Avec l’urgence, de donner un toit et du pain, il y a celle de changer notre regard ; lettres aux responsables politiques

Publié le par Michel Durand

Hautes-Alpes : "Tous Migrants" en marche jusque devant la sous-préfecture de Briançon

Hautes-Alpes : "Tous Migrants" en marche jusque devant la sous-préfecture de Briançon

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Geneviève Iacono : Lettre ouverte portée par le collectif des enseignants de l’Université Lyon 2 et des responsables associatifs suite à l’occupation de l’amphi C sur le campus de Bron.

Notons bien : Des catholiques, pour suivre certaines consignes officielles, expriment leur refus de signer cette pétition.C’est à eux que je pense dans la rédaction de cette page. Il faudrait un large et honnête débat sur l’obéissance aux pouvoirs publics.Seulement actuellement, je ne sens pas où il pourrait se tenir. C’est là un drame où notre conversion de carême est engagée. 
Je reçois, (je pense avec d’autres correspondants) ce courriel :

« Merci pour l’envoi de cette pétition. Je l’avais déjà signée et transmise. Mais, j’ai été « choquée » ou au moins peinée de me voir répondre par un membre de l’ACLAAM à qui je l’avais communiquée naïvement : L’ACLAAM a décidé qu’elle ne signerait pas cet appel. Certains membres l’ont signé à titre personnel. 
Je trouve tellement « dommage » que l’Eglise, entant qu’Eglise, se mette à part quand il s’agit de la recherche de la justice.
Je suis bien OK : Il ne s’agit pas de toujours « râler » et il est bon de se préserver des plages où on peut négocier d’homme à homme avec le Préfet ou ses représentants. Mais, il me semble qu’il y a des choses non négociables ?

Christine Pedotti : 
UNE PLACE SUR CETTE TERRE

Depuis quelques jours, les appels en faveur de l’accueil des étrangers fleurissent, y compris émanant des proches du président Macron. Ses différents propos, et la politique menée par le Ministre de l’intérieur, Gérard Collomb sont mal ressentis non seulement par les différentes associations et ONG qui viennent en aide aux migrants, mais aussi par une partie de ses soutiens dont la sensibilité est plutôt à gauche. 

Le gouvernement prétend que la loi qui sera présentée au printemps est équilibrée et qu’elle promet un meilleur accueil des demandeurs d’asile contre une plus grande rigueur à l’égard des migrants économiques entrés sans droit sur le territoire. C’est au nom de cette distinction que le ministère de l’Intérieur veut recenser les personnes accueillies dans les centres d’hébergement d’urgence. De leur côté, les associations refusent de faire cette différence au nom du principe d’humanité. Bien sûr, les associations ont raison : le principe d’humanité est précieux entre tous et, devant un homme, une femme, un enfant en détresse, affamé, malade, livré au froid, il ne peut y avoir de finesse politique. Pour autant, on ne peut négliger ce qui n’est pas dit par le gouvernement, mais qui est la raison profonde de son attitude, comme elle fut celle du précédent. Eh oui, il faut en revenir à l’état de l’opinion publique. Sur ce sujet, les chiffres sont têtus, les Français et les Françaises ne veulent pas d’immigration. Au vu du sondage le plus récent (Elabe pour BFMTV en date du jeudi 18 janvier), le refus d’accueil reste très majoritaire, quelles que soient les opinions politiques, même si les gens qui se situent à gauche sont un peu moins fermés que ceux qui se reconnaissent à droite. Mais d’autres faits sont avérés : dans tous les cas où des personnes migrantes ont été installées dans un village ou un quartier, l’annonce de leur venue a soulevé la colère des voisins ou riverains, et dans tous les cas la majorité de la population locale s’est mobilisée pour venir en aide aux arrivants. Les belles histoires sont pléthore. Elles montrent que la peur est abstraite et l’hospitalité concrète… quand les gens ne sont plus des chiffres et des dossiers mais ont un visage et une histoire,  tout change.

C’est pourquoi, l’urgence, aussi grande que de donner un toit et du pain, c’est de changer notre regard, et c’est ce que nous demandons ici aux responsables politiques de notre pays et en tout premier lieu, au président de la République, Emmanuel Macron. La politique, c’est aussi une parole qui change le monde et les cœurs : l’une des beautés, des grandeurs et aussi des grandes responsabilités de la politique, c’est qu’elle peut permettre à la parole de devenir une action.

Monsieur le Président, vous pouvez faire pencher la balance vers l’accueil au lieu de la faire pencher vers la défiance et le refus. Ne vous laissez pas impressionner par l’opinion publique. Vous avez déclaré que la rue ne faisait pas la loi. La peur non plus ne peut être gagnante. Il y a soixante-seize ans paraissait le premier Cahier du Témoignage chrétien, titré « France, prends garde de perdre ton âme » qui se dressait contre la politique de collaboration avec le régime nazi et les lois antijuives. Il est tout à fait certain que, si l’on avait fait un sondage à l’époque, l’appel à la résistance au nazisme aurait été massivement minoritaire ; et les lois antijuives n’ont créé aucun remous.

Monsieur le Président, vous avez de grandes responsabilités, dont celle de la paix civile et de la cohésion nationale, mais aussi celle de l’honneur de la France, ce que le premier cahier du Témoignage chrétien appelait « l’âme de la France ». Vous ne pouvez pas accepter que l’inhumanité soit le mode de traitement de la question des migrants, parce que cette inhumanité ne frappe pas seulement ceux qui la subissent, mais aussi ceux qui l’exercent ou la permettent. La question est difficile, nous en sommes bien conscient.e.s, mais nous savons aussi que vouloir bloquer le flux, dresser des murs, est une impasse. Nul n’y réussit, la détresse de ceux et celles qui arrivent est trop grande. Ce qu’ils et elles ont supporté avant de franchir nos frontières est si terrible que nos tracasseries administratives ou policières ne font qu’ajouter le malheur au malheur sans être dissuasives.

Monsieur le Président, la voix de la France compte et vous la portez. Contre les peurs et les repliements, vous devez affirmer que « tout le monde a une place sur cette Terre » et mettre en œuvre des politiques d’accueil généreuses et des alternatives empreintes d’humanité.
                            

Christine Pedotti
                La lettre du TEMOIGNAGE CHRETIEN n° 3760 du 25.01.2018


 

Publié dans Eglise, Politique, migration

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