Mon accident verrait à aboutir favorablement. La vie trouve de nouveaux objectifs, de nouveaux horizons – un futur m'était rendu possible

Publié le par Michel Durand

Mon accident verrait à aboutir favorablement. La vie trouve de nouveaux objectifs, de nouveaux horizons – un futur m'était rendu possible

C’est l’été, on se promène.

Solitaire.

Il fait chaud. À chaque trou du chemin une nouvelle vie peut commencer. Qui s’en douterait ?

 

Je laisse la parole à Jean-Marie

 

Du vent dans les arbres…

 

« Il est des rencontres parfois inattendues, singulières – qu'on naurait, finalement, nullement imaginées.

Vous pensiez faire ceci, et puis vous faites cela… vous aviez prévu de faire un petit tour dans la toute proche campagne puis retourner chez vous ; certes, vous partez bien, mais vous regagnez ensuite vos pénates et votre domicile par un autre chemin, autre que celui que vous aviez initialement planifié et projeté.

Je m'explique : étant finalement plus ou moins chercheur dans l'âme, il y a juste une semaine, jour pour jour, il m'a été donné l'occasion d'aller étudier le sol – je veux dire, sa composition première, en détail – la terre et l'herbe de manière très précise.

Vous allez voir ...

Nous étions en ces très chaudes journées de tout début juillet, j'avais pris ma moto juste pour un quart d'heure, en vue d'aller la faire rouler et de la tester un peu après qu'elle ait subi une petite opération à cœur ouvert, à savoir un déglaçage de cylindre et un remplacement du piston avec ses deux segments… bref, nous sommes sur le terrain, tout va bien : une petite fumée bleue, mais sans plus, tourbillonne derrière-moi joyeusement à l'échappement… les vitesses passent souplement, l'équilibre est parfait sur deux roues bien gonflées ; je passe le secteur de La Villeneuve en petit père tranquille, bien en dessous des vitesses autorisées, je prends ensuite à droite pour rejoindre la Loire, le Chemin des Mariniers pour être plus précis.

Arrivé à un 'T', j'oblique à droite encore par un joli chemin qui longe toute la puissance du fleuve… Je reprends alors un peu de vitesse, modérément, celle d'un homme qui court à bonne allure, guère plus… quelques ornières assez peu prononcées sont au sol, je les vois , je les connais... larges tout d'abord, puis de plus en plus fines – ma roue avant s'y engage soudainement, je tente tout en roulant une sortie sur la gauche, je bascule, je tombe.

Perte de connaissance immédiate.

La terre et l'herbe sont alors et pour moi au plus près.

Après un temps qui fut de quelques secondes ou de quelques minutes tout au plus, j'ouvre les yeux.

Et voilà où je voulais en venir, où je voudrais véritablement et très précisément en venir dans mon récit, au creux de mon message : quelle surprise alors pour moi – quel étonnement ! Tout était neuf !

Tout neuf.

Vraiment neuf.

Frais.

Inédit !

Allongé sur le sol, à plat dos : je vis alors presque d'un coup et très nettement les arbres, les branches et le feuillage, l'action invisible du vent les agitant… et puis ce grand ciel bleu, aussi, derrière, servant d'écrin...

J'étais bien, vraiment très bien, éminemment détendu, ne ressentant quasiment aucune douleur – en fait : je n'avais plus l'impression d'exister à proprement parler, et bien qu'étant pourtant extrêmement présent à tout ce qui m'entourait.

La fine pointe, la très fine pointe de l'âme...

Plus précisément, il ne demeurait plus au sol que ce Jean-Marie rendu à sa plus simple expression, dénudé et libéré de tout, dépouillé du passé, du futur, et quasiment de lui-même, en fait.

J'étais, durant ces quelques minutes, un peu plus et davantage encore, l'observateur amoureux et direct de cette si belle Nature, de tout ce qui m'entourait, de ce Réel si doucement offert – un Soi magnifique et profond m'habitait…

Aucun jugement ne pouvait naître alors en ces instants en mon esprit, pas plus que la peur, naturellement… non, j'étais porté, ailleurs – ou au contraire, finalement, au plus près des racines de la vie, au plus près des racines de l'être, au cœur de tout ce qui est et qui était présent... au contact de ce Grand-Vent-Mystère d'une simplicité qu'on aurait peine à imaginer avant d'y avoir goûté.

La vie est très vaste, savez-vous ?… Elle est… renversante ; et elle est éternelle.

J'y gouttais-là, émerveillé.

Puis vinrent lentement le temps des questions et des réponses qu'on souhaiterait timidement y adjoindre : 'Je suis là, décidément là, c'est bien vrai, c'est un fait..., mais au sol, sur le dos – et, ou ?'… aucune réponse ne parvint à s'accrocher à cette interrogation pourtant bien légitime et dans ces circonstances… le temps est bon, le soleil monte avec la matinée qui lentement tire à sa fin – aucune précipitation ne parvient à prendre place en mon esprit, pas d'emballements, pas de dépit ; comme je ne bouge toujours pas, ce sont mes yeux qui bougent : au-devant, le ciel, l'air et les arbres – et puis derrière, juste derrière moi, à trente centimètres à peine : une moto !

Une moto ?… Une moto ; qu'est-ce que c'est que cette histoire ?… Qu'est-ce qu'une moto vient faire là, couchée qui plus est sur le flanc, moteur coupé, un filet d'essence coulant par le bouchon du réservoir ? Une moto ? quel rapport puis-je donc avoir avec une moto ?… En ai-je déjà fait dans le cours de ma vie ?

Et c'est donc là, en cet instant, que le passé, tout d'abord, à commencé à émerger, à prendre de l'importance pour moi, une certaine signification : il venait ainsi tout doucement s'inviter… je cherche lentement, je persiste à chercher, sans aucune brutalité, l'esprit délié et toujours très léger… une moto ?… Oui, mais… oui..., effectivement, j'ai bien pu aimer la moto, en faire peut-être même à une période ou à une autre de ma vie – mais quand, et où ? Je ne saurais le dire.

Et cette moto, précisément, qui visiblement n'est pas la mienne et ne l'a jamais été, d'ailleurs : quelle est la raison de sa présence, et si proche, là, juste derrière mon crâne ?…

Les questions se sont ensuite un peu plus enfilées sur le grand collier de ce qui nous fait être, demeurer, et devenir – et j'en suis venu alors à cette constatation si simple et évidente que cette moto était la mienne… que j'avais entrepris, oui, ça me revenait lentement... de faire quelques kilomètres de route et de chemin, autour de mon village des bords de Loire, et que j'étais tombé.

Comme j'étais décidément bien, détendu, allongé, animé d'aucune crainte ni de peur : je suis resté encore un peu comme ça, au travers du chemin, vaguement déhanché, débonnaire et songeur – j'ai juste ôté mon casque de la main droite, et j'ai ôté mes gants ; jouir du paysage, du silence, de la paix qui semblait bien être définitivement acquise et partagée…

Puis les questions reprirent de la vigueur et de l'ampleur avec le soleil qui montait dans le très bleu du ciel ; il faisait chaud à présent, très chaud – il devait être pas loin de midi, certainement ; il fallait à présent y aller, me lever, relever la machine, la démarrer, et retrouver la maison, les miens, pour prendre le repas.

Mais impossible pour moi.

Mes pieds bougeaient ainsi que mes jambes, mon bassin et mon buste également – mes épaules et mes bras aussi, enfin, à droite : oui ; mais pour le côté gauche, je ne pouvais rien faire, absolument rien faire ; à la moindre tentative de mouvement de l'épaule, je ressentais une très forte douleur sans bien même parvenir à en définir exactement l'origine et la source.

Je me disais alors qu'un peu de temps serait nécessaire à me faire regagner confiance et force – et qu'il me suffirait alors, le moment venu et d'un seul coup d'un seul, comme un seul homme, de me rétablir en un jet sur mes pieds ; le temps passé me prouva le contraire : j'étais 'fait', prisonnier de ce morceau de terre, incapable même de ne traîner au sol ne serait-ce que de quelques centimètres à droite ou bien à gauche, devant ou bien derrière.

Étant en cet endroit, sur ce chemin, à plusieurs centaines de mètres de toute route, de toute habitation – et mes esprits s'étant manifestement bien rétablis – je fis cette constatation qu'il me faudrait de l'aide : que seule une personne extérieure pourrait me sortir de ce bien mauvais pas !… Mais point de crainte toutefois en moi, quasiment aucune peur. Je savais pourtant bien que, connaissant ce sentier, ce secteur, je pouvais rester ici sans rencontrer personne pendant un jour ou deux, peut-être plus… et nous étions qui plus est en semaine, le mardi, si loin du week-end où les chances de croiser quelques randonneurs et promeneurs étaient un peu plus fortes – et avec cette douleur cuisante et manifeste, à présent : qu'allais-je devenir ?

Je commençais à me faire du souci, un réel souci pour mes proches en particulier, pour mon entourage, pour ma famille.

Je n'avais qui plus est pas de portable avec moi.

Je restais donc là, botaniste de fait, épinglé sur ce tapis de terre et de verdure, et pour un temps que je n'osais finalement plus trop imaginer.

Je pensais à Dieu, également, très très tendrement, oui…

Voilà : plus rien ne dépendait de moi à présent, absolument plus rien… une heure s'est encore écoulée, peut-être un peu plus, et puis j'ai entendu une voix, une voix d'homme qui au loin me hélait, venant de sur ma gauche – j'étais sauvé, sorti de cette impasse.

Mon accident verrait à aboutir à présent favorablement ; la vie avait trouvé pour moi de nouveaux objectifs, de nouveaux horizons – un futur m'était rendu possible.

L'homme était là subitement à mes côtés, essoufflé, son vélo à la main : nous échangeâmes quelques mots – je lui exprimais comment je m'étais retrouvé par terre… les ornières… la chute et les blessures, l'incapacité pour moi de faire aucun mouvement. Aussitôt il appela les pompiers, je laissais un message téléphonique sur le répondeur de la maison avec son téléphone.

Ces derniers sont arrivés très rapidement sur les lieux, je me suis vu pris en charge avec beaucoup de prévenance et de gentillesse… les gendarmes étaient également sur place pour le constat.

Puis ce fut le transfert à l'Hôpital de Gien, la douleur intense et irradiante, les radios et scanners, et le verdict : trois côtes cassées ainsi que l'omoplate, assorties d'une contusion pulmonaire.

J'étais finalement rassuré.

Voilà… voilà en quelques mots, en quelques phrases et paragraphes, ce que ma seule main droite à pu vous dire et vous écrire en l'occasion – et je vous laisse le soin, finalement, de faire votre 'popote' : de tirer les conclusions et les enseignements qui vous viendront à l'esprit dans un tout premier temps, et dans le temps d'un temps, c'est-à-dire un peu plus tard, à la lumière des pensées qui savent s'éclairer en laissant s’étaler réflexions et conscience.

Je vous remercie bien vivement d'avoir eu la patience de m'avoir lu.

 

Jean-Marie Delthil. Bonny, le 10 juillet 2018.

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