Pour vous je suis prêtre. Avec vous je suis chrétien. Prêtre, c'est une charge qu'on assume. Chrétien, c'est le nom de la grâce qu'on reçoit

Publié le par Michel Durand

Pour vous je suis prêtre. Avec vous je suis chrétien. Prêtre, c'est une charge qu'on assume. Chrétien, c'est le nom de la grâce qu'on reçoit

Saint Augustin :

"Si ce que je suis pour vous m'épouvante, ce que je suis avec vous me rassure. Pour vous en effet, je suis l'évêque ; avec vous je suis chrétien. Évêque, c'est le titre d'une charge qu'on assume ; chrétien, c'est le nom de la grâce qu'on reçoit. Titre périlleux, nom salutaire."

Saint Augustin, Sermon 340,1, cité en Lumen Gentium 32, constitution dogmatique sur l'Église du Concile Vatican II.

 

Dans la liturgie catholique, pour la célébration de l’eucharistie dominicale (ce que nous avons l’habitude d’appeler « la messe »), je vois dans la procession d’entrée, la marque d’un cléricalisme inconscient.

L’animateur des chants entonne et fait chanter le chant d’entrée. Nous avons cette définition :« Le chant d'accueil (ou d'entrée) fait entrer l'assemblée dans la célébration. Il fait passer de la vie de tous les jours à la prière ».

En fait, que voyons-nous ? Des gens debout qui parfois se retournent et regardent en arrière. On s’est levé pour accueillir l’entrée solennelle du clergé. Et il arrive, dans les grandes assemblées, par exemple dans une cathédrale, que des prêtres saluent d’un signe de la main, les visages connus. Entrée triomphale d’un prince. Salue-t-il de la main ou trace-t-il dans l’air un geste de bénédiction sous la forme d’un signe de croix ? Tel est, rituellement, le comportement de l’évêque ; mais, ce geste est largement ambigu.

Il en va de même pour la sortie solennelle où je me demande si le clergé ne se comporte pas comme s’il était en campagne électorale. Je note, au passage, que le « baiser de paix » -où la vigoureuse et chaleureuse poignée de main remplace l’accolade- s’apparente plus à la recherche de voisins partisans qu’à la réception de la paix qui nous vient essentiellement de Jésus-Christ.

L’entrée en eucharistie.

Fidèles du Christ nous nous assemblons pour l’écoute de la Parole et le partage du pain et du vin devenu, par le sacrement, Corps et sang du Christ. Baptisés dans un même Esprit selon l’appel du Père, nous tirons de nous-mêmes l’élan de la prière, de la louange, de l’adoration et supplication. Tout cela vient du cœur même de l’assemblée réunie. Les prêtres (presbyteros-anciens), serviteurs du peuple rassemblé, les fidèles du Christ se tournent vers l’unique grand prêtre (sacerdos) qu’est le Fils de Dieu.

Pour que le rite d’entrée soit vécu dans sa logique la plus totale, il faudrait que les chrétiens se réunissent sur la place qui précède le bâtiment église, se salue en ce lieu (avec échanges de nouvelles), et entre, selon le rite de la procession, dans l’église en passant par l’atrium, deuxième espace signifiant la rupture avec l’agitation de la rue. Le clergé ne fait que participer à cette entrée solennelle. Il se dirige vers le sanctuaire dans le même mouvement que l’ensemble des baptisés. Il n’est pas un spectacle à voir. Il ne constitue pas un corps spécial qui entre dans la salle de réunion une fois que tous les participants sont arrivés.

Quand l’animateur de chant dit : « Maintenant, levons-nous pour accueillir les prêtres et chantons… » il alimente le cléricalisme, soulignant que le prêtre est mis à part. Sacralisé.

Que le prêtre dans le culte chrétien agisse in personna christi ne le place pas sur un piédestal, ne le met pas à part. Il reste membre de l’Église par son baptême qui investit chaque baptisé dans la mission de prêtre, prophète et roi.

Je sais que le prêtre par le sacrement reçu assume une mission spécifique. Le sacrement de l’Ordre est un service à vivre au sein du peuple et non une sacralisation le situant au-dessus de tous.

Bref, le regard des fidèles sacralisant le prêtre est encore à convertir. Je viens de le constater en préparant la cérémonie d’un mariage où le couple aurait tendance à ne rien vouloir dire, car tout vient de Dieu par la médiation du prêtre.

Enfin ! Vous ne partagez pas ma façon de voir. Alors, ouvrons le débat.

 

 

 

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