La parole libérée libère la parole entrainant la reconnaissance de nécessaires conversions au niveau des racines d’une vie selon l’Évangile

Publié le par Michel Durand

Un dessin de Léa, fille de prêtre : "c'est mon image fétiche, un berceau posé dans une église" © DR - Léa

Un dessin de Léa, fille de prêtre : "c'est mon image fétiche, un berceau posé dans une église" © DR - Léa

Il y a peu de temps, j’ai rencontré un collègue qui m’assura que nous n’avons pas encore fini de lire dans les journaux des articles parlant de crises dans l’Église. Ce sujet sera d’actualité pour plusieurs mois. Certains observateurs parlent même de la durée d’une génération.

Les victimes d’abus sexuels sont encouragées par les cellules de crise mise en place à prendre la parole. Et, s’exprimant, elles invitent d’autres victimes à dire leur souffrance. Prenons ma journée du jeudi 13 juin 2019 et dressons une liste de ce que j’ai découvert à ce propos.

Publié le lundi 20 mai : Violence dans l’Église, violence par l’Église, violence sous les yeux de l’Église.

Tel est le titre du colloque organisé par le département de théologie pratique de la faculté de Strasbourg les 4 et 5 avril 2019.

L’auteur de cette page, Georges Heichelbech indique deux des diverses interventions :

Philippe Lefebvre, théologien de l’université de Fribourg, en Suisse. Voir ici.

Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieuses et religieux de France. Voir ici.

Sur France Info. L'Église face au tabou des enfants de prêtres et de religieuses.

Certains enfants de prêtres et de religieuses, devenus adultes, veulent faire exploser la chape de plomb de ce tabou. Jeudi 13 juin, des évêques recevront ces fils et filles d’ecclésiastiques.

France inter. "Tu n'aurais pas dû naître", "fille du diable", "fille du déshonneur" : trois enfants de prêtres témoignent. Pour la première fois, des enfants de prêtres vont témoigner ce jeudi au siège de la Conférence des évêques de France. Plusieurs de ces enfants, devenus adultes, ont accepté de nous raconter leur histoire, entre silence, rejet et humiliation. L'Église de France se dit prête à reconnaître leurs souffrances.

La Croix. Les enfants de prêtres sortent de l’ombre.

Et, dans ce même cadre, j’ai découvert le blogue de "Enfants du silence, Enfants de prêtres"

 

La connaissance et reconnaissance de toutes ces crises ne peut qu’ouvrir la route d’une solution de la crise. Même si cela prend du temps. Penser autrement ce serait désespérer et imaginer que Dieu puisse oublier les êtres de sa création. « Nous ne sommes pas abandonner de Dieu !

À nous de nous convertir.

C’est alors que me vient à la mémoire le mot de catharsis. On m’emploie souvent dans le théâtre. J’interroge les dictionnaires. Wikipedia donne ceci.

La catharsis est un rapport à l'égard des passions, un moyen de les convertir, selon la philosophie aristotélicienne en rhétorique, esthétique, politique.

À l'ère contemporaine, en psychanalyse, à la suite de Sigmund Freud, la catharsis est tout autant une remémoration affective qu'une libération de la parole, elle peut mener à la sublimation des pulsions. En ce sens, elle est l'une des explications données au rapport d’un public à un spectacle, en particulier au théâtre.

Catharsis = purification. Prélude à la conversion.

« Platon reprend l’idée de la purge qui prépare le corps à une élévation de l’âme en le purifiant de toutes ses impuretés. Ainsi, Platon prétend que l’âme ne peut se saisir de nouvelles connaissances sans s’être débarrassée des opinions et des a priori. Dans un passage du Sophiste, Platon utilise la métaphore médicale pour établir la catharsis comme étant une technique pour réfuter ou rejeter les fausses idées. Elle se rapproche alors du concept de l’accouchement par la maïeutique. Par cet exemple, il propose de faire de la catharsis un moyen de compréhension de phénomènes qui sont difficilement accessibles. Cette utilisation médicale du terme permet à Platon d’inventer ce qu’il appelle la médecine de l’âme.

Platon va également se servir de la catharsis pour donner une signification aux rites funéraires qui permettent la séparation du corps et de l’âme. Le philosophe applique cette même séparation à la pensée philosophique. Il dit que la réflexion purifie l’âme, et que celui qui s’éloigne du monde matériel peut aspirer à la connaissance. Pour lui, le corps est un lieu d’impureté qui ne permet pas d’accéder au savoir ». 

Bref. Que la crise que nous subissons en Église soit une catharsis !

 

Et, n’est-ce pas en ce sens que l’expression « heureuse faute » est employée ?

J’ai trouvé un commentaire à ce sujet que je livre ici.

 

« O Felix Culpa »

 

O Felix Culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem ! « Heureuse faute, qui nous valut un tel Rédempteur ! »

 

Cette expression est un passage de l’hymne du Praeconium paschale (plus communément appelé Exultet) qui est chantée par le diacre au moment de l’irruption de du Cierge pascal le soir de la veillée pascale. D’aucun affirme que cette expression serait augustinienne. Cependant, dans l’immense corpus offert par saint Augustin, il n’y a pas (encore) de référence attestée. Durand de Mende, cité par Dom Capelle pense que l’auteur de cette expression serait saint Ambroise. « (...) l’exclamation O Félix Culpa correspond à une pensée qui lui est familière (...) l’auteur de l’Exultet ressemble à Ambroise comme à un frère. »

Les études récentes (et anciennes) sur l’origine historique de l’association surprenante des mots « d’heureuse » et de « faute » manquent. Il en est de même des interprétations tant spirituelles que théologiques. Comment comprendre le qualificatif « heureux » pour une « faute » ? L’article4 du théologien-liturgiste contemporain Paul de Clerck permet de poser quelques jalons et conduit à une réflexion. Cet article s’en inspire.

 

Une association scandaleuse

L’association des termes de Bienheureuse et de Faute est cause de scandale. En effet en quoi la faute, apparentée au péché, peut-elle être proclamée heureuse ? Pour le comprendre, il est nécessaire d’assumer les notions théologiques de « faute » et de « rédemption » dans l’évolution personnelle de chacun. Un adulte ne peut objectivement nier le mal sournois, à l’œuvre dans sa propre vie. Si cet adulte est baptisé et croyant, il ne peut nier non plus l’œuvre du Salut à l’œuvre dans sa vie.

En observant son histoire personnelle, avec un certain recul, ce même adulte peut voir, parfois, que le mal, dont il fut complice ou victime à un moment précis de son parcours, n’est pas qu’une expérience négative, mais qu’elle peut devenir un moyen étonnant pour rencontrer le Sauveur. En constatant dans sa vie le scandaleux écart qui existe entre sa faute et la béatitude heureuse promise, cet adulte croyant pourra entrer dans une dynamique de conversion selon l’Évangile.

 

La bonne conscience seule est une erreur

La tradition chrétienne exige de ne pas confondre le pécheur et son péché. Ainsi fait, le péché est-il relégué à l’oubli des choses de peu d’importance. Attention cependant à ne pas aller trop vite. Il est profitable de considérer la notion de péché dans sa « perspective heureuse ». Il est évident que c’est l’expérience que l’on fait de ce péché qui est profitable et non pas, bien sûr, l’acte. Cette perspective permet de s’extirper petit à petit du moralisme obsédant pour approcher du Sauveur venu pardonner tous les pécheurs. Saint Paul affirme 1 Co 4,4 Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me juge, c’est le Seigneur. Une négation de ses failles est un refus, conscient ou non, de l’accueil du Sauveur dans sa mission : c’est manquer le Seigneur à l’œuvre, c’est manquer le Salut en personne. (Luc 5, 31-32).

 

Le reproche sévère seul est une erreur

Le danger possible, lorsque le péché et le mal blessent encore et encore le parcours d’une vie, consiste pour le pécheur à se détester. Perdu dans un tourbillon et un cercle infernal, ce pécheur peut désespérer de lui-même et se sentir esclave des contradictions que pourtant il rejette en esprit, mais que le réel lui impose. L’aversion vécue par le pécheur contre ce mal risque de se tourner contre lui-même et aboutir à une forme de haine de soi destructrice.

Le péché, pour le chrétien, ne peut pourtant pas être réfléchi sans la perspective de libération qu’offre le Rédempteur. Le reproche n’a de sens qu’en s’ouvrant à la conversion et à la grâce.

L’occasion d’une conversion

Sorti d’une image de perfection morale mensongère que l’homme sévère s’impose, il lui est possible de s’apaiser. Il peut reconnaitre en l’autre un frère d’infortune et de misère qui, s’il ne le console pas, lui permet de ne pas se sentir seul. Un regard plus tendre, plus simple, plus aimant s’ouvre sur l’autre dont la misère ressemble à la sienne, et l’autre devient un prochain, un frère. Cette approche de l’humanité-fraternelle ouvre à l’une des dimensions de la communion: il n’est plus de bons ou de méchants. Il n’y a plus de justes qui n’existent que par la présence d’injustes. Il n’y a qu’une communauté de pécheurs qui se savent solidaires et nécessiteux envers la miséricorde qui s’offre à tous. Là et seulement là, l’expérience de Dieu est possible pour soi comme pour tous.

La faute, ainsi approchée est effectivement heureuse en ce qu’elle permet une opération de décentrement où seul le Sauveur est à l’œuvre pour le monde. Bienheureuse faute ainsi approchée, assumée, et dépassée pour une expérience d’alliance en Église. C’est au soir de la mère de toutes les veillées6 que prenant conscience du salut, les frères d’infortune comprennent et mesurent la grandeur du Rédempteur.

Sébastien ANTONI,
Augustin de l’Assomption

Voir le texte avec les notes

 

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