Battus à mort dans la rue. Réalité de la misère. Comment se fait-il que de tels événements habitent ma prière un dimanche matin à l’Église ?

Publié le par Michel Durand

Battus à mort dans la rue. Réalité de la misère. Comment se fait-il que de tels événements habitent ma prière un dimanche matin à l’Église ?

L’importance de la prière, de la méditation et contemplation en lien avec le vécu immédiat. ceci en toutes circonstances.

 

La lecture de l’évangile de ce dimanche et l’homélie que je suis invité à prononcer m’invitent à regarder à nouveaux frais la place de la prière dans ma vie. Plusieurs fois par jour, prier avec la prière des heures

 

Prier, contempler…

Jean-Marie Delthil, notamment dans cette page, nous rappelle que le regard tourné vers Dieu n’est jamais coupé de ce qui est vécu sur terre.

 

 

Consolation

 

Nous sommes le dimanche 29 avril 2018 – c'était hier.

Un dimanche ordinaire, en Nièvre, à Cosne-sur-Loire.

Je gare ma voiture sur le Parking de la Médiathèque.

C'est jour de Marché ; comme d'habitude, il y a du monde… je sors de la voiture, un homme vient à passer non loin de moi : 70 ans peut-être, une allure encore assez jeune, sa silhouette est bien droite, presque élancée… je le rejoins (sa direction correspond à la mienne) :

- Bonjour Monsieur…

- Bonjour ?...

- Excusez-moi, vous savez, je suis un peu penseur, un peu philosophe à mes heures… je ne cesse de réfléchir à toutes sortes de sujets – c'est comme ça, je ne peux pas faire autrement !… Je vais vous poser une question qui me hante, si vous le voulez bien :

'Sommes-nous, au jour d'aujourd'hui, suffisamment heureux ?…'

L'homme prend quelques secondes de silence, visiblement surpris de mon intervention, puis, de bonne grâce, me répond sans trop savoir encore où aller dans le domaine de la pensée…

- Je ne sais pas… oui, je pense qu'on est heureux… enfin, vous savez : on en veut toujours plus, aussi !

- Comment cela ?

- Eh bien, moi, lorsque j'étais petit, nous avions bien peu de choses – on n'était pas riches – et puis j'allais à l'école en sabots, on était habitués comme ça…

- Oui, je comprends… mais vous aviez l'amitié à cette époque : vous n'étiez pas seuls, il n'y avait pas la solitude qui parfois règne au jour d'aujourd'hui dans nos villes, dans nos villages ?…

- Non, c'est vrai, on était en famille, on se connaissait tous, avec les voisins aussi... et puis on se donnait volontiers des coups de main !

Et nous continuons amicalement notre échange au sujet du changement de vie que nous avons connu au cours de ces 50 dernières années : moins de solidarité parfois, davantage d'individualisme… les jeunes qui sont obligés de quitter Cosne et même la région pour leurs études… bien souvent également pour leur travail…

À un moment donné, alors que nous parlions du fait qu'il est parfois difficile de vivre harmonieusement ensemble à l'heure actuelle – de vivre véritablement ensemble – le monsieur évoque les étrangers, certains étrangers qui selon lui ont du mal à s'intégrer, à entrer dans la réciprocité… Je sens le sujet sans issue compte tenu de ma pensée, ou alors il nous faudrait au bas mot une ou deux heures devant nous pour que je puisse lui exprimer en détail le cœur de ma conviction qui est tout ce qu'il y a de plus humaniste, pour tout dire… alors nous échangeons encore quelques avis sur ce qui fait notre quotidien, et puis nous nous quittons avec une bonne salutation.

Voilà.

Parvenu à l’Église Saint-Agnan, j'entre, je salue quelques connaissances… et me voilà installé à ma place habituelle… une amie située juste sur ma gauche me demande comment vont 'les petits amis' ?… Je lui répond que ces amis de Bonny sont parfois bien lourd à porter pour moi, que le monsieur est très diminué, et passablement perturbé… qu'il se dit de temps en temps suicidaire – et que je vais justement l'emmener ce lundi au CMP (Centre Médico Psychologique) de Gien où il pourra, espérons-le, trouver un peu d'aide, de soin ainsi que de réconfort.

Elle acquiesce, elle comprend ma situation… puis elle me confie dans la foulée que son frère s'est suicidé !… Cela remonte à quelques jours : un père de famille, vivant en outre-mer, la cinquantaine, s'est suicidé, sans raison apparente selon elle.

Prière… Silence…

Et me revient un événement d'un autre ordre, mais tout aussi violent, dont j'avais été informé par un copain, la veille, dans mon village.

J'avais en effet appris qu'un drame s'était déroulé le 19 avril dernier, dans une maison de la Grand-Rue, à Bonny.

Un homme s'était battu avec un autre homme, ils avaient bu. Le combat a été particulièrement violent puisque l'un des deux hommes est mort à l'Hôpital d'Orléans, suite à ses blessures, 5 jours plus tard… Il avait 38 ans.

La réalité de la pauvreté, du chômage, de l'exclusion, de la misère tant matérielle qu'intellectuelle, et spirituelle également, si souvent, est à l'origine de ce genre de drame.

Comment se fait-il que des événements aussi sombres viennent en ma conscience en un dimanche matin, à l’Église ?…

L'autre – la personne humaine – en effet, me concerne : je suis directement concerné par l'autre, quel qu'il soit… de ce qui lui arrive de beau, de joyeux dans sa vie, mais également de tragique ou bien de mortifère parfois.

Nous sommes toutes et tous responsables les uns des autres… à un degré ou à un autre (même extrêmement minime, il est vrai) – tout du moins nous devrions l'être.

À un moment donné, en début de Célébration, un couple : un homme, une femme – sur ma droite, assis à quelques mètres de moi – en sont venus à poser très tendrement leur tête l'une contre l'autre… il y avait là une grande consolation, une profonde consolation pour eux-mêmes… et qui me fit le plus grand bien !

L'amour diffuse… l'amour rayonne… il se partage... ce fut un peu comme l'Ancre de l'Espérance… !

J'ose espérer également que cet amour puisse vous panser bien des plaies, bien des blessures, qui sait.

 

Jean-Marie Delthil. Bonny, le 30 avril 2018

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