Je reste ébahi par la propreté de chacun, leur dignité, le sourire, la joie de vivre des enfants, malgré leurs conditions de vie difficile

Publié le par Michel Durand

vu par Rémi Malingrëy, La Croix, 7 mars 32018

vu par Rémi Malingrëy, La Croix, 7 mars 32018

source de l'image

Adieu, voisins du Niger !
Depuis un an, nous avions pour voisins , sur le terrain mitoyen de la paroisse de Skikda, un groupe de réfugiés nigériens. Ils étaient entre 50 et 100, du bébé au grand-père, logeant dans une forêt de tentes, dans la boue ces trois dernières semaines très pluvieuses. Pas très facile de dormir dans son lit à 30 m de leur campement de misère...
Ils étaient des voisins exemplaires de gentillesse et politesse, pratiquants de la mosquée voisine -où ils prenaient aussi l'eau- et les Skikdis étaient plutôt généreux et tolérants à leur présence, même si les enfants de la Cité d'en face les prenaient parfois pour cibles quand ils passaient (les cailloux arrivaient aussi chez nous). Il n'était pas rare que quelqu'un leur apporte un plat cuisiné, des couvertures, des matelas. Avec les étudiants de la paroisse, nous leur avions porté des vêtements à l'occasion du Mouloud (ou de la Journée des Pauvres, au milieu des pétards que les enfants lançaient au milieu des tentes. Mais mon haoussa est resté balbutiant -malgré la méthode reçue de sœurs du Niger et travaillée avec des étudiantes nigériennes de Constantine- et nos contacts très légers. Comme ils n'avaient pas de toilettes aménagées, les feuillées creusées par eux de leur côté du mur provoquaient des remontées de notre côté, qu'il fallait traiter à la chaux et par des brossages énergiques et réguliers du ciment ; le déplacement du trou avait atténué le phénomène ces derniers temps. 
Je reste ébahi par leur résilience, la propreté de chacun quand ils sortaient le matin pour aller chacun prendre son poste à un carrefour de la ville, leur dignité, le sourire et la joie de vivre des enfants, malgré leurs conditions de vie difficile. Cela laisse-t-il supposer que leurs conditions de vie antérieures, au pays, étaient pires encore ?
Quelques jours avant Noël, leur campement a été évacué. Combien de jours ou de semaines durera leur rapatriement par bus jusqu'au sud du Niger ? J'espère que leur futur sera meilleur, que l'argent récolté ici grâce à la générosité des Algériens pourra permettre là-bas un nouveau départ. Adieu amis !

Michel, prêtre en Algérie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article