Nous sommes coincés, presque entièrement. Alors que faire? Continuer à agir pour aider son prochain, pour aller vers plus de vie, de liberté

Publié le par Michel Durand

Fra Angelico, Jésus au Jardin des oliviers, La Passion

Fra Angelico, Jésus au Jardin des oliviers, La Passion

Merci à Jean-Marie dont les écrits nourrissent ma méditation.

 

Lettre à Christine, Bonny-sur-Loire, le 27 octobre 2016

 

Bonjour Christine,

 

J'allais commencer mon speech par parler de la société - par évoquer les structures politiques et surtout financières qui nous brident et qui parfois nous asservissent de plus en plus... et puis j'ai réécouté le troisième épisode de Halte spirituelle sur RCF (Daniel Duigou) où il est question de la 'toute puissance' après laquelle nous courrons plus ou moins toutes et tous - et ce : plus ou moins consciemment, d'ailleurs.

'Les impuretés viennent du dedans' : ce que tu cites de la Bible pourrait être un peu en résonance avec cette 'toute puissance'... l’orgueil, en somme, l'autosuffisance - péché de tous les temps...

Pour en revenir à la société : il est évident que nous sommes et que nous vivons au sein d'une société tenaillée et pétrie bien souvent par cette toute puissance - j'ai l'habitude de dire que nous vivons dans une société orgueilleuse... société que pourtant - toi comme moi, et comme tout le monde, d'ailleurs - avons faite d'une manière ou d'une autre, à plus ou moins grande échelle, selon les individus.

Nous récoltons à présent ce que nous avons semé... mais pas tout à fait, toutefois - et là est un point de réflexion particulièrement important, il me semble.

'Purifier l'intérieur de la coupe' est évidemment nécessaire : c'est un chemin de vie, autant pour soi-même que pour les autres, et finalement : que pour la société... tout est relié.

Mais toutefois, donc : même avec la meilleure volonté du monde, il arrive que nous ne puissions plus changer certains éléments pourtant déterminants et qui conditionnent notre et nos vies personnelles au sein de la société, je parle là par exemple des régions touchées par un chômage endémique..., des zones de non-droit et très violentes où la vie sereine est rendue tout à fait impossible..., de l'agressivité née au sein d'un couple pour une raison ou une autre, et dans lequel tout espoir de vie commune est rendu caduque et sans avenir... bref, j'arrête là... tout ça pour dire que oui, il nous arrive d'être bien limités dans nos choix et dans nos possibilités d'action personnelle et collective - mais pourquoi, grand Dieu ? Par notre nature humaine et nos limites humaines tout à fait imparfaites, certes... et/mais encore par les structures de la société, dans laquelle nous vivons.

Lorsque ces structures sont devenues oppressives, destructrices et avilissantes, constituant finalement une forme d'esclavage - il faut en changer, radicalement. Mais comment ?!... Là est justement la question que tout le monde se pose, et à laquelle bien peu ont la réponse à l'heure d'aujourd'hui, si ce n'est quelques 'irresponsables' qui nous serinent qu'il suffirait de relancer l'économie (de 'marché' ?!...)

Bref : nous sommes coincés, presque entièrement, ou en tout cas pour une bonne part.

Alors que faire ? Continuer à agir délibérément et courageusement de manière personnelle et collective pour aider son prochain, pour aller vers plus de vie et de liberté - certes oui ! - mais lorsque, malgré ce combat de tous les jours, les choses ne semblent pas changer en profondeur, et même se dégrader parfois : il y a alors cette nécessité et cette urgence de questionner ces structures qui nous gouvernent... politiquement, économiquement, socialement, sociétalement..., par rapport à nos rêves, à nos valeurs communes et personnelles... personnelles et communes, oui...

Ce va-et-vient... qui devrait être incessant.

Questionner donc l'intérieur (la personne humaine, en tant que soi), ainsi que l'extérieur (la société, les structures qui la gouvernent) - et le rapport plus ou moins étroit qui peut y avoir entre les deux.

C'est ce qu'on appelle de la philosophie, de la sociologie, de la politique... et encore de la prière, finalement.

Bon.

Donc : prier, nécessairement... et agir, encore, en questionnant le rapport que nous entretenons personnellement avec la vérité, avec la vie... et le fonctionnement de la société, sur ces mêmes valeurs... agir ensuite, concrètement, auprès des décideurs, de celles et ceux qui fixent les règles et les valeurs premières de cette et de ces sociétés... les questionner, les informer, dialoguer, les enseigner parfois.

Dans le meilleur des cas : ça bouge, pour notre société, et pour nos sociétés en crise.

Dans le pire des cas : ça casse.

Dans un cas comme dans l'autre : nous aurons été des hommes et des femmes de 'bonne volonté', vrais, prenant parfois les risques de se faire haïr ou tout du moins mépriser... mais nous aurons fait ce que nous avions à faire en nos âmes et consciences - ce qui n'est déjà pas rien.

Si tout le monde faisait cela : tout irait bien... si une majorité faisait cela : ça irait encore... mais, compte tenu de la puissance de ces structures qui nous gouvernent (le diktat de l'économie et de l'Argent Roi, très mal utilisé et mal distribué dans ce cas de figure) : il nous faudrait alors et il nous faut vraiment être très (très) nombreux pour véritablement faire le poids, et pour aller ainsi vers du meilleur, et même du très très bon !

Il nous faut par conséquent nous fédérer, toutes classes sociales ensemble... toutes différences unies et réunies.

... Et nous ne serions alors naturellement pas ici dans un désir de 'toute-puissance', mais bien dans l'état l'inverse : dans une quête généreuse de bonheur et de respectabilité offerte à toutes et tous.

C'est encore possible, je le pense... mais avec le temps qui passe : la marge de manœuvre et la possibilité d'action vers du meilleur se réduit de plus en plus.

C'est une réalité qu'il est difficile de nier.

Alors : action ! sur tous les niveaux (intérieurs & extérieurs), et pour chacune et chacun d'entre-nous.

Ma pauvre Christine, je t'ai infligé ce laïus ma foi bien long ; je ne pensais t'écrire que quelques lignes, mais - ayant rencontré ce matin quelques personnes qui subissent très durement la crise, ou qui connaissent des proches qui sont frappés par elle - je me suis permis d'en écrire un peu plus.

Bon.

C'est à prendre... ou à laisser...

Tu me diras, à l'occasion, ce que tu penses de tout cela ?

 

Jean-Marie Delthil, à Bonny-sur-Loire, le 27 octobre 2016

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article