Même si j’ignore tout de la vie au-delà de la mort, je crois que la vérité de la vie réside dans le regard permanent que Dieu pose sur tous

Publié le par Michel Durand

La descente aux limbes. Dos du retable de la Maesta. Peinture de Duccio di Buoninsegna, 1308-1311. Museo dell’Opera del Duomo, Sienne

La descente aux limbes. Dos du retable de la Maesta. Peinture de Duccio di Buoninsegna, 1308-1311. Museo dell’Opera del Duomo, Sienne

Ouvrons notre célébration par un examen de conscience.

En quoi, en qui je place ma confiance ?

Demandons-nous : est-ce vraiment en Dieu que nous plaçons notre confiance ?

Ou bien : est-ce dans le pouvoir des sciences, des techniques, des recherches médicales qui peuvent allonger le nombre de mes jours à vivre ?

Pour une vie éternelle, pour une résurrection est-ce que je mise sur des assurances monétaires, alors idolâtrées ou en Dieu qui m’invite dès maintenant à sa table royale ?

Nous reconnaissons pécheurs.

 

Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle (2 M 7, 1-2.9-14)

Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, )

Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien (2 Th 2, 16 – 3, 5)

Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (Lc 20, 27-38)

 

 

… ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.

 

L’écoute de ces pages de la révélation chrétienne (les textes de ce jour) me laisse perplexe. Qu’en penser ? Que dire ?

Comme d’habitude, j’aborde cette Parole en situant mon écoute dans l’actualité et je me dis que le citoyen qui s’avoue agnostique est proche de la vérité. Effectivement que pouvons-nous affirmer de certain sur la résurrection ? Ne devons-nous pas déjà reconnaitre que nous n’avons aucune connaissance précise de la Création du monde ? Nous acceptons comme réaliste la théorie de l’évolution. Celle-ci ne s’oppose à l’idée de Création par Dieu contrairement à ce que prétendent les richissimes créationnistes américains. Dans notre approche marquée par une saine laïcité, il est étrange qu’un État puisse imposer par la Loi l’enseignement du créationnisme au lycée. Voir également ici

Les sadducéens soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection. Quels sont leurs arguments ? Jésus leur répond en recourant à l’histoire des ancêtres.

Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »

La situation de ressuscité serait donc celle de l’être créé par Dieu qui continue de vivre parce qu’il est constamment lié à Dieu. Le père jésuite Antoine Kerhuel s’exprime ainsi : « la résurrection n’est pas tant un au-delà de la condition humaine qu’un en dedans de notre condition humaine où la vie reçue de Dieu est sans cesse accueillie, donnée, redonnée… et jamais retenue comme un bien à posséder pour notre propre confort ».

Il me faut reprendre plusieurs fois cette phrase pour bien comprendre. La résurrection n’est pas vraiment ce qui advient une fois que la mort est arrivée. La résurrection est plutôt ce que je vis dès maintenant dans l’accueil permanent de ce que Dieu donne. La résurrection est dialogue avec le Père Créateur qui invite à ne pas tout garder égoïstement pour soi. La résurrection est action de gratitude. La gratitude est la reconnaissance pour un service, pour un bienfait reçu ; un sentiment affectueux envers le bienfaiteur. Ainsi Abraham, Isaac, Jacob envers Dieu et nous à leur suite, sans avoir oublié, bien évidemment, la grâce du Christ.

N’est-ce pas en ce sens qu’il convient de dire :

Ils ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.

Nous voilà proches du Créateur et du Ressuscité. Avec eux. Dans le paradis.

Comme les pharisiens demandaient à Jésus quand viendrait le règne de Dieu, il prit la parole et dit : « La venue du règne de Dieu n’est pas observable. On ne dira pas :

“Voilà, il est ici !” ou bien : “Il est là !” En effet, voici que le règne de Dieu est au milieu de vous. » Lc 17, 21

Ceci dit, je me sens encore plus agnostique que connaisseur. Je crois, je ne sais pas. L’écoute de l’Évangile m’invite plus à suivre l’attitude du croyant que celui du sachant :

je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.

Je crois, plus que je sais. Plus qu’un « connaisseur », le chrétien est un chercheur. Il croit et il cherche. C’est dans cet état d’esprit que je cherche la vérité, la réalité de la résurrection et de la vie éternelle ; et, toutes les prétendues certitudes des scientifiques m’effraient. Ainsi, je pense à la conviction des scientifiques qui prétendent que les nouvelles découvertes vont permettre de repousser les frontières de la mort. Ils disent qu’en vitrifiant les organes de leurs patients au moment de leur décès (congélation à très basse température, par exemple à -196°), les cryonistes font le pari que ces morts récents ne sont pas vraiment morts, mais seulement des malades que l’on ne sait pas encore guérir. On congèle afin d’attendre le moment où la science aura trouvé la bonne médecine apte à garder en vie. Regardons l’histoire.

À la fin du XVIIIe siècle, on s’aperçoit que le dernier souffle n’est pas celui de la mort. On découvre que la technique du bouche-à-bouche permet de réanimer. Plus d'info.

À la fin du XIXe siècle, on s’aperçoit qu’un cœur qui s’arrête peut repartir. La cessation définitive des battements du coeur n’est pas le signe certain de la mort. Aujourd’hui, c’est l’absence irréversible de fonctionnement cérébral — ou “mort cérébrale” — qui constitue pour l’Organisation Mondiale de la Santé le critère médico-légal du décès.

Bref, des scientifiques audacieux (ou inconscients) prétendent pouvoir repousser les frontières de la mort. Ils placent dans les sciences les attentes humaines de vie éternelle.

Regardons du côté de Google

Nous y verrons des gens qui visent un seul objectif : lutter contre le vieillissement et accroître l’espérance de vie de l’espèce humaine. En gros : tuer la mort.

Les sadducéens ne croyaient pas en la résurrection. Maintenant, des scientifiques pensent pouvoir prolonger la vie. Déjà on atteint facilement les 100 ans ; il sera question de dépasser les 150 et même plus. Que de questions se posent ! Ces techniciens scientistes ne peuvent croire en la résurrection.

Je conclus : même si je ne sais pas ce qu’est la résurrection, la vie au-delà de la mort, je crois que la vérité de la vie réside dans le regard permanent que Dieu pose sur tous les humains, sur toutes réalités de la création, les êtres vivants comme les inanimés.

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;

à l’ombre de tes ailes, cache-moi,

Et moi, par ta justice, je verrai ta face :

au réveil, je me rassasierai de ton visage.

 

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