Quand les structures officielles tardent à répondre aux attentes de mineurs en détresse, heureusement des bénévoles agissent immédiatement

Publié le par Michel Durand

Quand les structures officielles tardent à répondre aux attentes de mineurs en détresse, heureusement des bénévoles agissent immédiatement

Rappels : les appels d’offres de la Métropole.

Extrait du compte rendu de l’Assemblée Plénière du 15 mai 2019 de la Coordination Urgence Migrants (CUM) :

« Il est rappelé que, en ce moment, la Métropole lance deux types d’appels d’offres en direction des mineurs isolés étrangers : appel d’offre pour la création de 500 places d’hébergement par des associations agréées ASE / Justice ; plus appel d’offre pour la création d’un ou plusieurs lieux d’accueil de jour, pour permettre d’orienter / accompagner les mineurs isolés étrangers se présentant sur le territoire de la Métropole. Quelles structures vont répondre pour l’appel d’offres « lieux d’accueil de jour ? En attendant, tout le monde manque cruellement d’un lieu / d’une plateforme centralisant toutes les informations concernant la prise en charge des mineurs isolés étrangers sur l’agglomération lyonnaise ».

Pour assurer dans la ville de Lyon un accompagnement de mineurs isolés, les grandes organisations qui peuvent avoir plus d’un siècle d’existence et d’expérience sont nécessairement liées aux lois de la nation. Ces organismes très professionnels reçoivent des aides de l’État et demeurent liés à ce mode de fonctionnement. Il est possible d’en trouver une preuve en abordant les questions de sécurité.

Cette réflexion vaut, par exemple, pour l’association, Notre-Dame des Sans-Abris. Dans ce contexte, n’ayant pas assez de lits pour loger toutes personnes, il n’y a pas d’autres possibilités que de fermer les portes du foyer en laissant des gens à la rue. On a même pu observer que l’association voulant acheter un ancien fort militaire n’a pu le faire parce que la Mairie de Lyon exigeait que soit respecté le prix d’un libre marché. Les habitats de ce lieu laissèrent la place à l’aménagement d’un hôtel de luxe.

 

 

De jeunes mineurs étrangers sont dans la rue. On les appelle MNA -mineurs non accompagnés. Faute de place dans les structures reconnues, ils restent dehors. Alors, des citoyens lambdas heureusement se rapprochent d’eux et leur viennent en aide. Agissant dans le cadre d’une désobéissance civile réfléchie, ils rencontrent les personnes dans des squats. Voir ici, par exemple - la photo = rassemblement au cours d'un cercle de silence.

 

 

L’avantage de ces opérations réside dans le faite que des abris et des accompagnements sont immédiatement trouvés et organisés en faveur des personnes, dont en priorité les mineurs étrangers. Les personnes laissées à la rue par les structures officielles obtiennent malgré tout une réponse immédiate à leur détresse même si toutes les conditions d’hygiène et de sécurité ne sont pas assurées.

Mais, espérant avoir tracé le cadre général de la situation, je souhaite en dire plus.

Devant les défaillances des services publics, l’émergence de solutions « sauvages » demeure une vraie et juste réponse humaine sans avoir à attendre les réponses d’un « appel à projet pour la création d’un dispositif d’hébergement et d’accompagnement pour mineurs non accompagnés de 500 places sur le territoire de la Métropole de Lyon ».

Pour répondre à cet appel, la fondation des AJD - Maurice Gounon, le Prado (de l’enfant à l’adulte), Acolade et Slea ont uni leurs compétences en créant la structure RELYANCE.

« Les MNA ne peuvent pas être tous accueillis par les services de protection de l’enfance qui sont confrontés à un flux tel qu’ils ne sont plus en capacité d’assurer leurs missions. Pour les aider, RELYANCE est aujourd’hui devenu un des interlocuteurs directs des autorités afin de mettre à leur disposition des moyens d’accueil et de mise à l’abri de ces adolescents. »

Le but de cette initiative lit on dans une publication des AJD est « d’éviter l’errance de ces adolescents, leur exposition aux prédateurs de tous types ou encore l’ouverture de squats comme celui apparu récemment dans un ancien collège du quartier de la Croix-Rousse à Lyon. »

 

 

D’après ce que j’ai entendu dire, cette opération devrait être à l’œuvre vers octobre 2019.  « RelYance  a en effet remporté l’appel à projet lancé par la Métropole de Lyon » et accueillera 345 mineurs non accompagnés. En plus de ce dispositif, une cinquantaine de MNA devrait recevoir un logement temporaire dès le mois d’août.

 

En attendant, ces jours, il est heureux que les aidants et habitants des squats vivent et agissent paisiblement.

 

Ceci dit, je me tourne vers le Prado et son fondateur le Père Antoine Chevrier.

Il me semble qu’à son époque les lois étaient moins contraignantes. N’empêche que le Père Chevrier a toujours agi légalement. Il a eu la chance de trouver un local de grande taille, le bal du Prado pour loger les jeunes, filles et garçons, qui vivaient des situations de détresses. C’étaient, à cette époque des migrants qui venaient du Dauphiné appelés par l’industrie naissance dans le quartier de La Gulllotière. Philippe Brunel, responsable du Prado de France, en parle clairement dans la vidéo placée ci-dessous.

Antoine Chevrier était en lien avec le préfet, le maire, comme le montre sa correspondance. En voici un exemple qui montre bien la confiance possible envers l’autorité de l’État :

À Monsieur le Préfet en faveur de l’œuvre du Prado

Lettre n° 558 (520)

Monsieur le Préfet,

L’abbé Chevrier directeur de la Providence du Prado située à la Guillotière, rue Chabrol 55, et rue Dumoulin 14, a l’honneur de vous exposer que le chiffre des impositions s’élève à 265 francs et il demande une modération sur ce chiffre pour les raisons suivantes.

[il a l’honneur] d’appeler votre bienveillante attention sur les impôts de l’œuvre du Prado, afin d’obtenir une diminution sur les impôts qui grèvent cette Providence.

L’œuvre du Prado a pour but de préparer à la Première Communion les enfants pauvres et âgés qui ne peuvent la faire dans leur paroisse à cause de leur âge, de leurs défauts ou de leur ignorance. Il y en a toujours une centaine…

Ces enfants ne paient aucune pension puisqu’ils sont tous pauvres ou appartiennent aux familles les plus pauvres de la ville. Nous n’avons que la charité publique pour les loger, les nourrir et les vêtir durant tout le temps qu’ils restent à la maison.

Ces enfants ne travaillent pas puisqu’ils ne sont là que pour se préparer à la Première Communion et par conséquent ne rendent rien à l’œuvre.

Nous n’avons en fait de local que le strict nécessaire pour le logement et les cours pour les récréations, point de jardin.

L’impôt sur le revenu de (? - j'imagine non lisible) Or ce revenu n’existe pas puisque je suis obligé de nourrir, de vêtir et de blanchir tous ces pauvres petits locataires et quand eux ne payent de pension. Monsieur le Maire de concert avec le bureau de bienfaisance, ayant reconnu l’utilité de cette maison nous fournit chaque mois une certaine quantité de pain pour nos enfants, et la ville nous alloue 700 francs par an. Nous avons en outre une chapelle ouverte au public dans le local du Prado qui pourrait bien être exempte d’impôts comme oratoire public.

Pour toutes ces raisons, je viens donc supplier Monsieur le Préfet de vouloir bien nous accorder une modération sur les impôts qui pèsent sur cette maison et nous espérons que vous voudrez bien écouter favorablement notre demande.

J’ai l’honneur d’être…

Ci-joint le reçu du présent trimestre.

 

Les époques sont différentes. Le souci au nom de l’Évangile demeure le même. La désobéissance civile ne devient-elle pas une urgence quand les pouvoirs publics agissent avec trop d’inhumanité, comme on le constate maintenant ?

 

 

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