Suivre Jésus. Abordons Mc 5, 21ss en nous situant dans une observation de la façon dont il parle ; une écoute du comment il dit ce qu’il dit

Publié le par Michel Durand

Rome, Saint Clément, Abside avec sa mosaïque du XIIe siècle

Rome, Saint Clément, Abside avec sa mosaïque du XIIe siècle

Hier, dimanche 18 mars, j’ai présenté cette méditation pour la deuxième récollection des laïcs liés au Prado. Je l'ai accompagné de réflexions et de commentaires puisés dans l'actualité, notamment à l'occasion d'un article sur Mai 68 paru dans La Croix

Voici ma lecture de Marc 5,21-43 : 

Cet épisode relate deux miracles très particuliers et qui méritent toute notre attention.

1 - Jésus est interpellé par un homme dont la fille est mourante.
 Il le suit, ainsi que ses disciples, au milieu d'une foule pressante.


2 - En chemin, une femme, rendue impure à cause d'un saignement persistant, lui frôle discrètement son vêtement dans l'espoir d'une guérison. Elle guérit aussitôt.
Jésus se retourne et lui dit : “Courage, ma fille, ta foi t’a sauvée.”


3 - Des gens viennent annoncer à l'homme dont il était question au début que sa fille est morte. Jésus le rassure : “Ne crains pas, crois seulement !” 
Arrivé chez cet homme qui est chef d'une synagogue, Jésus prend la main de la jeune fille qui se lève…

Nous allons cheminer pas à pas au travers de ces récits.

Ce qui compte dans notre de lecture de l’Évangile, c’est plus le fait d’être en compagnie de Jésus que celui d’apprendre quelque chose de nouveau. En effet, ce qu’il dit n’est pas vraiment nouveau. Les anciens prophètes l’ont dit bien avant lui et il le rappelle, par exemple avec sa citation d’Isaïe (Is 42, 18), en réponse à une demande présentée par Jean le baptiste : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Mt 11, 3-5
Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez :
Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ».
Donc, ce qui est nouveau c’est ceci : ce qu’il dit, il l’accomplit. Sa parole se réalise. Alors, les gens - une grande foule - se pressent autour de Jésus afin de bénéficier des bienfaits de sa parole. On veut certes l’entendre parler mais, surtout , on veut voir les effets de sa parole. Alors que Jésus passe en barque sur l’autre rive, on fait tout ce qui est possible de faire pour être témoin des résultats. L’inouï ce n’est pas ce qu’il dit, mais ce que ses paroles produisent : libération, guérison : Jésus apporte une vie nouvelle. 

Suivons Jésus. 
En Marc chapitre 4, Jésus, en utilisant des paraboles, parle à une foule qui s’est rassemblée autour de lui. Il enseigne, espérant être compris. « Qui a des oreilles pour entendre qu’il entende » (4,9). Il tente de faire réfléchir ses auditeurs leur montrant par des images que ce qui se dit se réalise pour eux aujourd’hui. 
Jésus agit avec pédagogie. Il ne balance pas à tout vent la totalité de son message. Il le dose en fonction de la capacité de perception de celles et ceux qui l’écoutent. Il ne s’adresse pas de la même façon à ses apôtres et à la foule.

Marc 4, 33s :
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
Cette remarque de Marc indique que l’adhésion à Jésus permet d’aller au-delà de ce qui est accessible à la foule. Telle est l’orientation que nous voulons suivre. Présent au milieu d’une foule, nous souhaitons nous mettre à l’écoute de Jésus, non seulement pour l’entendre parler mais aussi et surtout pour devenir son disciple. Adhérer à toute sa personne. 

Et pourquoi adhérer à Jésus ? Tout simplement parce que la force du Règne de Dieu se manifeste tant dans l’enseignement que Jésus développe que dans les actes qu’ils posent. 


Jésus décide donc après cet enseignement en paraboles de passer sur l'autre rive. Or une tempête imprévisible (ce qui est fréquent sur le lac de Tibériade) met la barque de Jésus avec ses disciples en danger. Jésus, tranquille, calme la tempête (Mc 4, 34ss). Les disciples se demandent : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »


N’est-ce pas cette question que nous avons, sans cesse à nous poser ? De notre réponse dépendra que nous serons disciple ou non du Seigneur. Il est toujours possible d’entendre sa parole sans adhérer à toute sa personne, sans reconnaître que le Jésus fils de Marie qui nous parle est également l’éternel Verbe de Dieu. 
Ceci dit, je rappelle que nous abordons ce texte de Marc 5,21-43 en nous situant plus dans une observation de la façon dont Jésus parle que dans une écoute exclusive de ce qu’il dit. Certes, le message importe. Mais importe aussi celui qui annonce le message, celui qui parle. Soyons attentifs à tous les gestes, attitudes et regards qui disent les intentions de Jésus, le Christ. 

 

 

Sur la carte du lac de Tibériade regardons les trajets de Jésus
 - 1 - à Capharnaüm : l’enseignement en parabole
 - 2 - la tempête alors qu’ils passent sur l’acte rive  vers les Gadaréniens (Décapole) 
 - 3 - retour à Capharnaüm

 

 

Jaïre
Jaïre est un personnage important de la synagogue.Un des chefs de la synagogue qui est père d’une jeune fille.
Il a entendu parler de Jésus. Pour lui cet homme est plus qu’ordinaire. Il tombe à ses pieds. Il est persuadé qu’il peut empêcher que sa petite fille ne meurt. Nous notons qu’une grande foule entoure Jésus. Observons le bord de la mer, la foule, Jaïre qui traverse la foule, assurément non sans mal. Il a l’audace de s’approcher de Jésus, de se prosterner jusqu’à ses pieds et de lui parler :  « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »
Jésus accepte de suivre Jaïre. Notons la foule nombreuse qui les écrase. Imaginons cette foule. 

La femme hémorroïsse
Arrive, dans cette foule compacte l’intervention d’une femme qui a des pertes de sang depuis douze ans. Du grec ancien αἱμόρροος, haimorroos (« dont le sang coule »).


A la souffrance physique que connaissait cette femme, il convient sans doute d’ajouter le traumatisme social issus de son héritage socio-culturel et religieux. Une femme qui saignait était en soi juridiquement et socialement souillée. Le Lévitique (15, 19-30) en parle comme étant une source d’impureté pendant « sept jours » ou « pendant toute la durée de son écoulement ». « Quiconque, dit le Lévirique, touchera quelque objet sur lequel elle se sera assise, devra laver ses vêtements, se baigner dans l’eau, et restera impur jusqu’au soir ». Jésus en reconnaissant qu’il fut touché par cette personne malade depuis douze ans, donc en parfait état d’impureté physique et rituel, transforme totalement les relations humaines et apportent par son acte de bienveillance, la libération physique, humaine et religieuse.
« L’histoire de l’hémorroïsse est celle d’une femme qui a refusé de demeurer inerte, de se résigner au destin et de se laisser mourir vidée de son sang », écrit Teresa Okure, religieuse au Nigeria. 
« Sa détermination à rester vivante, poursuit Teresa Okure, l’a résolument soutenue et l’a poussée à faire tout ce qui était dans son pouvoir pendant douze ans, jusqu’à réussir à se libérer de son mal »…. 
À la fin, elle avait entendu parler de Jésus et cru au plus profond d’elle-même que si elle avait pu ne serait-ce que toucher son manteau, elle aurait été guérie. Là où les médecins avaient échoué, le fait d’effleurer simplement le manteau de Jésus aurait pu réussir. …
« Si je touche au moins ses vêtements, je serai sauvée ». Elle le fit ; et elle fut guérie « aussitôt ». Elle sentit dans son corps, où résidait le mal, qu’elle avait été guérie. Jésus réagit en lui demandant : « Qui a touché mes vêtements ? ».

Notons que si Jaïre montrait beaucoup d’audace dans son approche de Jésus, cette femme dont on ne connaît pas le nom, avance avec grande crainte. Mais elle avance, très déterminée. 
Elle se faufile par derrière précise Marc qui a dressé un tableau peu flatteur du travail des médecins.
Pas de parole. Discrète, furtive : Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » De fait, elle fut immédiatement guéri et Jésus sent que quelque chose s’est passé. Alors qu’on le passe de toute part il s’écrit,  retournant au milieu « Qui a touché mes vêtements ? » 
La femme « craintive et tremblante » se fait alors connaître. 
Mais au lieu de la réprimander Jésus lui dit :  « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal. » 
Ma fille ! On ne connaîtra pas son nom. Craintive, anonyme mais volontaire. Elle savait que Jésus, la Bonne Nouvelle de Dieu, était sa solution, la solution de l’humanité. Sa libération. Il en va de même pour Jaïre. 

Commentaire des franciscains de Terre Sainte  : « Voici encore une nouvelle occasion où Jésus affirme que par la foi une personne est sauvée. La femme, qui souffre depuis longtemps d'une maladie qui lui cause une perte de sang est guérie uniquement par la foi qu’elle a placée en Jésus, seulement en ayant touché son manteau. La perte de sang, pour la tradition juive, est comme la perte de la vie elle-même, et cette femme a vécu pendant de nombreuses années avec cette maladie qui l'a rendait impure et donc, pour la loi juive, loin de la Grâce de Dieu. La foi de cette femme permet sa guérison immédiate.
Le récit de la guérison de la femme hémorroïsse a beaucoup marqué les premières communauté chrétiennes. C’est pour cela que l’on retrouve l’image de ce miracle peinte dans de nombreuses catacombes dès le 3ème ou 4ème siècle. Signe, image de Jésus sauvant au nom de Dieu. Il est la vie, la résurrection, la vérité et la solution de l’homme.

Gabriel Max,_La Résurrection de la fille de Jaïre, 1840

Dans les deux cas de guérison il y a l’action du toucher.
 - La femme touche le bord du vêtement de Jésus. 
 - Jésus prend la main de la jeune fille. « Il saisit la main de l’enfant » alors que Jaïre avait demandé de venir lui imposer les mains. À la place d’une action quelque peu solennelle, l’imposition des mains, Jésus agit dans la familiarité. Il prend la main de cette jeune fille qui, précisons n’est pas morte car elle ne fait que dormir. La situation est dédramatisée. Quoi de plus normal que dire « lève-toi à quelqu’un qui sort du sommeil. Quoi de plus naturel que de dire à une personne affaiblie par un long temps de jeûne : « donner lui à manger »
Bref, sans cette action volontaire du toucher, rien ne se serait passé. Une action qui se veut être des plus banales, des plus ordinaires. Les moqueries des gens, cette foule agitée et bruyantes sont totalement logiques, mais Jésus veut se situer dans un contexte de grande sérénité et banalité. Contrairement à l’agitation des gens, à leur angoisse et désespoir, Jésus agit avec simplicité et tranquillité. La puissance de son acte libérateur passe par la banalité de gestes quotidiens. 

Commentaire des franciscains de Terre Sainte  : Dans un lieu où la mort est prédominante Jésus arrive en bannissant la douleur et la détresse. Avec un geste de la main Il réveille l'enfant qui n'est pas mort mais qui dormait, comme pour indiquer qu’en la présence de Jésus la mort n’est pas définitive. Jésus éveille l'enfant de son sommeil et lui donne une nouvelle vie.

Ayant vu et suivi la guérison d'une femme marquée à vie dans sa chair et celle de la fille de Jaïre rappelée à la vie, ayant été attentifs à tous les verbes qui disent les gestes et les actes de Jésus, les gestes du chef de la synagogue, les gestes de la femme, nous pouvons maintenant nous tourner vers nos propres attentes et gestes. 
• Quels sont les désirs de vie que je porte, et ceux que j'entends exprimés autour de moi ?
• Comment j'expérimente que la foi sauve ?
• Comment ma rencontre avec le Christ transforme-t-elle ma vie ?
• Comment, dans la prière, je lui dis le désir de mon cœur pour ceux que je connais.

 

Publié dans Eglise, Témoignage, Prado, évangile

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