque, sa résurrection, en invitant ses meilleurs amis dans un endroit de silence et de paix. Là, ils prient.

Au milieu de leur prière, les trois disciples ont eu une vision. Entre Moïse et Elie, Jésus apparait glorifié, non seulement comme un envoyé de Dieu mais comme son Fils unique bien aimé de toute éternité. Né du Père, il n’est pas créé.

Cette vision est-elle réelle ?

Est-ce l’imagination, le rêve ou la réalité qui parle ? Nous croyons que le Christ fut transfiguré devant eux. Qui nous prouve que ce que nous croyons est vrai ? Écoutons Pierre :

Bien-aimés, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur.

Dans l’événement de la transfiguration, nous voyons que Jésus est l’Homme Céleste.

Je développe ma méditation en observant la peinture de Rubens.

 

Rubens, La Transfiguration 1605, 
Huile sur toile, H. 407 ~ L. 670 cm


Rubens, La Transfiguration 1605, 
Huile sur toile, H. 407 ~ L. 670 cm


Regardons la Transfiguration de Rubens. Je détermine trois séquences :

Sur le mont, au centre, un ciel plein de lumière : le lieu de Dieu où Christ manifeste sa gloire éternelle ; en-dessous, les trois apôtres terrassés et priants ; au bas du mont, les disciples témoignant de ce qu’ils ont perçus à des gens qui acceptent le témoignage et sont ainsi baignés de lumière, ou qui, craintifs, détournent la tête et demeure dans l’obscurité. Sur la terre, là où nous sommes. Il y a beaucoup de monde, des couleurs plutôt obscures sur les bords de la toile. Les personnages ont du volume, du relief. Ils vivent, se regardent, parlent entre eux. Nous voyons un livre en premier plan, les annonces de l’Ancien Testament. Celui que le porte montre de l’index la réalité supérieure. Une femme, en extase, attire l’attention ; c’est Marie Madeleine, toute baignée de la Lumière : elle est la première à avoir vu et reconnu Le Ressuscité.

Le regard est immanquablement attiré vers le haut, au centre supérieur. Nous sommes aspirés par et dans la lumière de la Vie ; du bleu vers le blanc et vers le jaune, centre éclatant d’où partent les rayons destinés à éclairer l’humanité. Il y a, là, trois personnages, bien réels puisque les témoins peuvent les reconnaître. Jésus aux centre, Moïse à gauche avec les Tables de la Loi et Elie. Ils existent ; mais ils ne sont pas de notre temps, de notre monde. Ils appartiennent au ciel, au Royaume, à la Gloire de Dieu, toujours symbolisée par une lumière resplendissante. 

Les trois apôtres sont là, Pierre, Jacques et Jean. Ce qu’ils ont vu est vrai. Ils ont eu peur. ils ont été touchés, Ils ont aimés. Ils nous en parlent. 

Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. (Mt 17, 2).

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