Se prosterner devant le pauvre, c’est signifier sa grandeur. Se prosterner devant un inconnu, c’est souligné son immense dignité.

Publié le par Michel Durand

Peinture de Juan de Flandes. 15°-16° siècle

Peinture de Juan de Flandes. 15°-16° siècle

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Je présidais ce matin l'eucharistie en l'Eglise Saint-Maurice (LYON 8). Journée mondiale des pauvres Voir ici. 

Après une longue prosternation devant l'autel et devant l'assemblée, à plusieurs reprises pour "embrasser" toutes les personnes présentes, j'ai dit ceci :

Habituellement, nous nous saluons par une poignée de mains ou par une bise afin de signifier une plus grande intimité.

Se prosterner devant une personne marque le caractère illustre et l’autorité de cette personne.

Regardons-nous. Qui sommes-nous ? Des hommes, les uns au masculin, les autres au féminin. Des riches marqués de fragilité, des pauvres à la richesse certaine ?

Riches ? Pauvres ? Regardons avant tout l’humain qui fut façonné à l’image de Dieu. Dieu nous veut à son image.

En l’homme il y a Dieu. En Dieu, il y a l’homme. Se prosterner devant autrui, c’est reconnaître sa divine et humaine grandeur.

Et le Verbe s’est fait chair. Dieu vient en l’homme. Il a habité parmi nous. Se prosterner devant autrui, c’est reconnaître en lui, le Christ. Jésus ne retient pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu ; mais, il se fit pauvre, n’écartant pas la position d’esclave qu’on lui imposa dans sa mort sur une croix.

Se prosterner devant le pauvre, c’est signifier sa grandeur. Se prosterner devant un inconnu, c’est souligné son immense dignité.

Alors, tout en préservant votre liberté, je vous invite à vous saluer les uns les autres par une digne prosternation, (comme je l’ai fait en ouverture de la célébration liturgique), salutation qui révèle la beauté de l’homme voulue par Dieu à la création ; dignité de tous avec une prédilection pour les pauvres.

 

 

Bruno, diacre a prononcé cette homélie : 

Nous connaissons tous presque trop bien cette parabole des talents. Beaucoup d'entre nous probablement l'ont entendue commenter dans leur jeunesse pour les inciter à bien travailler à l'école. Cela avait le don de m’énerver prodigieusement quand j’étais au collège et au lycée. Nous devions faire fructifier nos "talents" avec un jeu de mots hasardeux entre la monnaie de l’époque et les dons que nous avions reçus.

Un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens. Quel est donc ce Maître qui confie ses propres biens à ses serviteurs ? Et pourquoi donc ne confie-t-il pas lui-même son argent à la banque où il reproche au « mauvais » serviteur de ne pas l’avoir déposé ? Quant à la chute de la parabole, elle est particulièrement choquante: "Celui qui a recevra encore, et il sera dans l'abondance. Mais celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a". Cette phrase, sortie de son contexte, a d'ailleurs été reprise par  les économistes puisque constatant ce phénomène dans la réalité, ils l'ont appelé "l'effet Matthieu": celui qui a s'enrichit et celui qui n'a rien devient plus misérable encore. Quel paradoxe d’entendre cela en cette journée mondiale des pauvres voulue par le Pape François.

Observons que le maître réagit selon les propres paroles du serviteur :" Je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n'as pas semé, tu ramasses là où tu n'as pas répandu le grain". Un peu comme quand ailleurs, en nous invitant à ne pas juger, Jésus nous dit que c'est avec la mesure avec laquelle nous mesurons qu'on mesurera pour nous. Le serviteur est pris au mot et traité par son maître comme lui-même l’a jugé. Mais le serviteur ajoute "j'ai eu peur".

Si c'est Dieu lui-même le maître dans cette parabole, quels sont ses propres biens qu'il nous confie ? Quand Dieu nous confie ses biens, c'est rien moins que son image qu'il met en nous. Le livre de la Genèse nous dit : "Homme et femme il les créa, à son image il les créa". Nous pouvons alors nous demander en quoi peut consister le fait de faire fructifier l'image de Dieu en nous ?

Si Dieu est amour et se révèle comme tel dans le dépouillement de sa puissance jusqu'à mourir sur une croix, faire fructifier son image, n'est-ce pas s'ajuster à cette révélation et mettre nos pas dans ceux du Christ ?

Faire fructifier son image, n'est-ce pas aussi la reconnaître et la révéler en ceux qui nous entourent, leur permettre de se développer : en fin de compte n'est-ce pas l'inverse de l'effet Matthieu des économistes : n'est-ce pas nous défaire de nos richesses matérielles pour que ceux qui n'ont rien puissent accéder à une vie digne sans laquelle l'image de Dieu en eux est abîmée ?

Alors tous nos « talents », au sens où l'entendaient les sermons de mon enfance pour nous encourager à bien travailler, méritent d'être cultivés dans la mesure où ils sont mis au service de cette vocation fondamentale : développer en nous et en tout homme l'image de Dieu. Il y a apparemment un paradoxe dans le texte des proverbes que nous avons entendu en première lecture sur la femme précieuse : "Son mari peut avoir confiance en elle : au lieu de lui coûter, elle l'enrichira" et quelques versets plus loin "ses doigts s'ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux". Cette apparente contradiction évoque l'invitation de l'évangile : "va vends tout de que tu as et tu auras un trésor dans les cieux, puis viens et suis moi". C'est le paradoxe de tout l'évangile : celui qui veut sauver sa vie la perdra, qui s'élève sera abaissé.

Dans le monde où nous sommes, trop de personnes vivent dans la grande pauvreté et se voient enlever le peu qu'ils ont. Et en ce dimanche qui est aussi celui de la collecte du Secours Catholique, le constat fait par l’association dans le dossier statistique où elle analyse les situations rencontrées, c’est bien que les plus pauvres s’appauvrissent encore plus avec un accent particulier mis cette année sur le poids des préjugés qui pèsent sur celles et ceux qui vivent dans la pauvreté. L'effet Matthieu des économistes se constate d'autant plus en période de crise et il peut être tentant lorsque le contexte est moins rassurant de réduire sa générosité en se laissant dominer par la peur. C'est l'attitude du mauvais serviteur. Mais l'image de Dieu en nous s'effacera à la mesure où la peur déterminera notre relation à Dieu et aux autres. Et si nous laissons la peur gouverner notre vie, alors les jours qui viennent seront très sombres pour les plus pauvres. Le seul trésor qu'il nous faut faire fructifier c'est cette marque en nous du créateur. Cette image, rien ne nous la révèle mieux que le Christ qui prend la place du serviteur. Allons donc, et nous aussi, faisons de même !

 

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Publié dans Eglise, évangile

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