La parole de Dieu faite chair est présente en toute réalité humaine. En conséquence, elle n’opère aucune exclusion, n‘enferme pas au placard

Publié le par Michel Durand

Favrene, la Parole parmi nous, pastels

Favrene, la Parole parmi nous, pastels

Je viens d’entendre, une fois de plus, que, membres d’une association loi 1901, Résurgence(s), nous n’étions pas d’Église. Donc, les actions développées par nos soins n’ont pas vocation à être reconnues comme appartenant à l’Église. Il est précisément question de la biennale d’art sacré actuel.

 

 

L’incarnation du Verbe éternel

Ces paroles prononcées par des cadres de l’Église à Lyon m’invitent à réfléchir concrètement sur l’incarnation. Le Verbe fait chair. Jésus, le Christ qui fonda l’Église.

Depuis le début des années 2 000, il m’est arrivé plusieurs fois d’entendre affirmer que Confluences (devenu Résurgence(s) suite aux divers changements imposés par l’histoire) étant une association loi 1901, n’était pas un mouvement d’Église. Nous étions alors invités à expliquer les avantages, en tant que mouvement ecclésial, d’assumer en même temps les apports bénéfiques de la loi civile.

La rencontre du droit de l’Église et du droit de l’État, je l’ai pratiquée avec les aumôneries étudiantes. Ainsi le Centre Chrétien Universitaire (CCU), par le biais de la loi civile était propriétaire des locaux de l’aumônerie (69 rue Pasteur Lyon 7). Cela remontait, me semble-t-il, aux années 30 du siècle précédent, quand des parents et des professeurs ont voulu donner aux étudiantes les moyens de se réunir pour vivre de la foi chrétienne et réfléchir sur leur vie d’étudiantes selon l’Évangile. À l’époque, il n’y avait d’aumônerie universitaire que pour les garçons. C’est donc la générosité des adultes réunis en association loi 1901, qui permit cette création. Après la Seconde Guerre mondiale, le CCU est devenu mixte.

J’imagine que d’autres structures montées par des chrétiens ont dû voir le jour avec ce même processus. Une étude historique serait à faire. Je pense que cela doit être facile.

 

Vatican II parle de l’Église, peuple des baptisés. Je ne prends que les premières phrases de Lumen Gentium :

« Le Christ est la lumière des peuples ; réuni dans l’Esprit saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Évangile répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église (cf. Mc 16, 15). L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle. À ce devoir qui est celui de l’Église, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ ».

Des fidèles du Christ se réunissent pour accomplir cette annonce du Christ, de sa Bonne Nouvelle. Ils souhaitent rencontrer les hommes et les femmes qui, dans leur temps de loisirs, admirent les œuvres d’art du passé et du présent. Ils pensent qu’il convient de faire le maximum pour que ces amateurs d’art comprennent le sens de ce qu’ils voient. Ce fut la naissance des groupes d’étude « Art et Bible ». Nous étions à l’époque où Régis Debray, avec d’autres professeurs, parlait de l’enseignement du fait religieux dans les écoles publiques. Pour atteindre ces milieux « laïcs » il importait - il importe toujours - de se présenter avec les outils qui leur conviennent. Un dialogue avec une MJC, une mairie n’est possible que sous la forme associative selon la loi 1901. Pourquoi se priver de cet outil ?

Qu’un service d’Église se glisse dans une structure humaine, n’est-ce pas conforme à la dynamique de l’incarnation ? Le Verbe s’est fait chair. Rencontre d’une réalité divine et d’une réalité terrestre.

Ne pas vouloir cette insertion équivaut à se mettre à part, à se séparer de toute humanité. Je m’en suis souvent expliqué en disant que l’affirmation des responsables d’Église : « liés à la loi civile, vous n’êtes pas d’Église (quoique baptisés) » ressemble à celle des fonctionnaires de l’État : « Vous ne pouvez pas développer une mission culturelle dans une église, car celle-ci est exclusivement affectée au culte (loi de 1905) ». Les deux parties d’une laïcité mal comprise enferment les missionnaires chrétiens dans leurs sacristies.

Évidemment, je ne suis pas historien et encore moins juriste. Aussi j’aimerais que la page que je viens d’écrire soit lue et critiquée par des professionnels de ces disciplines. Selon le droit canon (droit de l’Église), que signifie : vous n’êtes pas d’Église en prétendant œuvrer au nom du Christ tout en utilisant les droits de la République. Et, n‘oublions pas, droit que je suis disposé à ne pas respecter quand ils s’opposent fondamentalement aux droits essentiels de la personne humaine. Il y a peu, je parlais de désobéissance civile.

À vous, juristes, la parole. Merci

 

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