Tous les humains appartiennent à la famille d'un Dieu qui partage nos souffrances ; celles des millions de démunis, ou victimes d’injustice

Publié le par Michel Durand

Tous les humains appartiennent à la famille d'un Dieu qui partage nos souffrances ; celles des millions de démunis, ou victimes d’injustice

Sous le regard du Ressuscité

Je reviens de la prière de sépulture de Danièle. De nombreux membres de Confluences/Résurgences étaient présents.

Danièle avait choisi les textes de la célébration en laissant quelques notes. Ses quatre filles ont rassemblé et organisé tout cela. Je vous partage ce temps de prière où, me semble-t-il, non-croyant en Dieu-Créateur ou croyant en la résurrection ont pu communier avec Danièle tournée vers le Père et ses proches.

Un texte, trop complexe pour être lu, m’a profondément inspiré tant pour le mot de l’accueil que pour l’homélie. Je vous invite à le lire. Je ne sais pas qui en est l’auteur. Cette page était dans le dossier de préparation de la liturgie du dernier adieu.

« Les relations humaines ont un côté qui frôle le mystère et les intuitions chrétiennes rejoignent certains aperçus de la psychologie : « Ce n'est pas en réprimant ou en maquillant les états affectifs pénibles qu'on s'en libérera vraiment, mais seulement en en faisant l'expérience dans toute leur étendue » (Jung).

La candide explication de la souffrance donnée par un enfant — « Il ne me l'a pas envoyée, mais II m'aidera à la supporter » - résiste à l'épreuve du temps (Wyon, 1965). Le Dieu qui a créé le monde libre ci, par là même, dangereux est vu ici non pas comme l'ordonnateur de toutes choses, bonnes et mauvaises, un ordonnateur omnipotent, mais comme celui qui partage toutes ces choses dans la même impuissance que Jésus sur la croix. Au centre des fondements chrétiens de la science du soulagement des souffrances se trouve la croyance que, par Jésus, Dieu a connu une existence humaine ainsi que l'ultime faiblesse de la mort telle que nous la connaissons, et que ce fut au nom de tous les hommes, qu'ils aient ou non la foi.

« Dans toutes leurs détresses, ils n'ont pas été sans secours, et l'ange qui est devant sa face les a sauvés (Esaïe, 63, 9). Seul un Dieu qui, par amour, partage pleinement toute souffrance de l'intérieur peut apaiser nos doutes et répondre à nos questions, non pas parce que nous pouvons comprendre, mais parce que nous pouvons avoir confiance. Il y a un sens à déclarer de toute personne qui meurt, « Ceci est son corps », par lequel les infimes transformations dont nous sommes continuellement les témoins nous parlent d'une nouvelle signification et d'une Résurrection qui finira par racheter et consommer toute la création. Nous sommes aux limites de l'abîme insondable de la divinité que nous côtoyons dans notre expérience quotidienne, de l'au-delà au cœur de nous-mêmes.

II me semble que seule la croyance que tous les hommes appartiennent à la famille d'un Dieu qui a partagé et partage encore leurs souffrances et leur agonie peut apporter une réponse, non seulement à ceux que nous essayons d'aider, mais aussi aux millions de démunis et de victimes d’injustice ; non seulement à ceux qui envisagent leur fin dans la paix et l'accomplissement d'eux-mêmes, mais également à ceux qui n'ont jamais eu la moindre chance d'avoir une vie ou une mort qui en vaille la peine. Le redressement de tous les torts et la consolation de tous ceux qui souffrent devraient être la perspective dans laquelle des soins individuels et personnalisés sont offerts par un hospice.

C'est aussi dans cette perspective que le personnel de l'hospice N…  répète, avec ceux qui partagent des croyances différentes ou qui n'en ont pas, la remarque que le médecin athée adresse à un prêtre dans le roman de Camus, La Peste : « Nous travaillons ensemble pour quelque chose qui nous réunit au-delà des blasphèmes et des prières ».

 

Fut également transmise cette prière de St Éphrem que nous ne trouverons pas, il me semble, dans les rituels catholiques : « Seigneur et Maître de ma vie, - l’esprit d’oisiveté, de découragement, de domination et de paroles faciles - éloigne de moi.

L’esprit de pureté, d’humilité, de patience et d’amour- donne à ton serviteur.

Oui, Seigneur et Roi, donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon père, car Tu es béni pour les siècles des siècles. Amen.

Je souhaite aussi vous communiquer la belle page du philosophe du 1er siècle Apollonius de Tyane : Après la vie.

 

« Personne ne meurt, si ce n'est qu'en apparence, de même que personne ne naît, si ce n'est qu'en apparence. En effet, le passage de l'essence à la substance, voilà ce que l’on a appelé naître — et ce qu'on a appelé mourir, c'est au contraire le passage de la substance à l'essence. Rien ne nait, rien ne meurt en réalité. Le visible devient invisible. Le visible est produit par la densité de la matière, l'invisible par la subtilité de l'essence. L'Être est toujours le même. Il est tantôt activité, tantôt repos. Car l'Être possède cette essentielle particularité que son changement ne soit amené par rien d'extérieur à lui-même : l'entier devient parti, et les parties deviennent l'entier dans l'unité du TOUT.

Et si l'on demande : “Qu’est ceci qui est tantôt visible, tantôt invisible, tantôt dans le semblable, tantôt dans le différencié ?”, on pourrait répondre que c'est là la condition même de chaque chose en ce bas monde. Lorsqu'une chose est imprégnée de matière, elle est visible à cause de la résistance de sa densité ; lorsqu'elle est dépouillée de matière, elle est invisible à cause de sa subtilité bien que la matière l'entoure sans cesse, et la traverse dans l'immensité de l'espace qui la renferme, sans connaître ni naissance ni mort.

Le changement des individus ne provient pas de l'entourage visible, c'est la Substance universelle qui se modifie en chacun d'eux. Et quel autre nom que celui d'Être Primordial pourrions-nous donner à cette substance ? Lui seul agit et souffre, devient tout pour le Tout et, à travers le Tout, Divinité éternelle, privée de son Soi Réel, caché sous des noms et des formes.

Aussi, n'est pas chose raisonnable que de gémir sur le sort d'un être cher qui change de plan, parce que d'homme il est devenu Dieu — et cela par un changement d'état, non par une destruction de sa nature. En vérité, au lieu de pleurer sa mort, on devrait l'honorer et le vénérer. Il faut laisser à Dieu Celui qui est rentré dans son sein ».

 

Danièle nous a donc introduit, prédisposé à l’écoute des textes propres à la Révélation :

 

Puis… Eucharistie et prière pour le dernier adieu...

 

 

 

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