Pour Marie l’essentiel est de demeurer en compagnie de Jésus. Il est bon de prendre le temps nécessaire pour être à l’écoute de son message

Publié le par Michel Durand

Jacopo Robusti dit Le Tintoret, Le Christ chez Marie et Marthe, 1580; huile sur toile, Munich

Jacopo Robusti dit Le Tintoret, Le Christ chez Marie et Marthe, 1580; huile sur toile, Munich

« Mon seigneur, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur » (Gn 18, 1-10a)

Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? (Ps 14, 1a)

« Le mystère qui était caché depuis toujours mais qui maintenant a été manifesté » (Col 1, 24-28)

« Marthe le reçut. Marie a choisi la meilleure part » (Lc 10, 38-42)

 

 

Vie chrétienne dans l’action. Vie chrétienne dans la contemplation.

Dimanche dernier, dans mon homélie, j’ai plutôt développé la dimension active de l’engagement à la suite du Christ selon l’enseignement dégagé par la parabole du bon Samaritain. L’évangile d’aujourd’hui nous offre l’occasion de penser à l’importance de la prière, de la méditation et de la contemplation. En fait, si l’on regarde bien comment Jésus vivait, on s’aperçoit qu’il importe d’unir contemplation et action, tout en soulignant que la prière est première. C’est elle qui alimente l’engagement dans le monde afin de répondre aux appels perçus. Jésus, avant chaque décision importante à prendre se retirait dans un endroit désert, à l’écart des gens ; et là, longuement, parfois une nuit entière, il s’entretenait avec Dieu son Père. Telle est la prière sous toutes ses formes.

La première lecture nous place dans le contexte de l’accueil, de l’aide à apporter à autrui. En lui, cet autre, se rencontre Dieu lui-même. Et, avec ce récit, nous demeurons dans l’enseignement de Jésus donné par le moyen de la parabole du bon Samaritain. Regardons bien.

Parce qu’Abraham et Sarah ont su recevoir très chaleureusement des inconnus, ils auront ce qu’ils attendent depuis de très longues années : un fils, le garant de leur postérité comme l’avait promis Dieu à Abraham : « tu seras le père d’un peuple innombrable ». Accueillir des gens de passage c’est accueillir Dieu qui comble les attentes les plus inouïes. Dans toute la Bonne Nouvelle, l’Évangile de Jésus-Christ, nous lisons que l’accueil d’une personne dans le besoin, c’est l’accueil de Jésus lui-même.

« J’avais soif et vous m’avez donné à boire … j’étais sans logis, et vous m’avez hébergé ». Mat. 25,31ss

L’hospitalité fait partie d’une vieille tradition humaine qui consiste à toujours mettre sur la table une assiette de plus pour le passager. Cela se pratiquait jadis à la campagne où le vagabond trouvait ordinairement, dans une ferme par exemple, de quoi dormir et manger. Nous voyons alors toute la différence de relation qu’il y a entre donner une pièce à un mendiant, pièce que l’on jette dans un verre, vite fait en passant, et inviter chez soi. L’hospitalité, ce n’est pas seulement donner de quoi vivre, c’est aussi prendre le temps de la parole.

Prendre le temps de la Parole.

Tel est le thème développé par l’Évangile de ce jour.

« Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. »

Non Marthe !

« Marie a choisi la meilleure part ».

Cet évangile nous heurte. Nous y décelons une injustice. Jésus fait l’éloge de la femme qui ne travaille pas et blâme celle qui agit pour bien faire :

« Marthe, tu t’agites pour bien des choses ».

Jésus loue le repos qui donne la possibilité d’échanger de belles et bonnes paroles et signifie que, matériellement, trop en faire, s’agiter est inutile. Antoine Chevrier disait souvent, d’une façon ou d’une autre., « il se fait, dans notre maison, beaucoup de travail, mais vraiment peu d’ouvrage ».

Oui, nous recevons souvent ce passage évangélique comme une injustice. La morale du devoir, du rendement, la valeur de l’efficacité ne supporte pas l’interrogation d’une tâche productive (productiviste) qui conduit à la surconsommation. On pense que les actifs sont beaucoup plus utiles que les contemplatifs.

Certes, Marthe agit comme il convient. Le repas est un moment privilégié à partager entre le maître et ses disciples. Jésus explique sa Bonne Nouvelle, la présence de Dieu-Créateur au milieu de tous les humains. L’attente d’une nourriture corporelle permet l’apport d’une nourriture spirituelle. Et en cela Marthe est indispensable. Les textes évangéliques la présentent comme une femme importante dans la communauté. En effet, durant les repas qu’elle organise, les invités peuvent poser des questions à Jésus, sonder sa façon de voir les choses. Marthe consacre beaucoup de temps à la préparation des mets et à l’accueil des invités pour permettre à Jésus de s’exprimer. Elle croit en Lui, et partage généreusement ses ressources matérielles afin de les mettre au service du maître (cf André Sansfaçon). Oui, Marthe, dans la ligne d’Abraham et de Sarah, fait en sorte que Jésus et tous les invités soient bien reçus. Il faut qu’ils mangent bien et de bonnes choses.

En conséquence, est-ce supportable que Marie abandonne sa sœur à ses casseroles et se glisse parmi les hommes -ce qui était une incivilité, un manque de savoir-vivre, une audace inconcevable à cette époque- pour partager la conversation de Jésus ? Buvant ses paroles, Marie se montre bien paresseuse.

Marie a choisi la meilleure part.

En effet, elle s’est libérée des contraintes habituelles qui isolent les femmes dans leur domaine. Elle s’affranchit du rôle que la tradition lui impose pour venir partager la parole du Seigneur. Elle a compris que l’essentiel était de demeurer en compagnie de Jésus. Elle montre qu’il est bon de prendre le temps nécessaire pour être à l’écoute du message que Dieu lui adresse en Jésus. Temps d’attente, d’écoute, de parole, de contemplation pendant lequel la pensée divine modèle notre propre pensée humaine. Nous rejoignons ici la foi d’Abraham qui a cru que la puissance de Dieu s’exerce et donne, enfin, l’enfant attendu. Ce temps passé exclusivement à écouter Jésus est la condition de l’amour. Comment être attaché à lui (à mon sens, définition de l’amour) si on ne prend pas le temps de l’écouter; de communier à ses paroles, à toute sa personne ?

Un souhait : que nous sachions prendre le temps de la contemplation du mystère divin.

« Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. (Mat. 6,6)

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