La question : L'art sacré contemporain témoigne t’il d'une expression spirituelle personnelle. Voici la réponse de Michel Fischer

Publié le par Michel Durand

Michel Fischer, Le cantique du frère Soleil, 130 x 170 cm, Basa 2013

Michel Fischer, Le cantique du frère Soleil, 130 x 170 cm, Basa 2013

Page à relier avec celles qui relatent des tables rondes de résurgences

10 février 2019

5 février

31 janvier

Oui !

En effet, comment dissocier ma foi (c'est-à-dire cette confiance irrationnelle à quelque chose d’immensément plus grand que moi, qui fait sens dans ma vie quotidienne) et le besoin vital de m'exprimer par la peinture.

L'infini territoire de la peinture est pour moi le lieu privilégié du dévoilement de cette confiance.

La charnière entre la pratique concrète de la peinture et cette soif spirituelle se fait par la recherche (qui reste heureusement valable encore pour beaucoup de peintres), par la recherche inassouvie de la Beauté.

C'est la beauté que je vois à l’extérieur de moi, mais aussi dans la résonance qu'elle éveille dans ma sensibilité et déclenche mon désir de peindre.

Dans l'atelier, deux chemins se présentent à mon désir de peindre : soit essayer de retrouver l'émotion première, par exemple celle qu'un paysage a éveillée en moi, ou peindre sans idée préconçue, laisser libre cours à mon imaginaire pour voir. Cette recherche de la beauté est la ligne haute de la transmutation du regard, un point Sacré que je tente désespérément de toucher.

Ensuite, ce qui vient sur la toile ne dépend pas uniquement de ma disposition d'esprit. Une toile dans son surgissement à mes yeux développe aussi sa propre logique et m'oblige en quelque sorte à la suivre. Bien sûr, il y a de l’inconscient, du non-dit, du non vu.

Le partenaire par excellence pour beaucoup de peintres est le geste mélangé à la chair d'une présence qui ne se dit pas, mais, peut-être, qui se peint. En cela je suis dans la continuité d'une tradition de recherche. Je crois, contre vents et marées, que la peinture est une alchimie, un lieu où la matérialité d'une chose, en l’occurrence une toile sur laquelle sont déposés des pigments, nous renvoie à autre chose qui est de l'ordre du symbole, de l’idée, d'une suggestion, d'un dévoilement.

Après, un tableau est polysémique. Le nombre de lectures possibles d'ailleurs en fera son intérêt, peut-être aussi sa qualité. Nous ne voyons pas tous la même chose dans un tableau. Certains regardent en fonction du degré de ressemblance (après tout pourquoi pas), d'autres la couleur, d'autre une signification du tableau...

Personnellement, je ne rejette aucun regard, car le tableau accompli à mes yeux ne m'appartient plus, mais appartient à ceux qui le regardent. C'est dans cet espace de liberté que j'ai une chance de rencontrer l’autre. À ce moment là, le tableau que nous regardons ensemble dont je suis le créateur dépossédé et lui le spectateur attentif s'appropriant la toile. Une rencontre s'accomplit parfois dans la simple communication parfois dans un dévoilement qui dirige notre regard vers la dimension spirituelle de l’existence. Est-ce que la toile dans cette rencontre agit ? Oui, je le crois.

Le même partage aurait pu se produire sans la toile : c'est vrai ! Mais un tableau est un bon raccourci, une passerelle entre les êtres. Une porte entre le visible et l'invisible.

Voilà, ce que je peux répondre à la question posée sachant pertinemment que mon témoignage est un grain sable dans le désert, un coin d'eau minuscule dans l'immensité jamais parcourue de l'univers de la peinture.

Chaque matin quand je descends dans mon atelier quelque chose me fait sourire. J'ai toujours ce désir flambant neuf de peindre le même qui m'a saisi à 17 ans et qui ne m'a jamais lâché.

Michel Fischer

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