Il est devenu indispensable de nous diriger vers une société plus respectueuse du donné naturel, sinon ce sera la fin de la terre - D. Bourg

Publié le par Michel Durand

Il est devenu indispensable de nous diriger vers une société plus respectueuse du donné naturel, sinon ce sera la fin de la terre - D. Bourg

J’ai terminé, hier, le livre de Dominique Bourg, Une nouvelle terre. Desclée De Brouwer. 2018. Et je me suis engagé à le relire dans quelque temps. En effet, j’ai souvent eu le sentiment de ne pas comprendre tout ce qu’il voulait nous  dire. Non que les phrases et le vocabulaire soit complexe, mais les idées apportées, étrangement nouvelles avaient du mal à entrer dans des cases familières. Pour que l’unique monde dans lequel nous sommes appelés à vivre ne s’écrase pas dans un cataclysme meurtrier, il nous faut, nous les humains, adopter des modes de vie radicalement différents. Or, tout en étant largement informée, aucune intelligence politique ne nous dispose à cela. Pour reprendre cette dramatique et cruelle phrase : « nous ne croyons pas en ce que nous savons » ! Alors, tête baissée, nous allons droit dans le mur.

Nous refusons de faire l’indispensable pas de côté.

J’ai donc trouvé très utile et quelque peu difficile la lecture de « Une nouvelle terre ». Aussi, j’aimerais bien en reprendre la lecture ; mais pas tout seul. Je serais heureux de rencontrer un groupe de 8 personnes environ, pour en faire tout au cours de l’année, une approche discutée. Autrement dit, je serai heureux de rejoindre un laboratoire attelé à cet ouvrage pour voir comment en traduire les idées dans notre quotidien. J’en donne un aperçu avec le début du chapitre 6 :

« Il est désormais difficile de le nier, la modernité s'essouffle, s'épuise. Ses fruits disparaissent et se convertissent même en poisons. Le rêve moderne pourrait tourner au cauchemar, avec une possible débâcle glaciaire au cours du siècle, élevant le niveau des mers de plusieurs mètres en quelques décennies, avec des vagues géantes, comme en témoigne le passé de la Terre en des temps où la température moyenne avoisinait ce quelle devrait être d'ici à quelques décennies. Etc. Un autre cauchemar, n'excluant pas le premier, pourrait être celui d'une société où des inégalités frapperaient autant l'accès à l'emploi, à la richesse que l'accès au sens, une société parcourue par des soubresauts violents et haineux, y compris au faîte du pouvoir. Et nous n'en sommes finalement pas si loin. L'objet de ce chapitre est de prendre de la hauteur et de déceler au sein du présent l'équivalent des calendriers francs exhumés au IXe siècle, qui annoncèrent en plein Moyen Âge la modernité et son mouvement de «dé-spiritualisation». Il s'agit encore de déceler certaines des veines qui pourraient irriguer le futur.

Je ne tiens pas ici à m'embarquer dans quelque philosophie de l'histoire, dans quelque spéculation aussi globale que téméraire. Il s'agit bien plutôt de se concentrer sur la rupture qu'implique l'entrée dans l'Anthropocène, et plus précisément sur les futurs déjà tapis sous les ombres du présent qu'elle pourrait libérer. Et je ferai au préalable état d'une conviction. La rupture en question devrait être si brutale et violente qu'il n'y a guère de raison de douter de sa capacité à briser certains des credo qui cimentent encore la modernité. Comment pourraient en effet résister à une Terre devenue beaucoup plus difficilement habitable sous les coups de vagues de chaleur chroniques et autres événements extrêmes, d'effacement permanent du trait de côte, de pénuries de toutes sortes, l'idée d'une humanité supérieure et triomphante, le credo en la toute-puissance des techniques, l'idéal consumériste ou le néolibéralisme? La limite de l'exercice étant que ces effondrements libéreront des pensables aujourd'hui inaccessibles.

Que pourrait être une société respectant à nouveau le donné naturel ? Cela ne saurait signifier un quelconque retour au passé. Nous ne saurions d'ailleurs revenir à la lampe à huile faute de baleines ! Les rendements de l'agroécologie contemporaine n'ont plus rien à voir avec les 12-13 quintaux de céréales à l'hectare de la France de la fin du XIXe siècle, fût-elle désormais pratiquée sur des territoires en surface réduits par rapport à l'état antérieur de la planète. Nous allons très probablement tourner le dos à un profil de société où quelques maigres pourcents d'agriculteurs industriels, au prix d'une destruction des sols et d'un effet de serre accru, nourrissaient (et empoisonnaient...) toute la population. Mais nous ne reviendrons pas non plus à une masse de paysans dégageant de maigres surplus ne permettant d'extraire du travail des champs que quelque dix à vingt pour cent de la population. Nous ne saurions, non plus, assimiler la présence de Dieu au donné à une sorte de providentialisme nous dispensant de connaître les mécanismes à l'œuvre au sein des sociétés, bannissant la connaissance comme la liberté de l'esprit. La réaffirmation spirituelle que nous pressentons n'a rien à voir avec un quelconque retour des religions d'antan, comme en rêve notamment aujourd'hui une frange de l'islam. Cela ne saurait non plus signifier un quelconque renoncement aux techniques. »

Pour approfondir cette invitation à lire et étudier le livre de Dominique Bourg, rien de plus simple que de se rendre sur le site de Patrice de Plunkett.

 

En lire la présentation.

 

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