Rayonnante au milieu des nymphes éternelles, qu'on voit fleurir, golfes du ciel, j'aperçus au-dessus de milliers de flambeaux, un pur Soleil qui les allumait tous

Publié le par Michel Durand

Rayonnante au milieu des nymphes éternelles, qu'on voit fleurir, golfes du ciel, j'aperçus au-dessus de milliers de flambeaux, un pur Soleil qui les allumait tous

C’est quoi le Ciel ?

C’est quoi le Paradis ? Le Royaume ? Dieu ? Le Verbe fait chair ? Le Christ ?

 

Il est des réalités difficilement concevables. Dieu Trinité ! Dieu incarné ! Et pourtant, nous sommes attachés à elles car, n’est-ce pas vers ce monde insaisissable et dans celui-ci que nous sommes appelés à vivre ?

Réalités absolument essentielles que personne ne peut parler de la foi en Dieu sans parler en tout premier de TRINITÉ.

En tête de sa méditation Antoine Chevrier (Le véritable disciple) questionne : « qu’est-ce que Jésus-Christ ? »

Au commencement était le Verbe…

 

Dans ma chambre, chaque soir avant de m’endormir je regarde (ou contemple) cette œuvre de Favrène : Alpha  Omega. Pastel qui me fut offert par les disciples du Christ de l’Eglise de la Sainte-Famille à Villeurbanne.

Je l’ai longuement regardé en lisant (relisant) l’étude de Jacques Joubert, Le corps sauvé, Cogitatio fidei, Cerf 1991.

Mieux qu’un traité de théologie, cette œuvre picturale me donne à sentir le mystère de l’Incarnation. Le Verbe s’est fait corps (chair) et il a habité parmi nous. Il vit dans notre monde tel qu’il est.

Le concile de Chalcédoine, en 451, s’exprime ainsi :

« À la suite des Saints Pères, nous enseignons donc tous unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité et parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme, composé d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel à nous selon l'humanité, "en tout semblable à nous sauf le péché" (He 4,15). Avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et né en ces derniers jours, né pour nous et notre salut, de Marie, la Vierge, mère de Dieu, selon l'humanité. Un seul et même Christ Seigneur, Fils unique, que nous devons reconnaître en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. La différence des natures n'est nullement supprimée par leur union, mais plutôt les propriétés de chacune sont sauvegardées et réunies en un seul prosôpon et une seule hupostasis. Il n'est ni partagé ni divisé en deux personnes, mais il est un seul et même Fils unique, Dieu Verbe, Seigneur Jésus-Christ, comme autrefois les prophètes nous l'ont enseigné de lui, comme lui-même Jésus-Christ nous l'a enseigné, comme le Symbole des Pères nous l'a fait connaître. »

Il y a deux natures, divine (immortel) et humaine (mortel), et une personne. « Ce qui est propre à chaque nature peut logiquement être attribué à l'unique personne, l'unique Christ »,  « Aussi peut-on dire que le Christ, et donc Dieu, était homme, a souffert et est mort, et que ce même Christ est Dieu, éternel et tout-puissant ».

Jacques Joubert poursuit : « Cette chair humaine, on le soupçonnera, ne s'intégrera pas aisément dans la pureté divine de la sphère trinitaire... Et même si Dante, au terme de son périple… au chant XXIII de son Paradis, voit l'humanité du Fils au cœur de la Trinité, les théologiens auront plus de mal à articuler ces deux grandeurs ».

 

Mettons-nous à l’école de Dante

 

La divine Comédie, le Paradis, chant Vingt troisième (traduction et note : Henri Longnon, 1959)

 

Ainsi que, dans la nuit qui nous cache les choses,

L'oiseau, parmi les feuilles qu'il préfère,

Accouvé dans le nid de ses petits aimés,

 

Dans son impatience à revoir leurs figures,

Se lève et, pour trouver les vers dont il les gorge,

Travail pénible et qui lui est plaisant,

 

Devance l'heure à la cime des branches,

L'œil tendu jusqu'à tant que l'aube vienne au monde,

Et guette, en son amour, le lever du soleil ;

 

Ainsi, ma Dame, attentive et dressée,

Se tenait devant moi, l'œil tourné vers la plage

Où le soleil montre le moins de hâte.

= vers le méridien, où le soleil, sur le midi, paraît cheminer plus lentement.

 

En la voyant ardente et suspendue,

Je devins tel que celui dont les vœux

Désirent quelque chose et qu'apaise l'espoir.

 

Mais peu de temps passa de ce moment à l'autre,

Je veux dire l'attente et l'instant où je vis

Le ciel qui devenait de plus en plus splendide.

 

« Voici les légions du triomphe du Christ,

= Ce sont tous les bienheureux de l’Ancien et du Nouveau Testament,
descendus de l’Empyrée, sous la forme de globes, de feu.

Annonça Béatrice, et voici tout le fruit

Que le monde a tiré de la ronde des sphères. »

= Ces légions représentent tout le profit tiré par les humains de l’influence
que versent sur eux les sphères célestes ; Dante avait foi en l’astrologie.

Elle semblait avoir le visage enflammé,

Et son regard était si rempli de bonheur

Qu'il faut passer sans en pouvoir rien dire.

 

Pareil à Trivia par un beau clair de lune,

= Trivia, la Diane des carrefours, c’est-à-dire la Lune
qui surpasse de sa splendeur le feu de toutes les étoiles, ces nymphes éternelles.

Rayonnante au milieu des nymphes éternelles

Qu'on voit fleurir tous les golfes du ciel,

 

J'aperçus au-dessus de milliers de flambeaux,

Un pur Soleil qui les allumait tous,

= Le Christ lui-même, que Dante appelle la Substance de flamme,
c’est-à-dire l’être de feu, le Feu en soi.

Comme notre soleil ceux qui sont sur nos têtes ;

 

Et, dans la clarté vive, avec un tel éclat

Transparaissait la Substance de flamme

Que mon regard ne le put supporter.

 

O Béatrice ! ô douce guide et chère !

Elle me dit : « Ce qui t'éblouit là

Est une force à qui rien ne résiste.

 

C'est là qu'est la Sagesse, et là qu'est la Puissance

Qui de la terre au ciel ont ouvert les chemins

Dont fut si long autrefois le désir. »

 

Comme le feu s'échappe du nuage

= La foudre, qu’au temps du poète on croyait être une part du feu céleste,
enclose dans un nuage de vapeur d’eau.

Si dilaté qu'il n'y peut plus tenir,

Et, contre sa nature, au sol se précipite ;

 

Développé par un tel aliment

= Dilaté par les visions délicieuses et ineffables auxquelles il goûtait.

Tout ainsi mon esprit sortit hors de lui-même,

Et ne peut rappeler ce qu'alors il advint.

 

« Ouvre les yeux, regarde ma beauté.

Ce que tu viens de voir t'a dû rendre capable

De supporter à présent mon sourire. »

 

J’étais comme celui qui se ressent encore

D’un rêve qui le fuit, et s'ingénie en vain,

A l'évoquer au seuil de sa mémoire,

 

Lorsque j'ouïs cette douce offre, digne

D'un tel merci qu'on ne l'effacera

Jamais du livre où s'inscrit le passé.

Si, maintenant, pour me venir en aide,

Toutes les voix que nourrit Polymnie

= si tous les poètes, abreuvés par les Muses, venaient m’aider
à chanter le sourire de Béatrice, leur chant n’atteindrait pas un millième de vrai.

Avec ses sœurs, de son lait le plus doux,

 

Se prenaient à sonner, ce chant du saint sourire

Qui donnait tant d'éclat au visage béni

N'atteindrait pas au millième du vrai ;

 

C'est tout ainsi que mon sacré poème

= de même que je ne puis chanter le sourire de Béatrice, de même ma Comédie
doit parfois omettre, comme particulièrement ineffable,
certaines des choses que j’ai vu et goûtées dans le ciel.

Doit, pour représenter le Paradis, bondir,

Comme un homme qui voit sur sa route un fossé.

 

Qui songera, pourtant, au poids de mon sujet,

Ainsi qu'à la mortelle épaule qui s'en charge,

Ne la saurait blâmer de frissonner sous lui :

 

Ce n'est pas un trajet pour une barque frêle,

Ni pour un nautonier qui s'épargne l'effort,

Que le détroit que fend ma proue hardie.

 

« Puisque de mon visage ainsi tu t'énamoures,

Que ne te tournes-tu vers le jardin si beau

= vers les âmes élues, « fleurs perpétuelles de la liesse éternelle »,
sur qui descendent les rayons solaires du Christ.

Qui se fleurit sous les rayons du Christ ?

 

Là se trouve la Rose (la Vierge, Rosa mystica) où le Verbe divin

A pris sa chair ; là se trouvent les lys

= les apôtres, dont l’exemple et la parole ont évangélisé l’humanité.

Dont le parfum le bon chemin fit prendre. »

 

Ainsi dit Béatrice ; et, toujours empressé

A suivre ses conseils, je me rendis encore

A la bataille, avec mes faibles cils

= je me tournai du côté où mes faibles yeux avaient été une première fois éblouis.

 

De même qu'autrefois, sous un rayon limpide

De soleil s'écoulant par le trou d'un nuage,

Mes yeux, d'ombre couverts, virent un pré de fleurs,

 

Je vis ici des foules de lumières

Que des rayons ardents du zénith fulguraient,

Sans que de ces éclairs je visse le principe :

 

Généreuse Vertu qui de ton feu les signes,

= généreuse Vertu : le Christ, qui va « s’exalter » c’est-à-dire remonter au ciel.

Tu t'exaltas, afin de mettre à l'aise

Les yeux qui ne pouvaient soutenir ton éclat.

 

Le nom de cette Fleur si belle, que j'invoque

Toujours matin et soir, concentra mon esprit

Pour observer la splendeur la plus grande ;

= le Vierge, la plus grande splendeur de ce triomphe, après la clarté du Christ ;
une claire étoile, le saphir le plus beau.

 

Et, lorsqu'en mes deux yeux se vinrent refléter

La grandeur et beauté de cette claire Étoile,

Victorieuse au ciel comme elle fut sur terre

= qui surpasse au ciel tout esprit bienheureux, comme elle a surpassé
sur terre toute créature humaine

 

Des cieux ouverts descendit une flamme

= l’Ange Gabriel, celui qui, dans l’Empyrée, rend particulièrement honneur à Marie

Formée en cercle ainsi qu'une couronne,

Qui la ceignit en volant autour d'elle.

 

La mélodie qui sonne le plus doux

Ici-bas, et qui tire à soi le mieux notre âme,

Semblerait un nuage éclatant et qui tonne,

 

Mise en regard du chant de cette lyre,

Qui couronnait le saphir le plus beau

Dont se puisse azurer le plus brillant des cieux.

 

« Je suis l'amour d'un Ange qui s'enroule

Autour de la liesse exhalée de ce sein

Qui fut l'hôtel de notre cher désir ;

 

Et je m'enroulerai jusqu'à tant que tu suives

Ton Fils, Dame du ciel, jusqu'à tant que tu rendes

plus divine la sphère où tu vas remonter ».

= L’Empyrée, que Marie a quitté pour apparaître à Dante, et à laquelle
elle rendra toute sa splendeur en y remontant.

 

De la couronne ainsi la mélodie

Se concluait ; et les autres splendeurs

Faisaient sonner le beau nom de Marie.

 

Cependant, le royal manteau de tous les globes

Des cieux, celui qui brûle et s'avive le plus

= le neuvième ciel matériel, ou Premier Mobile, duquel Dante écrit :
« chaque partie de ce ciel brûle d’un tel appétit d’être unie à chaque partie du ciel spirituel et immobile qui l’enveloppe (l’Empyrée où Dieu réside), qu’il s’y roule avec une rapidité inconcevable ». (Dante, Convivio, II, iii, 9)

Sous le souffle de Dieu et sous sa providence,

 

Avait encor sa rive intérieure

Si au-dessus de nous que son lointain aspect,

Là où j'étais, ne pouvait m'apparaître :

 

Aussi mes yeux n'eurent-ils pas la force

D'accompagner la Flamme couronnée (= la Vierge),

Qui s'éleva derrière son Enfant.

 

Or, tout ainsi qu'un poupon tend les bras ï

Vers sa maman, quand il a pris le lait,

Avec un cœur dont la flamme s'épanche,

 

Les flammes de chacun de ces brasiers candides

= les flammes blanches des âmes élues.

S’étirèrent si haut que me fut manifeste

Le grand amour qu'ils avaient pour Marie.

 

Ensuite, se tenant à portée de ma vue,

Ils chantèrent si doux un Regina Cœli

= début d’une antienne en l’honneur de la Vierge
que l’Eglise chante durant le temps pascal.

 

Que le plaisir m'en est toujours resté.

 

Quelle abondance est celle qui déborde

De ces riches greniers

(= les âmes des élus qui sont remplis de béatitudes et de gloire) dont, ici-bas, le blé

Ensemença tant de terres fertiles !

 

C'est là-haut que l'on vit et jouit du trésor

Qui fut acquis à pleurer dans l'exil

= le trésor acquis par les tribulations souffertes sur la terre (l’exil de Babylone).

De Babylone, où l'or fut méprisé ;

C'est là-haut que triomphe enfin, pour sa victoire,

Sous le grand fils de Dieu et de Marie,

Avec l'ancien et le nouveau concile,

= avec les justes de l’ancienne et eux de la nouvelle Loi.

Celui qui tient les clefs de la gloire céleste.

= Saint Pierre à qui le Christ a donné les clefs du Royaume des cieux.

Publié dans Eglise, Témoignage, Art, évangile

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