Se mettre au service des hommes actuels c’est regarder ce qu’ils vivent, discerner les enjeux et développer leurs atouts pour le bien commun

Publié le par Michel Durand

Se mettre au service des hommes actuels c’est regarder ce qu’ils vivent, discerner les enjeux et développer leurs atouts pour le bien commun
Se mettre au service des hommes actuels c’est regarder ce qu’ils vivent, discerner les enjeux et développer leurs atouts pour le bien commun

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Je ressens aujourd’hui, une fois de plus, le besoin de méditer sur la dimension communautaire de l’Église. L’Assemblée des fidèles du Christ en son origine s’organise-t-elle sous le mode monarchique ou sous le mode communautaire ?

Ouvrons le livre des Actes des Apôtres

2, 40-47
Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. » Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux. Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs à la vue des nombreux prodiges et signes accomplis par les Apôtres. Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés.

4, 32-35
La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous. Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun.

Ce mode de vie collégiale où les tâches principales étaient tenues par des personnes tirées au sort (voir l’élection de Matthias en remplacement de Judas; Ac 1, 26), semble avoir conduit la communauté de Jérusalem à la misère. D’où le projet d’une collecte au bénéfice des Saints de Jérusalem organisée par Paul. N’empêche que je continue à penser préférable ce type d’organisation collégiale à celui, pyramidale, mis en place surtout vers et après le 5e siècle par les empereurs, princes ou rois des États et évêques. Dieu seul est Roi. Sur terre, uniquement les Juges sont nécessaires pour régler les problèmes vécus entre les hommes, enseigne la première alliance.

Mais, me dit-on, ce mode communautaire ou collégial de gouvernance n’est qu’un rêve. Rien ne peut durablement fonctionner à partir du peuple. La démocratie n’est pas le juste mode de fonctionnement des disciples du Christ. Seul un premier, une tête, un Prince peut organiser en ce monde la mise en place d’une humanité justement placée dans le plan de Dieu. L’attitude monarchique est celle qui convient.

Il est certain que je ne partage pas cette opinion comme je m’en suis déjà expliqué.

La question mérite d’être étudiée et j’ai trouvé sur la toile divers articles susceptibles d’enrichir la réflexion. Voir, par exemple ce qu’écrit Yves-Marie Blanchardou l’article de Frédéric Mounier, La collégialité dans l’Église catholique.

 

Je reconnais que l’Église étant également une société humaine, il y a le besoin d’une organisation administrative pour hiérarchiser ses divers engagements humains et spirituels inspirés de l’Évangile. Alors, comment vont se comporter ses services ? Dans une démarche collégiale (ou communautaire), ils vont être attentifs à ce qui est vécu à la base, au niveau des petites communautés de quartier. Les services d’Église situés près du Prince vont être attentifs à tout ce qui se vit dans les communautés paroissiales, les mouvements, les associations et ils vont en favoriser le développement, sans avoir oublié, assurément, de discerner l’opportunité par rapport au Christ de telle ou telle initiative. Par ailleurs, ils ne vont pas se contenter d’observer le vécu à l’interne des communautés chrétiennes. Ils vont, selon les paroles de François, se risquer en terres et milieux inconnus, franchir les murs familiers afin de se rendre aux frontières.

Les services ecclésiaux, s’ils se situent par contre dans une gouvernance de type monarchique, vont être attentifs à volonté du Prince. Ils vont faire descendre les décisions prises du haut de la pyramide tout en cherchant les personnes aptes à les mettre en œuvre. Dans ce mode de gouvernement, les personnes qui se trouvent à la base chercheront à gravir les échelons afin de se sentir plus aptes à comprendre la pensée du prince dans le but de mieux l’appliquer en son secteur. Certains parlent de quête de pouvoir. Je repense alors à la spiritualité de Suger qui place le roi au sommet de la hiérarchie féodale, puis au-dessus de la pyramide. Il est le vicaire du Créateur. Illuminé de lumière divine.

En effet, « Suger eut une forte et vibrante conception de la beauté comme forme lumineuse émanant de la source divine et permettant, par la contemplation d'objets transfigurés par la lumière, de remonter vers son origine dans une anabase, ou anagogie, de moins en moins sensible et de plus en plus intellectuelle ».

Celui qui a découvert cette transcendance en se situant au plus haut de l’échelle sanctifiante va mettre en œuvre les services qui permettront à la base d’en profiter.

 

Mais le Verbe s'est fait chair

Jésus, Verbe de Dieu parmi les hommes et les femmes de son temps agissait autrement. Il chemine avec les plus pauvres, n’ayant pas peur de prendre de sérieuse distance avec la loi du judaïsme.

Luc 14,3
Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient. Or voici qu’il y avait devant lui un homme atteint d’hydropisie. Prenant la parole, Jésus s’adressa aux docteurs de la Loi et aux pharisiens pour leur demander : « Est-il permis, oui ou non, de faire une guérison le jour du sabbat ? » Ils gardèrent le silence. Tenant alors le malade, Jésus le guérit et le laissa aller.

Interrogeant comme je le fais présentement, le mode monarchique de gouvernement tenu par prêtres, certains, optimistes, m’objectent que cela ne pourra plus durer très longtemps, car le nombre des prêtres diminue constamment. La tendance sacralisante issue de l’époque de Charlemagne entouré de moines est bien finie dit-on. Je ne le pense pas. En effet, le fonctionnement monarchique depuis plus de 10 siècles a tellement imprégné le fonctionnement de l’Église, que les laïcs agissant en suppléance d’un prêtre manquant vont reproduire le système pyramidal. Par ailleurs, les quelques jeunes prêtres entretiennent la tendance à renforcer leurs prérogatives à cause de leur petit nombre.

Seule une profonde prise de conscience de la dimension communautaire de l’Église apportera un changement. Une conversion pour se remettre à la suite de Jésus qui passe plus de temps dans les rues, les places et les chemins que dans les lieux de prières.

Publié dans Eglise, Anthropologie, évangile

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