En Algérie, Christian Chessel connait le risque encouru et l'accepte en toute conscience, au nom de l'amour gratuit et universel de Dieu

Publié le par Michel Durand

Christian Chessel dans les années 80, martyr en Algérie

Christian Chessel dans les années 80, martyr en Algérie

Je rédige cette page en pensant aux amis du Centre Chrétien Universitaire des années 80. Ils étaient à l‘époque étudiants : Isabelle, Bernard, François, Véronique, Pierre, Jean-Pierre, Alain, Judith, Philippe, Christiane… Nous nous sommes retrouvés à Villebois avec la famille Chessel au moment de la sépulture de Christian. Je me rappelle de cette phrase entendue d’une jeune docteur en médecine : « après tant d’années d’étude, mourir si jeune, dans ces conditions, un vrai gâchis ! » Nous nous redisons sans cesse cette phrase qui m’envahit toujours l’esprit.

On a beau y croire, l’idée de la résurrection change peu à la chose.

En Egypte, hier, 7 chrétiens tués. Que peut-on donc faire au  nom de Dieu ?

 

Et comment ne pas penser à ce que vivent les chrétiens du Pakistan ? D’après mes contacts pakistanais, actuellement, aucun chrétien ne sort de chez lui.

L’avocat d’Asia Bibi est obligé de se protéger en dehors du Pakistan. Voir ici

 

 

Selon mes contacts pakistanais, Asia Bibi serait au Canada. C’est CNN qui a donné l’information. Mais maintenant je lis ceci : « Hier, vendredi 2 novembre, Shaan Taseer, fils de Salman Taseer, gouverneur du Pendjab assassiné en 2011 pour avoir pris la défense se Asia Bibi, aurait annoncé e, direct sur la chaine CNN, l’arrivée de Asia Bibi au Canada. Ces propos  relayés par le monde entier s’avèrent erronés ».

Selon Vatican News, les islamistes gagneraient officiellement du pouvoir dans ce désir de tuer au nom de Dieu : "Cet accord prévoit notamment que le gouvernement ne s’oppose pas au dépôt d’une requête en révision du jugement de la Cour suprême au sujet d’Asia Bibi et qu’il initiera une procédure visant à inscrire son nom sur une liste de personnes empêchées de quitter le territoire. Face à cet accord, l’avocat d’Asia Bibi estime ainsi que sa cliente «est toujours en prison», celle-ci ne pouvant pas quitter le pays avant l’examen de la requête". 

Pakistan / Algérie des années noires !

Une volonté de semer le trouble sous diverses manières ? Que de gâchis !

 

Beaucoup plus paisible que je puisse l’être, le Père Christian Delorme, un frère avec qui je partage la vie d’équipe pradosienne,

 

 

a rédigé ce texte que j’ai le bonheur de publier avec son accord. Cela me donne l’occasion de montrer une Photo de Christian Chessel retrouvé, je ne sais comment, dans « mes archives non classées ».

En souvenir des années 80 et en union de prière un lendemain de Toussaint et de 2 novembre.

 

Le père Christian Chessel,

martyr chrétien d'Algérie,

dont la tombe se trouve à Villebois, dans l'Ain

 

A 60 kilomètres de Lyon, à 50 kilomètres de Bourg-en-Bresse, repose le corps d'un des dix-neuf martyrs chrétiens de l'Algérie des années 1990 qui seront béatifiés à Oran le 8 décembre 2018.

 

Le samedi 8 décembre, sur l'esplanade du sanctuaire de Notre Dame de Santa Cruz à Oran, le cardinal Angelo Becciu, envoyé spécial du pape François, présidera la cérémonie de béatification de Monseigneur Pierre Claverie et de dix-huit autres religieux et religieuses tués en Algérie lors de la « décennie noire » des années 1990.

 

L'opinion publique connait surtout, parmi ces martyrs, les sept moines de Tibhirine en raison du film à succès qui leur a été consacré, « Des hommes et des dieux », et grâce aux écrits du frère Christian de Chergé et du frère Christophe Lebreton. L'histoire des autres religieux chrétiens assassinés par fidélité à leur foi et au peuple algérien mérite, cependant, un égal intérêt, notamment celle du père Christian Chessel, un des quatre pères blancs de Tizi Ouzou tués le 27 décembre 1994. Il est le plus jeune des dix-neuf nouveaux bienheureux de l'Église Catholique, puisqu'il est mort à l'âge de 36 ans.

 

Christian Chessel est né à Dignes-les-Bains, le 27 octobre 1958. Il appartient à une famille de classe moyenne ( père gendarme, mère enseignante ) et a une fratrie de trois. Après une enfance et une adolescence passées à Antibes, il vient faire ses études d'ingénieur à Lyon, ainsi que des études de lettres, période durant laquelle il vit en communauté au Centre Chrétien Universitaire ( CCU ) de la Guillotière aux côtés du père Michel Durand, prêtre du Prado. En 1981, il obtient son diplôme d'ingénieur en génie civil et part faire deux années de coopération en Côte d'Ivoire. A son retour en France, ayant entendu l'appel à devenir prêtre, il est admis au séminaire d'Avignon. Mais il se sent appelé à servir en Afrique et à approfondir une relation spirituelle et d'amitié avec le monde musulman. En 1985, il entre dans la Société des Pères Blancs Missionnaires d'Afrique, et, un an plus tard, il est envoyé pour un premier séjour en Kabylie, à Tizi Ouzou. Six ans après, en 1991, à Rome où il est devenu étudiant de l'Institut Pontifical d'Études Arabes et Islamiques ( PISAI ), il prononce ses vœux au sein de la famille spirituelle des Pères Blancs, la main posée sur l'évangile en arabe d'un autre père blanc mort assassiné au Sahara en 1881, le père Louis Richard. Il est ordonné prêtre, à Nice, le 28 juin 1992.

 

Après son ordination presbytérale, Christian Chessel est envoyé de nouveau en Kabylie, où il retrouve avec joie les amis algériens connus précédemment ainsi que ses frères prêtres Alain Dieulangard et Jean Chevillard. Mais les temps ne sont plus les mêmes, l'Algérie se trouve déchirée par la violence terroriste, et être religieux chrétien européen dans ce contexte est particulièrement périlleux. Christian Chessel s'investit avec une énergie contagieuse dans le projet de création d'une nouvelle bibliothèque au service des étudiants de Tizi Ouzou. Il participe aussi avec ferveur aux rencontres du « Ribât es-Salam », « Le lien de la Paix », un espace de dialogue spirituel islamo-chrétien né en 1979 à l'ombre du monastère de Tibhirine, à l'initiative du père Claude Rault ( qui deviendra évêque du Sahara en 2004 ) et du frère Christian de Chergé ( prieur de Tibhirine ). En 1994, il est choisi comme supérieur de sa petite communauté de Kabylie.

 

Comme tous les prêtres, religieux et religieuses qui ont choisi de rester en Algérie en cette période terrible ( il y eut plus de 150 000 Algériens tués durant la décennie 1990 ), Christian Chessel connait le risque encouru et l'accepte en toute conscience, au nom de « l'amour gratuit et universel de Dieu » comme il l'écrit. Le 27 décembre 1994, un commando islamiste surgit dans la maison des pères à Tizi Ouzou. Les pères Alain Dieulangard, Jean Chevillard et Charles Deckers ( venu en visite ) sont froidement exécutés dans la cour de la demeure. Tentant probablement de s'échapper, Christian est abattu d'une rafale de mitraillette dans le dos, une balle dans le cœur provoquant une mort instantanée. Le jour des funérailles, une foule de quelque 4 000 Algériens accompagne les quatre martyrs pour la célébration de leurs obsèques et pour l'inhumation de trois d'entre eux au cimetière chrétien de Tizi Ouzou. Monseigneur Pierre Claverie, évêque d'Oran, le frère Christian de Chergé et plusieurs autres futurs martyrs sont présents. La famille de Christian Chessel a préféré que le jeune religieux soit enterré près du domicile qu'elle possède à Villebois, un petit village de l'Ain. C'est ainsi que, à égale distance de Lyon et de Bourg-en-Bresse, les fidèles de la Région Rhône-Alpes peuvent aujourd'hui venir se recueillir auprès du corps d'un grand témoin contemporain de l'amour vécu jusqu'au bout de la vie, un grand témoin de la nécessaire amitié islamo-chrétienne.

 

Christian Delorme

prêtre du diocèse de Lyon

 

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