Carême / Covid-19. Après ne pourra pas être comme avant, quels moyens allons-nous prendre, quelle conversion pour changer nos modes de vie ?

Publié le par Michel Durand

Rembrandt, les disciples d'Emmaüs

Rembrandt, les disciples d'Emmaüs

source de l'image

 

« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)

Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie. (Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11)

« Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)

« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)

 

L’eucharistie du dimanche 26 avril présente la rencontre des disciples d’Emmaüs avec le Ressuscité. En voici ma méditation.

De la lecture de l’évangile de Luc 24, versets 13 à 35, je retiens trois phrases et sur chacune d’elle je m’interroge :

    • Vous n'avez donc pas compris !
    • Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes !
    • Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans la Gloire ?

Ces phrases, entendons-les ; elles sont pour nous, aujourd’hui alors que nous  sommes plongés dans une crise mondiale, crise sanitaire, crise environnementale, climatique, crise politique, sociale. Les observateurs le disent : nous ne croyons pas en ce que nous savons et demeurons incapables de prendre les bonnes décisions. Tous les efforts qui sont décidés par les pouvoirs publics et acceptés par les citoyens ne sont-ils pas conçus pour que tout redevienne comme avant ? Pourtant nous avons compris, et le temps de carême nous y a aidés, noua avons compris que l’invasion mondiale du covid-19 signale la complète fragilité de l’humain. Dans ses homélies matinales en la chapelle Sainte-Marthe du Vatican, François en parle avec une grande simplicité. De son entretien avec Austen Ivereigh, je recopie ces quelques phrases :

"Cette crise nous touche tous, riches et pauvres, et met l’hypocrisie sous les projecteurs. Je suis inquiet par l’hypocrisie de certaines personnalités politiques qui parlent d’affronter la crise, du problème de la faim dans le monde, mais qui, dans le même temps, fabriquent des armes. Le moment est venu de se convertir de cette hypocrisie fonctionnelle. C’est le temps de l’intégrité. Soit nous sommes cohérents avec nos croyances, soit nous perdons tout ».

 

« Vous m’interrogez sur la conversion. Toute crise contient à la fois un danger et une opportunité : l’opportunité de sortir du danger. Aujourd’hui, je pense que nous devons ralentir notre rythme de production et de consommation (Laudato Si’, 191), et apprendre à comprendre et contempler le monde naturel. Nous devons nous reconnecter avec notre environnement réel. Là est l’opportunité de la conversion. Oui je vois les premiers signes d’une économie qui se fait moins liquide et plus humaine. Mais ne perdons pas la mémoire une fois que tout ceci sera du passé, n’en faisons pas une affaire classée pour revenir là où nous en étions. C’est le moment de faire un pas décisif, d’arrêter d’user et d’abuser de la nature pour la contempler. Nous avons perdu la dimension contemplative : nous devons la retrouver maintenant ».

 

« Et au sujet de la contemplation, je voudrais m’arrêter sur un point. C’est le moment de regarder les pauvres. Jésus dit que nous aurons toujours les pauvres avec nous, et c’est vrai. Ils sont une réalité que nous ne pouvons pas nier. Mais les pauvres sont cachés, parce que la pauvreté fait honte. Récemment à Rome, en pleine quarantaine, un policier a dit à un homme : « Vous ne pouvez pas être dans la rue, rentrez chez vous. » La réponse de l’homme : « Je n’ai pas de chez-moi. Je vis dans la rue. » Découvrir un tel nombre de personnes aux périphéries… et nous ne les voyons pas, parce que la pauvreté fait honte. Ils sont là, mais nous ne les voyons pas : ils ont fini par faire partie du paysage, ce sont des choses ».

Suivre ce lien pour lire l’ensemble.

 

 

Nous sommes lents à croire ! Et pourtant, à Jérusalem, les témoins furent nombreux à avoir vu ce Jésus vivant après sa mort. Luc dans ses actes des Apôtres écrit qu’il y eut environ 3000 personnes ce jour-là à se joindre à eux (2,41).

Lent à croire la parole des apôtres et disciples proches de Jésus.

Dieu l'a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins.

 

Vous n'avez donc pas compris !

Ces mots étaient dits par l’homme qui marchait avec les disciples d’Emmaüs.

Mais, où est Emmaüs ? Il y a plusieurs localités revendiquées comme étant le vrai Emmaüs où Jésus se montra ressuscité. Voir ici ce qu’en disent les archéologues.

 

Lire ici d’autres informations sur le site de la Communauté des Béatitudes.

 

Et, il importe de ne pas ignorer l’histoire récente en se plaçant du côté des Palestiniens. Qu’est devenu le village d’Emmaüs après 1945.

 

En bref. Emmaüs est une petite localité de la Judée, à mi-chemin entre la mer et Jérusalem, à deux heures de marche de Jérusalem.

De deux disciples de Jésus qui quittent en grande déception Jérusalem, pour de rendre chez eux à Emmanüs, l’un s’appelle Cléophas ; l’autre n’est pas nommé. Il se peut, disent des exégètes, que l’autre disciple soit une femme. Ce serait alors un couple qui, arrivé chez eux, invite leur compagnon de route à souper avec eux en lui offrant tout naturellement l’hospitalité. Cette épouse se nommerait Marie.

Voir Jean 19,25 : « près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine ».

Arrivé au but, ce couple, Cléophas et Marie, dit à l’homme qui fit semblant d’aller plus loin :

Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. Il entra donc pour rester avec eux.

En Orient, la femme prépare les repas. Et en Orient, à cette époque surtout, l’hospitalité est une exigence incontournable. Dans le contexte de ce récit, je trouve donc très logique l’invitation par un couple, plus logique que l’image que l’on a habituellement de deux hommes se retrouvant à l’auberge du village d’Emmaüs. Il est normal et banal que les disciples d’Emmaüs lui offrent le gîte pour la nuit. En conscience même, il me semble qu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Mais j’ignore pourquoi je parle d’auberge ; est-ce à cause de la tradition picturale ?

Pour plus de lecture sur ce point, voir le blog de « aubonheurdedieu-soeurmichele ». L’histoire en fait deux hommes ; mais, en réalité ?

et aussi, Port Saint-Nicolas

ou Wikipedia,

René Guyon,

et La Croix : la femme de Cléophas a disparu !

 

La rencontre du Christ ressuscité est le passage des ténèbres à la lumière.

 

Voyons cela avec précision. D’abord on ne parle pas d’auberge.

Cléophas et sa femme s’en vont vers leur village, Emmaüs. Sur la route, ils font la rencontre d’un homme et ils marchent ensemble. En fait, cet homme n’est pas un inconnu pour eux. Ils l’ont vu à Jérusalem. Ils l’ont entendu parler, peut-être même il lui ont parlé et mangé avec lui lors du « dernier repas » ; mais ils ne le reconnaissent pas. Leurs yeux sont aveuglés. Leur déception devant la disparition de leur maître est tellement intense qu’ils en ont perdu toute lucidité et voilà qu’ils rabâchent tout ce qu’on ne cesse de dire depuis plusieurs jours dans Jérusalem. Les disciples causent avec lui et ils l’informent des derniers événements concernant la mort de Jésus.

L’homme écoute ces gens sincères, mais fermés sur eux-mêmes dans leur doute :

À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n'ont pas trouvé le corps ; elles sont même venues nous dire qu'elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu'il est vivant.

Bien que disciples proches du Seigneur Jésus, ils sont restés prisonniers de leur déception et, affirmant que cela devenait inutile de rester à Jérusalem, ils revenaient chez eux.

Alors, Jésus semblant ne plus pouvoir tenir le silence dit :

Vous n'avez donc pas compris !

Il leur rappelle ensuite les paroles des prophètes et il leur explique probablement le sens du Messie souffrant, libérateur et sauveur. Il a dû faire référence à l’agneau nouveau qui devait donner son sang pour la vie éternelle, promise à tous. Il leur a sûrement parlé de l’amour et de la miséricorde de Dieu pour eux. Les disciples ouvraient leurs yeux lentement et ils diront plus tard :

notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et qu’il nous faisait comprendre les écritures ?

Intéressés par ces paroles, ils voulaient en savoir plus et ils lancèrent l’invitation :

reste avec nous.

L’inconnu (ou le non reconnu) accepta.

Selon la coutume de bénir le repas avant de commencer à manger -chez les juifs à cette époque, c’était l’invité qui devait réciter la prière au début du repas- on demanda au mystérieux compagnon de route de faire la prière : il prit du pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna.

C’est à ce moment-là que Cléophas et son épouse reconnurent Jésus.

Leurs yeux s’ouvraient à la foi et, ce faisant, ils passaient des ténèbres à la lumière. Grâce à l’évocation des écritures, ils avaient cheminé, mais ils l’avaient reconnu à la fraction du pain et à la parole : ceci est mon corps, ceci est mon sang.

Et il disparut de leurs regards.

Alors, ne pouvant garder pour eux cette révélation, avec précipitation, ils retournèrent de nuit à Jérusalem pour partager avec Pierre et les autres cette bonne nouvelle :

Le Seigneur est ressuscité.

Le Seigneur ressuscité est avec nous.

L’actualité de ce commentaire d’Évangile que je viens de faire réside dans le regard que nous portons sur les personnes que nous rencontrons. Je pense tout particulièrement aux familles dont l’appartement est trop petit et la garde des enfants dans le confinement très problématique. Je pense à ceux qui n’ont pas de toit et à qui la police dit : « vous ne pouvez pas rester sur ce banc, il faut rentrez chez vous ». D’autres font tout ce qui est possible pour donner un abri. Reconnaissons-nous le Christ dans cet homme (ou femme) qui a pris du temps pour écouter ces souffrances ? Reconnaissons-nous le Christ dans cette personne qui agit avec dévouement, tendresse et amour ? Elle est sur la même route que nous. L’avons-nous reconnu dans cette mère et ce père qui ont donné leur vie pour l’éducation et le bien-être de leurs enfants ? L’avons-nous reconnu dans le signe de la croix que la mère et/ou le père fait (font) avec son enfant ?…

À la suite de ce carême confiné, ayant reçu la lumière du ressuscité que faire pour mettre en œuvre la lumière dans les ténèbres ?

Après ne peut être comme avant, comment allons-nous nous y prendre pour convertir nos modes de vie ? Il y a quelques jours j’ai tenté de dresser la liste des nécessaires conversions.

 

L’avons-nous reconnu dans le partage du pain ? Oui ! Alors, agissons dans le sens  de sa rédemption. N’agissons pas seul, car à la suite du Christ, nous ne sommes pas des êtres isolés les uns des autres, mais des personnes formant une famille, une communauté. Une Église.

Seigneur, que ton Esprit soit avec nous pour que nos yeux s’ouvrent à tes signes.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article