Briançon : je suis fier d'être le maire d'une ville où des gens s'engagent de la sorte. Grâce à eux, les migrants sont accueillis dignement

Publié le par Michel Durand

Briançon : je suis fier d'être le maire d'une ville où des gens s'engagent de la sorte. Grâce à eux, les migrants sont accueillis dignement

Le quotidien La Croix titre Des Alpins au secours des migrants dans son édition du vendredi 9 février. Et, en même temps, je découvre dans une correspondance avec le courriel des cercles de silence de Lyon, un beau témoignage de générosité que je ne peux garder pour moi seul. Il s’agit de personnes qui cherchaient un hébergement pour un couple arrivant, je pense, à Briançon.
« Actuellement, Mary et Gérard* le couple nigérian, est hébergé, et des solutions ont été trouvées jusqu'à leur convocation en préfecture le 19 février.
Nous avons espoir, comme elle est enceinte de 8 mois, que la Maison de la veille sociale déclenche aussitôt un hébergement - au moins pour elle ! Nous avons passé une semaine à nous occuper d'eux (entre trouver les hébergements, les rendez-vous au Forum des Réfugiés, à l’hôpital mère-enfant...) C'est épuisant !
Et nous quittons Lyon mardi prochain.
Il est possible que le Forum des Réfugiés ou la MVS ne fournissent qu’un hébergement pour la femme... Dans ce cas, il serait intéressant de mettre en place un système d'accueil tournant pour Gérard. (On espère que les deux resteront ensemble, mais il faut tout prévoir !)
Si vous avez des solutions de type "plan B", ce serait formidable.
Pour le Refuge Solidaire de Briançon, qui accueille les migrants passés par les cols, la question des villes d'accueil est cruciale : nous ne pouvons les garder que quelques jours. Si la mairie a mis à notre disposition un local désaffecté, qui a été retapé sommairement, aucune institution publique compétente (Etat ou Département) n'a levé le petit doigt pour nous venir en aide, ce qui n'a pas empêché le Refuge d'accueillir près de 3.000 personnes depuis son ouverture en septembre !  
De l'accueil à la cuisine, en passant par la permanence médicale, le ménage, le vestiaire..., sans oublier les maraudes de nuit au col du Montgenèvre, tout est géré par les bénévoles. 
Il y a une défaillance inacceptable et voulue des pouvoirs publics, notamment à l'égard des mineurs (60% des arrivées), souvent refoulés par la police des frontières au mépris des lois internationales.
Nous essayons donc de trouver le maximum de réseaux citoyens pour pallier cette situation. Les associations et ONG dédiées à l'accueil des personnes à la rue sont toutes débordées; les places sont saturées, nous le savons. Nous avons besoin, à court et moyen terme, de cellules d'accueil citoyennes "légères" sur le modèle du réseau Welcome, qui puissent au moins faire la transition entre Briançon et l'enregistrement de la demande d'asile dans les villes préfectures (impossible à Briançon, il n'y as pas de délégation Ofpra pour cela). »

Trouver des hébergements et accompagner les personnes, voilà l’appel que nous recevons avec ce courriel. Sachons y répondre !
Nous portons cette espérance à tous nos cercles de silence et, concrètement, au quotidien.

* les prénoms sont changés.
 

Briançon : je suis fier d'être le maire d'une ville où des gens s'engagent de la sorte. Grâce à eux, les migrants sont accueillis dignement

Des Alpins au secours des migrants
L’article de La Croix

La solidarité née, cet été à Briançon, en faveur des migrants subsiste. Car malgré le froid, les arrivées en provenance de l’Italie continuent.


Montgenèvre et Briançon (Hautes-Alpes)
De notre envoyé spécial

Un vent fort chasse les flocons qui tombent sans arrêt sur Montgenèvre, station de ski des Hautes-Alpes située à la frontière avec l’Italie. La nuit est tombée depuis longtemps. Les quelques touristes qui sortent des restaurants encore ouverts baissent la tête et rasent les murs. Dans un brouillard blanc de plus en plus dense, six silhouettes sombres émergent. Le signal a été donné, les migrants qui attendaient dans la neige, depuis de longues minutes, franchissent en courant la départementale qui traverse la ville, pour monter dans les voitures qui attendent, phares éteints et moteurs tournant au ralenti.
Au volant, les bénévoles qui assurent ce soir la maraude. L’un d’entre eux a été appelé, il y a une quarantaine de minutes, par l’un de ces exilés, perdus et affaiblis après leur passage clandestin de la frontière. Il faut faire vite et rester discret. Le poste de douane, tenu par la police aux frontières (PAF), est à quelques centaines de mètres seulement de leur cachette. S’ils se font prendre, les migrants seront ramenés en Italie. Une fois montés dans les voitures, les passagers du jour, tous originaires du Mali ou de Guinée, grelottent en silence.
Au fil des virages en épingle à cheveux de la route qui descend vers Briançon, les lèvres gelées finissent par se desserrer peu à peu. « Est-ce qu’on est en France ? », demande l’un des passagers. « La frontière italienne, c’est dur comme le Sahara », commente son voisin de banquette, dont les mains commencent à se réchauffer, mais qui dit ne plus sentir ses pieds. Puis, un troisième, d’une voix inquiète : « La France, c’est la montagne partout ? »
Une voiture précède le convoi, chargée de prévenir d’éventuels barrages de police. Mais depuis quelques jours, la présence des forces de l’ordre est plus discrète. « C’est probablement à cause des conditions météo. Ils n’ont pas envie qu’il y ait une catastrophe aujourd’hui », pense Cédric Anglaret, coordinateur des maraudes et bon connaisseur de la région, où cet accompagnateur de montagne emmène ses clients randonner, à la belle saison.
Ces jours-ci, malgré la présence de la PAF au poste de douane, les seuls passages se font par le col de Montgenèvre. Le col de l’Échelle, accessible uniquement à pied, mais sans poste-frontière, le plus utilisé jusqu’ici pour arriver dans le Briançonnais, n’a vu passer personne depuis une dizaine de jours. Une coulée d’avalanche empêche tout passage pour celui qui ne serait pas équipé d’un piolet et de crampons d’alpiniste. Plusieurs exilés ont malgré tout tenté leur chance, avant de renoncer. Certains, bloqués dans la neige, ont dû être aidés par les secours en montagne français. « Ceux qui essaient de passer sont désespérés. Ils sont passés par la Libye, ont traversé la Méditerranée », décrit Cédric Anglaret.
À la Coordination refuge solidarité (CRS), un accueil des migrants aménagé sommairement en face de la gare de Briançon, les gestes des bénévoles sont efficaces, guidés par l’habitude. Plus de 2 000 étrangers, originaires pour la plupart d’Afrique subsaharienne, sont passés, en deux ans, par cet ancien local des CRS de montagne, mis à disposition du collectif par la communauté de communes du Briançonnais. Les pieds et les mains gelés sont plongés dans des bassines d’eau tiède. Des bénévoles servent de la soupe et du thé, tandis que d’autres font un peu de place pour préparer des lits aux six nouveaux arrivés. Dans le séchoir à vaisselle, un biberon a été oublié. La veille, une famille avec de jeunes enfants a été accueillie.
Entre les permanences pour la cuisine et les lessives, les maraudes et les actions de sensibilisation, l’association Tous migrants compte sur 200 bénévoles. Un chiffre élevé pour une ville de 12 000 habitants. « Je suis très fier d’être maire d’une ville où des gens s’engagent de la sorte, déclare Gérard Fromm, édile socialiste de la ville. Grâce à eux, les migrants sont accueillis dignement. Il n’y a eu, depuis le début, aucun souci de vol ou de délinquance à déplorer. C’est une action remarquable. »
Des profils très différents se retrouvent dans ce mouvement spontané de solidarité, né après les arrivées massives de l’été dernier. « Guides de montagne, pisteurs, pizzaiolos, chômeurs, retraités, profs, menuisiers… Il y a de tout », énumère Anne Moutte, accompagnatrice de montagne, très investie dans le mouvement. Certains, comme Isabelle Gondre, dite « Lili », octogénaire souriante qui gère les dons et l’intendance au CRS, étaient déjà engagés dans des mouvements de solidarité, dans leurs paroisses ou au Secours catholique. « Le plus beau, c’est que tout le monde se parle, échange des idées, agit en bonne entente au service des migrants, sourit Cédric Anglaret, derrière sa barbe fournie. Si jamais un jour ils abandonnent Briançon pour passer par une autre voie, cette richesse-là restera. »
Depuis peu, des bénévoles s’activent également côté italien. La salle des volontaires du Secours alpin de Bardonecchia, la dernière gare avant la France, où débarquent la plupart des candidats au passage, a été transformée en dortoir d’urgence d’une quinzaine de places, ouvert la nuit et géré par l’ONG Rainbow for Africa. « Nous, les associatifs, les bénévoles, nous tentons tous de les dissuader de passer », explique Marta Giugliardi, qui participe à des maraudes côté italien, au sein du réseau informel Briser les frontières. « Mais c’est compliqué d’expliquer les risques d’un passage en hiver à des Africains qui n’ont jamais vu de montagne et qui sont désespérés. »
Les deux pieds dans une bassine d’eau tiède, un thé à la main, Diakite, 23 ans, originaire du nord du Mali, a retrouvé le sourire. Questionné sur l’existence de passeurs, l’un des six chanceux à être passés ce soir préfère rester discret. « Il existe bien des filières de passeurs, confirme Bruno (1), un bénévole engagé dans les maraudes. Certains migrants qui passent par le CRS nous disent qu’ils ont payé 300 € juste pour avoir notre numéro et pouvoir nous appeler une fois passés, s’agace-t-il. Une fois qu’on sait ça, qu’est-ce qu’on peut faire ? Ils passeront de toute façon. Et si on ne va pas les chercher, ils sont réellement en danger. Alors on continue. »


Julien Duriez

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