Dans le cœur d’une Parole qui demeure, ne cesse de parler à plus intime : il est aimé de toujours par le Père. Alors, s'ouvrir à Lui

Publié le par Michel Durand

Jean Lurçat, combat entre la femme et le dragon, l'apocalypse, 1947, TAPISSERIE, Notre-Dame de Toute Grâce, Assy

Jean Lurçat, combat entre la femme et le dragon, l'apocalypse, 1947, TAPISSERIE, Notre-Dame de Toute Grâce, Assy

Source de la photo

 

Impossible d’en douter. Aujourd’hui, ne ressemble pas à hier. J’en présente pour preuve le nombre de lecteurs d’une page du blogue « En manque d’Église ». Il y a cette semaine deux fois moins de visiteurs quotidiens que les semaines précédentes. Il y a toutefois une nouveauté ; chaque visiteur regarde deux fois plus de texte. Désir d’approfondissement ? En fait je dis cela à partir des statistiques sans être vraiment certain de savoir les interpréter avec exactitude.

Ce que j’ai lu et médité ce matin à l’office des lectures m’a profondément touché pour sa correspondance avec ce que je pense tous ces jours - ce que j’ai dit à l’eucharistie d’hier et écris en ce lieu.

Je parle des quatre réalités au milieu desquelles nous vivons.

- L’abîme

- La terre

- Le ciel

- L’au-delà du ciel

L’abîme est le domaine du mal absolu. Les idoles et leurs prêtres demeurent au service de l’Argent. Capital, fumier du diable. Pour s‘en sortir, il convient de renoncer à toutes courses folles au progrès sans limites. L’actuelle pandémie offre le loisir de penser à des modes de vie sobre, simples, dans sa proche localité. Se détourner des idoles offertes par toutes formes de consumérisme, de productivisme, d’extractivisme.

La terre est le lieu où nous vivons. L’espace où nous rencontrons nombreuses personnes avec lesquelles nous sommes invités par le Christ à mettre en œuvre le message de l’Évangile.

1 Jean 3,9-10 : Quiconque est né de Dieu ne commet pas de péché, car ce qui a été semé par Dieu demeure en lui : il ne peut donc pas pécher, puisqu’il est né de Dieu. Voici comment se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, et pas davantage celui qui n’aime pas son frère.

Le ciel ? Ce n’est pas celui de nous voyons la nuit, surtout loin des villes, là où aucune lumière électrique ne masque la multitude des étoiles. Cet univers que la science n’arrive pas encore à sonder totalement appartient encore à notre monde. Disons au cosmos. Création de DIeu.

L’au-delà du ciel est l’inconnu. L’indicible. Le non localisable. Je pense au troisième ciel dont parle Paul :

2 CO 12, 1-4 : Faut-il se vanter ? Ce n’est pas utile. J’en viendrai pourtant aux visions et aux révélations reçues du Seigneur. Je sais qu’un fidèle du Christ, voici quatorze ans, a été emporté jusqu’au troisième ciel – est-ce dans son corps ? je ne sais pas ; est-ce hors de son corps ? je ne sais pas ; Dieu le sait – ; mais je sais que cet homme dans cet état-là – est-ce dans son corps, est-ce sans son corps ? je ne sais pas, Dieu le sait – cet homme-là a été emporté au paradis et il a entendu des paroles ineffables, qu’un homme ne doit pas redire.

Il est impossible de ne pas penser à l’Ascension. Ce ciel n’est pas au-delà du firmament des étoiles, lune et soleil Il est autre. l’inconnaissable mystère de Dieu, créateur de toutes choses.

L’avantage de l’âge de la retraite et du confinement des personnes à risques (les vieux), réside dans la chance de pouvoir prendre tout le temps nécessaire pour vivre intensément le moment présent. Une façon de vivre au sein du troisième ciel. C’est avec cette grâce que je reprends des ouvrages que je n’avais que parcourus ou mal lus - ou lu avec un regard différent. Ainsi : « De commencement en commencement. Le renouveau patristique dans la théologie contemporaine ». Voir ici.

 

Je suis alors invité à relire les textes de la création du Livre biblique de la Genèse et à le mettre à côté du Prologue de Jean 1,1-5

AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.

 

Michel Corbin dans « De commencement en commencement », lire les Pères de l’Église après Heidegger écrit, page 107 :

« N'est-ce pas la tâche du Roi de marcher à la tête de ses soldats pour remporter la victoire et, quand il s'agit du salut, de traverser l'hiatus qui sépare l'homme de Dieu, d'ouvrir la passe difficile qui commande l'accès au Père ? Enfin, quelle est la première question que pose un homme quand il se voit jeté dans l'existence ? Elle est celle du Roi qui règne sur l'univers : est-ce le « prince de la vie », le Maître de la charité et de l'humilité, ou bien le « prince de ce monde », « père du mensonge, homicide dès le commencement » (Jn 8,44) ? À cette interrogation d'où toutes choses dépendent sur la terre et dans le ciel, réponse est donnée dans la christophanie qui ouvre l'Apocalypse :

À sa vue je tombais à ses pieds, comme mort ; mais II posa sur moi sa main droite en disant : « Ne crains pas ! Je suis le Premier et le Dernier, le Vivant ; je fus mort et me voici vivant pour les siècles des siècles, détenant les clés de la mort et de l'Hadès » (Ap 1,17-18).

Sans hésitation, nous pouvons donc traduire ἀρχή par « prince ». Les phrases d'Origène se transposent alors dans cette unique phrase : « Chez le Prince était la Parole en qui fut la vie qui est lumière. » C'est-à-dire : à l'origine, dans le cœur du Prince, était la Parole, non pas une parole qui disparaîtrait une fois prononcée comme les nôtres, mais une Parole qui demeure, ne cesse de parler à plus intime que le cœur, pour le convaincre qu'il est désiré, aimé de toujours par le Père, et qu'il n'a plus qu'une chose à faire : s'ouvrir à Lui, se laisser modeler par son Regard, y répondre par le sien. Hors de Lui, il n'y a qu'idoles dont le Psalmiste dit : « Elles ont une bouche et ne parlent pas, elles ont des yeux et ne voient pas, elles ont des oreilles et n'entendent pas » (Ps 113B, 5-6). Et que fait jaillir cette parole qui déclare un amour véhément sinon la vie de ceux qui vivent davantage en Jésus qu'en eux-mêmes, qui s'écrient avec Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ; ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi du Fils de Dieu qui m'a aimé, et s'est livré pour moi » (Ga 2,21) ? La parole de l'amour éveille en celui qu'elle touche ce qu'il a de meilleur : elle le fait sortir des ténèbres où il n'est rien pour personne, elle l'introduit dans la clarté de l'entente. La vie est la lumière qu'aucune nuit ne peut masquer ».

 

Notons : Prince = premier, principe, commencement. ἀρχή.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article