Instaurer dans nos Églises un style de vie synodal où hommes et femmes aient voix et vote dans les assemblées ; gouvernement communautaire

Publié le par Michel Durand

Synode d'Amazonie : un nouveau pacte des catcaombes

Synode d'Amazonie : un nouveau pacte des catcaombes

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Lundi j’ai évoqué les Pactes des catacombes. Il aurait été préférable de les donner à lire. Les voici sur cette page.

 

Le « Pacte des catacombes »

 

Le 16 novembre 1965, peu avant la clôture de Vatican Il, une quarantaine d'évêques, dont les noms ne sont pas connus, se réunirent dans la Catacombe de St Domitilla et signèrent un pacte concernant la richesse, les pompes et les cérémonies dans l'Eglise catholique. Le 7 décembre 1965, la veille de la clôture officielle du Concile Vatican Il, ils diffusèrent parmi leurs confrères, ce qu'ils appelèrent le « Schéma XIV», allusion aux 13 « schémas» préparatoires des grands textes, lignes directrices que la Curie avait distribuées aux « Pères conciliaires» avant les Assemblées délibératives.

 

Nous, évêques réunis au Concile Vatican; ayant été éclairés sur les déficiences de notre vie de pauvreté selon l'Evangile; encouragés les uns par les autres, dans une démarche où chacun de nous voudrait éviter la singularité et la présomption; unis à tous nos frères dans l'Episcopat; comptant surtout sur la force et la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, sur la prière des fidèles et des prêtres de nos diocèses respectifs; nous plaçant par la pensée et la prière, devant la Trinité, devant l'Eglise du Christ, devant les prêtres et les fidèles de nos diocèses, dans l'humilité et la conscience de notre faiblesse mais aussi avec toute la détermination et la force dont Dieu veut bien nous donner la grâce, nous nous engageons à ce qui suit:

1) Nous essayerons de vivre selon le mode ordinaire de notre population en ce qui concerne l'habitation, la nourriture, les moyens de locomotion et tout ce qui s'ensuit.

2) Nous renonçons pour toujours à l'apparence et à la réalité de richesse spécialement dans les habits (étoffes riches et couleurs voyantes), les insignes en matière précieuse: ces insignes doivent être en effet évangéliques.

3) Nous ne posséderons ni immeubles, ni meubles ni comptes en banque, etc., en notre propre nom; et s'il faut posséder, nous mettrons tout au nom du diocèse, ou des œuvres sociales ou caritatives.

4) Nous confierons, chaque fois qu'il est possible, la gestion financière et matérielle, dans nos diocèses, à un comité de laïcs compétents et conscients de leur rôle apostolique, en vue d'être moins des administrateurs que des pasteurs et apôtres.

5) Nous refusons d'être appelés oralement ou par écrit des noms et des titres signifiant la grandeur et la puissance (Eminence, Excellence, Monseigneur). Nous préférons être appelés du nom évangélique de Père.

6) Nous éviterons dans notre comportement, nos relations sociales, ce qui peut sembler donner des privilèges, des priorités ou même une préférence quelconque .aux riches et aux puissants (ex. : banquets offerts ou acceptés, classes dans les services religieux).

7) Nous éviterons d'encourager ou de flatter la vanité de quiconque en vue de récompenser ou de solliciter les dons ou pour toute autre raison. Nous inviterons nos fidèles à considérer leurs dons comme une participation normale au culte, à l'apostolat et à l'action sociale.

8) Nous donnerons tout ce qui est nécessaire de notre temps, réflexion, cœur, moyens, etc., au

service apostolique et pastoral des personnes et des groupes laborieux et économiquement faibles et sous-développés, sans que cela nuise aux autres personnes et groupes du diocèse. Nous soutiendrons les laïcs, religieux, diacres ou prêtres que le Seigneur appelle à évangéliser les pauvres et les ouvriers en partageant la vie ouvrière et le travail.

9) Conscients des exigences de la justice et de la charité et de leurs rapports mutuels, nous essayerons de transformer les œuvres de « bienfaisance» en œuvres sociales basées sur la charité et la justice qui tiennent compte de tous et de toutes les exigences, comme un humble service des organismes publics compétents.

10) Nous mettrons tout en œuvre pour que les responsables de notre gouvernement et de nos services publics décident et mettent en application les lois, les structures et les institutions sociales nécessaires à la justice, à l'égalité et au développement harmonisé et total de tout l'homme chez tous les hommes et par là l'avènement d'un autre ordre social, nouveau, digne des fils de l'homme et des fils de Dieu.

11) La collégialité des évêques trouvant sa plus évangélique réalisation dans la prise en charge commune des masses humaines en état de misère physique, culturelle et morale - les 2/3 de l'humanité- nous nous engageons:

- à participer, selon nos moyens, aux investissements urgents des épiscopats des nations pauvres;

- à acquérir ensemble, au plan des organismes internationaux mais en témoignant de l'Evangile, comme le pape Paul VI à l'ONU, la mise en place de structures économiques et culturelles qui ne fabriquent plus de nations prolétaires dans un monde de plus en plus riche, mais qui permettent aux masses pauvres de sortir de leur misère.

12) Nous nous engageons à partager dans la charité pastorale notre vie avec nos frères dans le Christ, prêtres, religieux et laïcs pour que notre ministère soit un vrai service; ainsi:

- nous nous efforcerons de « réviser notre vie» avec eux;

- nous susciterons des collaborateurs pour être davantage des animateurs selon l'Esprit, que des chefs selon le monde;

- nous chercherons à être plus humainement présents, accueillants; - nous nous montrerons ouverts à tous, quelle que soit leur religion;

13) Revenus dans nos diocèses respectifs, nous ferons connaître à nos diocésains notre résolution, les priant de nous aider de leur compréhension, leur concours et leurs prières.

Que Dieu nous aide à être fidèles.

 

Source : Informations catholiques internationales, 1er janvier 1966

 

 

 

Un nouveau pacte des Catacombes pour la Maison commune signé à Rome

 

Nous, les participants du Synode Panamazonien, partageons la joie d’habiter parmi de nombreux peuples indigènes, quilombolas, habitants des berges des rivières, migrants, communautés aux périphéries des villes de cet immense territoire de la Planète.

Avec eux, nous avons expérimenté la force de l’Évangile qui agit et prend si bien chez les plus petits. La rencontre avec ces peuples nous interpelle et nous invite à une vie plus simple de partage et de gratuité.

À l’écoute de leurs clameurs et marqués par leurs larmes, nous accueillons de tout cœur les paroles du pape François : " De nombreux frères et soeurs en Amazonie portent de lourdes croix et attendent la consolation libératrice de l’Évangile, espèrent la tendresse aimante de l’Église. Pour eux et avec, marchons ensemble".

C’est avec gratitude, que nous évoquons les évêques qui, au terme du Concile Vatican II, signèrent dans les Catacombes de Sainte Domitille le Pacte pour une Église servante et pauvre.

Nous nous souvenons avec vénération de tous les membres des Communautés Ecclésiales de Base, des Pastorales et des mouvements populaires ; des responsables indigènes, missionnaires et laïcs hommes et femmes, prêtres et évêques qui versèrent leur sang pour cette option pour les pauvres, pour défendre la vie et lutter pour la sauvegarde de notre Maison commune.

À la gratitude que nous éprouvons envers leur héroïsme, nous unissons notre décision de continuer leur lutte avec fermeté et courage. En effet, c’est un sentiment d’urgence qui s’impose devant les agressions qui dévastent aujourd’hui le territoire amazonien, menacé par la violence d’un système économique prédateur et consumériste.

Devant la Sainte Trinité, devant nos Églises particulières, les Églises d’Amérique latine et des Caraïbes et celles qui sont solidaires avec nous, en Afrique, Asie, Océanie, Europe et dans le Nord du continent américain, aux pieds des apôtres Pierre et Paul et de la multitude des martyrs de Rome, d’Amérique latine et en particulier de notre Amazonie, en profonde communion avec le successeur de Pierre, nous invoquons l’Esprit Saint et nous prenons, sur les plans personnel et communautaire, les engagements suivants :

1. Assumer, devant l’extrême menace du réchauffement climatique global et de l’épuisement des ressources naturelles, l’engagement de défendre sur nos territoires et par nos attitudes la forêt amazonienne sur pied.

C’est d’elle que proviennent le don des eaux qui irriguent une grande partie du territoire sud-américain, la contribution au cycle du carbone et la régulation du climat global, ainsi qu’une incalculable biodiversité jointe à une riche sociodiversité, au bénéfice de l’humanité et de la Terre tout entière.

2. Reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres de la Terre mère, mais ses fils et ses filles, formés de la poussière de la terre (Gn 2, 7-8), ses hôtes et pèlerins (1P 1, 17b et 1P 2, 11), appelés à devenir ses zélés gardiens (d’après Gn 1, 26).

À cet effet, nous nous engageons pour une écologie intégrale, dans laquelle tout est en interdépendance, le genre humain et la création tout entière, car la totalité des êtres sont fils et filles de la terre et sur eux se meut l’Esprit de Dieu (Gn 1, 2).

3. Accueillir et renouveler chaque jour l’alliance de Dieu avec tout le créé : "Voici que j’établis mon alliance avec vous et avec votre descendance et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, animaux domestiques et sauvages, bref, tout ce qui est sorti de l’arche, tous les animaux de la terre" (Gn 9, 9-10 ; 12-17).

4. Renouveler dans nos Églises l’option préférentielle pour les pauvres, en particulier les peuples autochtones, et avec eux, garantir leur droit à être des protagonistes dans la société et dans l’Église ; les aider à préserver leurs terres, leurs cultures, leurs langues et leurs histoires, leurs identités et leurs spiritualités. Croître dans la conscience de ce que celles-ci doivent être respectées localement et globalement et, en conséquence, favoriser par tous les moyens à notre portée, que ces peuples autochtones soient accueillis sur un pied d’égalité dans le concert mondial des autres peuples et cultures.

5. Abandonner, il s’ensuit, dans nos paroisses, diocèses et groupes, toute espèce de mentalité et posture colonialiste, en accueillant et valorisant la diversité culturelle, ethnique et linguistique, dans un dialogue respectueux avec toutes les traditions spirituelles.

6. Dénoncer toutes les formes de violence et d’agression à l’encontre de l’autonomie et des droits des peuples autochtones, quant à leur identité, leurs territoires et leurs formes de vie.

7. Annoncer la nouveauté libératrice de l’évangile de Jésus-Christ, dans l’accueil de l’autre et du différent, comme il en fut pour Pierre dans la maison de Corneille : “Vous le savez bien, il est interdit à un juif de frayer avec un étranger ou d’entrer chez lui ; mais Dieu vient de me montrer qu’il ne faut appeler aucun homme profane ou impur" (At 10, 28).

8. Cheminer de façon œcuménique avec d’autres communautés chrétiennes dans l’annonce inculturée et libératrice de l’Évangile, et avec d’autres religions et personnes de bonne volonté, dans la solidarité avec les peuples autochtones, les pauvres et les petits, afin de défendre leurs droits et préserver la Maison commune.

9. Instaurer dans nos Églises particulières un style de vie synodal, où les représentants des peuples autochtones, les missionnaires et les laïcs, hommes et femmes, en raison de leur baptême et en communion avec leurs pasteurs, aient voix et vote dans les assemblées diocésaines, les conseils pastoraux et paroissiaux, bref, dans tout ce qui relève de leur compétence dans le gouvernement des communautés.

10. Nous employer à la reconnaissance urgente des ministères ecclésiaux qui existent déjà dans les communautés et qui sont exercés par des agents de la pastorale, catéchistes indigènes, ministres de la Parole, hommes et femmes, en mettant particulièrement en valeur leur service au regard des plus vulnérables et des exclus.

11. Rendre effectif dans les communautés qui nous sont confiées le passage d’une pastorale de visite à une pastorale de présence, en s’assurant que le droit à la Table de la Parole et à la Table de l’Eucharistie soit effectif dans toutes les communautés.

12. Reconnaître les services et la réelle diaconie exercée par un nombre élevé de femmes qui dirigent aujourd’hui des communautés en Amazonie, et faire en sorte de les consolider grâce à un ministère conforme à leur fonction de femmes dirigeantes de communautés.

13. Chercher de nouveaux chemins d’action pastorale dans les villes où nous oeuvrons, en faisant une place particulière aux laïcs et aux jeunes, en prêtant attention aux périphéries et aux migrants, aux ouvriers et aux chômeurs, aux étudiants, éducateurs et chercheurs, ainsi qu’au monde de la culture et de la communication.

14. Assumer, devant l’avalanche d’offres de la société de consommation un style de vie joyeusement sobre, simple et solidaire de ceux qui n’ont que peu ou rien ; chercher à réduire la production de déchets et l’utilisation des plastiques, favoriser la production et la commercialisation de produits agroécologiques, utiliser autant que possible les transports publics.

15. Nous placer aux côtés de ceux qui sont persécutés à cause de leur service prophétique de dénonciation et réparation des injustices, de défense de la terre et des droits des petits, d’accueil et assistance aux migrants et aux réfugiés. Cultiver des amitiés véritables avec les pauvres, visiter les personnes les plus simples et les malades, en exerçant le ministère de l’écoute, de la consolation et du soutien qui donne du courage et renouvelle l’espérance.

Conscients de nos fragilités, de notre pauvreté et petitesse devant de si grands et graves défis, nous nous confions à la prière de l’Église. Et surtout, puissent nos Communautés ecclésiales venir à notre secours par leur intercession, leur affection dans le Seigneur et, chaque fois que nécessaire, par la charité de la correction fraternelle.

C’est d’un cœur ouvert que nous accueillons l’invitation du cardinal Hummes à nous laisser guider par l’Esprit Saint en ces jours du Synode et au retour dans nos Églises :

“Laissez-vous envelopper dans le manteau de la Mère de Dieu et Reine de l’Amazonie. Ne nous laissons pas vaincre par l’autoréférentialité, mais bien par la miséricorde devant la clameur des pauvres et le cri de la terre. Beaucoup de prière, de méditation et de discernement seront nécessaires, en plus d’une pratique concrète de la communion ecclésiale et de l’esprit synodal. Ce Synode est comme une table que Dieu a préparé pour ses pauvres et il nous demande, à nous, d’être ceux qui servent à table".

Célébrons cette Eucharistie du Pacte comme "un acte d’amour cosmique". "Oui, cosmique ! Car, même lorsqu’elle a lieu sur le petit autel d’une église de village, l’Eucharistie est toujours célébrée, en quelque sorte, sur l’autel du monde". L’Eucharistie unit le ciel et la terre, embrasse et pénètre toute la création. Le monde sorti des mains de Dieu retourne à Lui en pleine et heureuse adoration : dans le Pain eucharistique, "la création tend à la divinisation, aux noces saintes, pour s’unir à son Créateur".

"C’est la raison pour laquelle l’Eucharistie est aussi source de lumière et motivation pour nos préoccupations à l’égard de l’environnement, et qu’elle nous conduit à être les gardiens de la création tout entière".


Catacombes de Sainte Domitille Rome, 20 octobre 2019.

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