Alors que nous voulons vivre au plus près des gens une vie de partage, d’écoute appelée à témoigner, en esprit communautaire, de l’Évangile

Publié le par Michel Durand

Charlemagne a toujours fait servir sa puissance à l'extension du règne de Jésus Christ sur la terre.

Charlemagne a toujours fait servir sa puissance à l'extension du règne de Jésus Christ sur la terre.

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Bien que les moines de Charlemagne aient laissé des traces hiérarchisées dans la gestion de l’Église, je vis le fonctionnement de celle-ci sous le mode communautaire, collégiale. Ainsi, me reviennent régulièrement en tête ces versets :

« À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement… Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes » (Actes 1,13… 15)

Pierre prend alors la parole pour que l’on trouve un remplaçant à Judas :

« Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous… On en présenta deux : Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias. Ensuite, on fit cette prière : “Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne.” On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres ». (Actes 1, 21… 26

Tous, ils ne forment qu’un seul corps, priant ensemble tantôt dans le Temple de Jérusalem, tantôt dans l’une ou l’autre de leurs demeures.

« La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous.

(Actes 4, 32-33)

Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. (Ac 2.42)

Ils forment donc une communauté de personnes qui prennent le temps de s’écouter mutuellement. Ceux qui ont vécu avec Jésus ont plein de choses à dire. Tout est collégialement organisé pour que passe la Parole, la Bonne Nouvelle : l’Évangile.

Les apôtres sont pasteurs et, comme tels, ils sont tantôt derrière les disciples du Christ, tantôt devant, tantôt au milieu selon les circonstances. Ils ne sont jamais au-dessus. Toujours ils veulent être avec celles et ceux qui se mettent dans la suite du Fils de Dieu, mort et ressuscité pour tous.

C’est ce que disait* (avec d’autres mots) dans les années 60 à Vergongheon, un jeune prêtre, proche de la JOC et de l’ACO. Pour faire comprendre à ses supérieurs son appel  à vivre au milieu des hommes, il évoqua une conférence d’Alfred Ancel, un dialogue avec lui et le témoignage des prêtres pradosiens du diocèse « qui voulaient vivre au plus près des gens une vie de communauté susceptible de témoigner de l’Évangile. » Il a obtenu ce qu’il souhaitait selon le ressenti de sa vocation : « J’arrivai à convaincre le Père Dozolme du fait qu’il ne m’était pas possible de vivre seul le ministère sacerdotal , ni de le vivre hors d’une recherche de proximité avec les petites gens ». Il entra dans la famille pradosienne.

 

Le rôle des services est de servir ce qui se vit au plus près des terrains

Dans son organisation, l’Église se dote de services liturgique, catéchétique, caritatif, etc… dont le but est de faciliter, renforcer l’engagement ecclésial dans les divers quartiers. Leur tâche n’est-elle pas tout d’abord de s’informer de ce qui est imaginé et vécu dans les divers lieux afin de soutenir dans le discernent ce qui est mis en place ?

De fait, nous observons que la tentation d’imposer des orientations venues du sommet de la hiérarchie est grande. La base n’aurait pas à imaginer ce qui serait le mieux pour l’évangélisation d’un secteur humain, mais à mettre en œuvre ce que proposent les services selon les décisions qu’elles ont reçues.

 

Vous l’aurez peut-être deviné, la méditation et réflexion de cette page (ce post) m’est venue à la suite de la lecture d’un texte signé par la Conférence Catholique des Baptisés - Lyon que voici :

« 28 janvier 2018, le forum inter-mouvements organisé par la Délégation Épiscopale aux Mouvements et Associations de Fidèles (DEMAF) a été un plein succès réunissant environ 1 000 participants. Cela a été l’occasion pour beaucoup de mesurer toute la richesse de cet aspect de l’Église par trop dispersé et pas assez mis en valeur. Ce fut aussi l’occasion de ‘’penser’’ réseau et interconnexions pour un plus grand service de l’Évangile.

27 avril 2018, le diocèse annonce officiellement la disparition de la DEMAF et le rattachement direct des mouvements aux services diocésains.

Comment ne pas mettre en perspectives ces deux dates et chercher la signification profonde à cette réorganisation ? 

Bien des évêques de France (et le nôtre en particulier) semblent trouver les mouvements suspects. Il est vrai que nombre d’entre eux :

- ont des instances de gouvernance nationales (voire internationales) et donc éloignées de l’influence diocésaine,

- sont dirigés par des laïcs,

- rassemblent des baptisés dont certains peuvent être bien loin des pratiques paroissiales, mais qui trouvent  ainsi leur lieu d’Église,

- ont des accompagnateurs spirituels laïcs.

Alors pour les ‘’politiques’’ diocésaines qui visent à renforcer le lien hiérarchique, les mouvements sont une épine dans le pied, une contradiction inacceptable.

Pas question d’accepter qu’ils renforcent leur visibilité, leur attrait et leur dynamisme, eux dont la vocation est d’être aux périphéries …

Circulez, il n’y a rien à voir !

La DEMAF est morte, vive la hiérarchie !

 Zorobabel de Lyon

 

 

Donc, affaire à suivre pour maintenir l’Eglise, malgré Charlemagne et ses envoyés (à Lyon se fut Leidrade), dans l’ambiance, communautaire, conviviale et collégiale de la Révélation, de la Bonne Nouvelle. L’Évangile.

 

 

* voir Charles Suaud, Nathalie Viet-Depaule, Prêtres et ouvriers, une double fidélitémise à l’épreuve, 1944-1969. Karthala, 2004, p. 65-66.

Publié dans Eglise, évangile, Prado

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