Celui qui a l'esprit de pauvreté a toujours de trop. Celui qui a l'esprit du monde n'a jamais assez, il n'est jamais content

Publié le par Michel Durand

Celui qui a l'esprit de pauvreté a toujours de trop. Celui qui a l'esprit du monde n'a jamais assez, il n'est jamais content

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Je l’ai souvent exprimé : la rencontre d’objecteurs de croissance m’a donné l’occasion de renouer avec l’exigence évangélique de mettre des limites dans ma consommation ordinaire. Je pense à cela aujourd’hui suite à la rencontre d’entrée des pradosiens de l’Église à Lyon où fut évoqué entre nous l’appel à la pauvreté. C’est une exigence évangélique dont le monde d’aujourd’hui a bien besoin. Les écologistes le rappellent sans cesse par leur choix de vie sobre.

Les intellectuels décroissants parlent de la tendance de l’hybris. Ainsi Serge Latouche, soulignant qu’au nom de l’individu devenu roi à la place des rois de l’ancien régime, la démesure s’est installée : « Toutes les sociétés avaient affaire avec la démesure, mais on s’efforçait alors de la limiter. Pour les Grecs, toute l’éducation avait pour but de domestiquer l’hybris. Sur le plan économique, l’hybris se traduit par l’illimitation de la production, la croissance sans limite, c’est-à-dire la destruction des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, l’illimitation de la consommation – puisque nous avons une production illimitée, il faut une consommation illimitée. Et comme nous avons une capacité d’absorption qui est elle-même limitée, naturellement il faut créer artificiellement des besoins, toujours plus de besoins artificiels. La conséquence c’est l’illimitation des déchets, de la pollution de l’air et de l’eau… La démesure représente un réel danger ».

Antoine Chevrier parle autrement ; mais ce qu’il dit revient au même : pour vivre dans l’amour de Dieu et des autres, il convient de savoir se limiter. Afin de se mettre en accord avec la pauvreté prônée par l’Évangile, il convient de se contenter du nécessaire.

Notons que cette orientation existentielle s’accompagne du combat contre la misère. Bienheureux les pauvres et non bienheureux les misérables. Dans le langage d’aujourd’hui, il est triste de confondre misère et pauvreté.

Je donne à lire un texte d’Antoine Chevrier tiré du Véritable disciple. Il y a plus de 28 citations de l’expression se contenter du nécessaire.

 

Se contenter du nécessaire. 

"Bienheureux les pauvres d'esprit, car le royaume des cieux est à eux". (Mt 5,3

"C'est une grande richesse que la piété et la modération d'un esprit qui se contente de ce qui suffit pour les besoins de la vie présente". (1 Tm 6,6)

C'est un article très important et dont il faut bien se pénétrer pour ne pas sortir de la véritable pauvreté, parce que la véritable pauvreté et l'esprit de pauvreté se trouvent renfermés dans ce mot : 

Avoir le nécessaire et savoir s'en contenter. 

C'est parce qu'on ne sait pas se contenter du nécessaire que l'on manque à la pauvreté. On commence bien par la pauvreté, mais, peu à peu, on trouve que ce n'est pas assez commode, pas suffisant, que ce n'est pas assez solide, pas assez propre... que ça ne dure pas assez et mille autres raisons spécieuses ; et alors, on ajoute, on change, on embellit, on trouve que c'est plus convenable, que ça dure plus et peu à peu, on se trouve d'avoir une chambre commode, à l'aise, où rien ne manque ; d'avoir une table confortable où l'on trouve au-delà du nécessaire d'avoir des habits convenables, qui durent davantage, qui sont plus solides et mieux en rapport avec les goûts du monde ; de changement en changement, on arrive à faire comme le monde et à perdre l'esprit de pauvreté. 

Le monde ne cesse de dire : Ah ! que vous êtes mal logés, mal couchés, mal nourris, mal habillés ! faites donc comme ceci, faites donc comme cela. 

A nous de répondre au monde comme Notre Seigneur répondit à saint Pierre : "Retire-toi, Satan ; vous m'êtes un sujet de scandale, parce que vous ne goûtez point les choses de Dieu, mais celles des hommes". (Mt 16,23)

Celui qui a l'esprit de pauvreté, il a toujours de trop, il tend toujours à retrancher ; celui qui a l'esprit du monde n'a jamais assez, il n'est jamais content, il lui faut toujours quelque chose de plus. 

Le vrai pauvre de Jésus Christ va toujours en retranchant, en diminuant. 

Celui qui a l'esprit du monde va toujours en croissant, en augmentant.

Celui qui a l'esprit de pauvreté se dit en lui-même : j'ai bien encore plus qu'il ne faut, il y a tant de pauvres qui n'ont pas tant que moi, tant de pauvres qui souffrent et qui manquent du nécessaire ; et moi, quel droit ai-je donc d'être mieux logé, mieux nourri, mieux vêtu que les pauvres du bon Dieu ?

Là où il n'y a pas à souffrir quelque chose, il n'y a pas de véritable pauvreté. C'est en se pénétrant de cet esprit que, peu à peu, on se dépouille de tout ce qui n'est pas nécessaire ; on a horreur de tout ce qui sent le luxe, la vanité. »

 

Sans aucun doute la connaissance d’Antoine Chevrier me fut un réel ressort pour entrer et demeurer en fidélité avec l’appel de Jésus à aimer la béatitude de la pauvreté -bienheureux les pauvres. Les témoignages des objecteurs de croissance réveillent sans cesse cet art de vivre qui consiste à se contenter du nécessaire. Une loi pour une économie humaine non capitaliste. François en parle abondamment dans Laudato si.

 

Publié dans Anthropologie, évangile, Prado

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