Il ne devrait pas être question de relancer l’économie, mais de mettre en place une pratique de la philosophie d’une économie de suffisance

Publié le par Michel Durand

Il ne devrait pas être question de relancer l’économie, mais de mettre en place une pratique de la philosophie d’une économie de suffisance

source de la photo : une page à lire

Ma méditation du vendredi 24 avril s’est centrée sur le mot « rassasié ». Cela suffit. C’est assez. Merci. Je suis rassasié, avais-je l’habitude de dire à mes amis marocains avec les quelques mots dialectaux que j’arrivais à prononcer. Il convenait en même temps de s’éloigner du plat commun pour bien signifier avoir mangé à sa faim. Merci, je suis repu. C’est à dire, grâce à vous, j’ai bien mangé.

À l’office eucharistique de 24 avril, je lis :

Jean 6, 12-13 : Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. » Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.

Nous ne connaissons pas la taille des paniers, mais avec le nombre douze nous pouvons dire que cela fait beaucoup. Jésus et ses disciples ne se sont pas moqués des gens. Ils ont tous bien mangé. La preuve, il en reste. Quand ça suffit, ça suffit. En prendre plus serait se rendre malade. Gardons pour plus tard, ou pour d’autres personnes qui aurait faim. Pour nous, cela suffit ; gardons pour que rien ne se perde. Éventuellement, partageons.

Cela suffit !

Emmanuel Macron parle de la nécessité de relancer la croissance. Certes, il faut travailler pour vivre. Donc, il convient que soit effective une authentique activité économique. Mais faut-il relancer (comme avant) la croissance ?

Ce matin, j’ai donc eu cette réflexion :

Relancer l’économie ! NON

Mettre en place une économie de suffisance. OUI

Que l’on travaille dans ce but : à chacun selon ses besoins. Plus à qui a moins. Moins à qui a plus. Justice distributive et non cumulative.

L’idée d’une économie de suffisance m’étant venue à l’esprit, après la prière je me suis tourné vers mon robot préféré Google -qui est loin de l’idée de décroissance- pour chercher ce qui se dit sur l’économie de suffisance. À supposer qu’il en soit question.

Eh bien, j’ai trouvé des indications : en Thaïlande, on signale que le roi Bhumibol Adulyadej rappela à la nation qu'elle devait revenir aux sources et pratiquer la philosophie de l'économie de la suffisance.

 

La philosophie de l'économie de la suffisance ne serait pas un modèle de développement, mais une philosophie qui guide les moyens de subsistance des personnes à tous les niveaux. L'idée principale est de mener un mode de vie suffisant et d'éviter de profiter des autres ou de l’environnement. Je ne suis pas compétent pour en dire plus. Il y a là, me semble-t-il, une piste à étudier pour penser concrètement à l’après-confinement covid-19. Relancer l’économie productiviste, consumériste ? Non. Œuvrer pour que se développe une économie localisée avec des modes de vie sobre, oui.

N’est-ce pas l’appel à la pauvreté évangélique ? Je pense alors à la méditation d’Antoine Chevrier ; j’ouvre son Véritable disciple.  :

 

[Vivre] Avec sobriété. (page 185)

Nous devons manger pour entretenir la vie du corps, nous devons nous contenter du nécessaire et ne pas aller au-delà.

Parce que le surplus est plus nuisible qu’utile, de quelque façon que ce soit.

Saint Paul le remarque souvent dans ses épîtres,

Sobrius esto

La sobriété est la gardienne de la chasteté ; ceux qui mangent et boivent au-delà du nécessaire ne peuvent être chastes que très difficilement.

Vinum res luxuriosa - Le vin porte à l’excès (Pv 20,1)

La sobriété nous laisse toujours le corps libre et dispos, tandis que l’intempérance, même légère, nous ôte l’ardeur au travail, nous engourdit ou nous agite et nous porte à beaucoup de fautes intérieures et extérieures.

Saint Jean-Baptiste dans le désert vinum et siceram non bibet.- il ne boira ni vin, ni liqueur fermentée (Lc 1,15)

Tous les saints ont été d’une grande sobriété pour la nourriture.

Ne pas se servir trop abondamment,

avides, délicats, gloutons, trop manger.

 

Se contenter du nécessaire dans le logement, la nourriture, le vêtement. Depuis que l’homme est homme, tous les humains devraient pratiquer cette philosophie.

(page 294) -«  Bienheureux les pauvres d'esprit car le royaume des cieux est à eux". (Mt 5,3)

"C'est une grande richesse que la piété et la modération d'un esprit qui se contente de ce qui suffit pour les besoins de la vie présente". (1 Tm 6,6)

C'est un article très important et dont il faut bien se pénétrer pour ne pas sortir de la véritable pauvreté, parce que la véritable pauvreté et l'esprit de pauvreté se trouvent renfermés dans ce mot :

Avoir le nécessaire et savoir s'en contenter.

C'est parce qu'on ne sait pas se contenter du nécessaire que l'on manque à la pauvreté.

On commence bien par la pauvreté, mais, peu à peu, on trouve que ce n'est pas assez commode, pas suffisant, que ce n'est pas assez  solide, pas assez propre... que ça ne dure pas assez et mille autres  raisons spécieuses; et alors, on ajoute, on change, on embellit, on trouve que c'est plus convenable, que ça dure plus et peu à peu, on se trouve d'avoir une chambre commode, à l'aise, où rien ne manque ; d'avoir une table confortable où l'on trouve au-delà du nécessaire d'avoir des habits convenables, qui durent davantage, qui sont plus solides et mieux en rapport avec les goûts du monde ; de changement en changement, on arrive à faire comme le monde et à perdre l'esprit de pauvreté.

Le monde ne cesse de dire : ah ! que vous êtes mal logés, mal couchés, mal nourris, mal habillés ! faites donc comme ceci, faites donc comme cela.

À nous de répondre au monde comme Notre Seigneur répondit à saint Pierre : "Retire-toi, Satan ; vous m'êtes un sujet de scandale, parce que vous ne goûtez point les choses de Dieu, mais celles des hommes". (Mt 16,23)

Celui qui a l'esprit de pauvreté, il a toujours de trop, il tend toujours à retrancher ; celui qui a l'esprit du monde n'a jamais assez, il n'est jamais content, il lui faut toujours quelque chose de plus.

Le vrai pauvre de Jésus Christ va toujours en retranchant, en diminuant.

Celui qui a l'esprit du monde va toujours en croissant, en augmentant.

Celui qui a l'esprit de pauvreté se dit en lui-même : j'ai bien encore plus qu'il ne faut, il y a tant de pauvres qui n'ont pas tant que moi, tant de pauvres qui souffrent et qui manquent du nécessaire ; et moi, quel droit ai-je donc d'être mieux logé, mieux nourri, mieux vêtu que les pauvres du bon Dieu ?

Là où il n'y a pas à souffrir quelque chose, il n'y a pas de véritable pauvreté. C'est en se pénétrant de cet esprit que, peu à peu, on se dépouille de tout ce qui n'est pas nécessaire ; on a horreur de tout ce qui sent le luxe, la vanité, le brillant, le voyant et que l'on choisit toujours ce qu'il y a de plus pauvre et de plus simple. Pourvu que ça me couvre, pourvu que ça tienne, c'est tout ce qu'il faut. Ça peut encore durer, gardons-le.

C'est une erreur de croire que les choses extérieures, grandes, belles, distinguées, apparentes, donnent par elles-mêmes de l'estime, de la confiance ou de l'autorité; que c'est par là qu'on attire le monde et que l'on gagne les âmes à Dieu ou à soi; c'est [une] erreur !

Ces choses extérieures peuvent bien frapper pour un moment, désigner extérieurement ceux qui commandent, ceux qui ont l'autorité et ceux à qui nous devons le respect et l'obéissance, mais ces choses-là ne les donnent pas par elles- mêmes. C'est la vertu, c'est la charité qui inspire réellement la confiance et l'amour des peuples.

Il ne faut pas croire que parce qu'on aura de belles robes, de beaux manteaux de belles maisons, de beaux ameublements, de beaux ornements, on attirera le monde et gagnera leur confiance. Non, c'est  la vertu.

Si ces choses extérieures eussent été nécessaires, Notre Seigneur Jésus Christ les aurait bien employées ; mais non. Il les a  rejetées bien loin de lui. Il n'a eu pour maison qu'une étable, pour lit qu'un peu de paille, pour parents que des gens pauvres et pour mourir une rude croix. Et il disait : quand je serai élevé sur la croix, j'attirerai tout à moi.

Ce n'est donc pas par le luxe et la grandeur qu'il a attiré le monde, mais par la pauvreté et la souffrance.

Les saints employaient-ils d'autres moyens ?

Saint Jean-Baptiste dans son désert n'avait qu'une peau de chameau sur les épaules et une ceinture de cuir autour de ses reins, et toute la Judée venait à lui.

Et saint François d'Assise, qui courait les pieds nus et un sac sur le dos, attachait-il de l'importance à ces frivolités ? et cependant que d'âmes il attirait à lui ! il comptait de son vivant dix mille religieux qui avaient embrassé sa vie.

C'est la vertu qui attire les âmes et gagne les cœurs à Dieu.

Il y en a qui parlent de rang, de dignité et qui, sous ce prétexte spécieux, croiraient s'avilir et se rabaisser en se faisant pauvre, en s'habillant comme un pauvre, en vivant comme un pauvre, en fréquentant les pauvres, en faisant comme les pauvres.

Ils croiraient se déshonorer en prenant la forme d'un pauvre, et c'est pourtant ce que faisait Notre Seigneur.

Il s'est fait pauvre et c'est précisément ce que les pharisiens lui reprochaient quand ils disaient aux apôtres : "Votre Maître est toujours avec les pécheurs et les publicains". (Mt 9,11)

Je pense que désormais, Ie dois me renseigner sur la philosophie de l’économie de la suffisance (Sufficiency Economy Philosophy - SEP).

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