Le militant chrétien se place à la suite du Christ. La vérité de son engagement, hors politique, provient de son attachement au Bon Pasteur

Publié le par Michel Durand

Le militant chrétien se place à la suite du Christ. La vérité de son engagement, hors politique, provient de son attachement au Bon Pasteur

Si j’avais été de présidence de liturgie ce dimanche, quelle aurait été mon homélie ? Assurément, j’aurais tenu compte de la réclusion pandémique et j’aurai exprimé dans ma méditation combien il est important d’une part de garder toute l’espérance chrétienne et d’autre part de prendre les moyens d’une relance de l’économie , mais d’une révision complète des approches gouvernementales de l’écologie et de l’économie. Relance de l’économie ? NON ! Conversion de l’économie ? OUI ! Donc, conversion de nos propres modes de vie. Changement de paradigme, comme disent les savants anthropologues.

Je donne à lire ce que j’ai dit en mai 2014. Il me semble que nous sommes dans les mêmes eaux. Voir également ici comment j’avais présenté cette page.

 

Le lien avec le site de la paroisse Saint-Polycarpe n’existe plus. Mais, pas de problème recopier/coller l’homélie ci-dessous

 

Lectures bibliques de ce jour

 

 

Homélie du 11 mai 2014

« Que tout le peuple d'Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. »

Pierre s’adresse aux Israéliens, aux personnes qui sont en face de lui. Logique donc de parler du peuple d’Israël. Prononcée aujourd’hui, cette phrase résonne ainsi à nos oreilles : « Que le peuple de la Terre entière en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ ».

Depuis Isaïe, nous savons que, si Dieu a choisi le peuple Israël, ce n’est pas pour qu’il se concentre sur le mont Sion, mais pour qu’il s’ouvre à tous les hommes, toutes les femmes de toutes les contrées. Nous traduisons cela en disant que l’Assemblée, l’Église est catholique, c’est-à-dire universelle. Et qui est le chef de cette universelle Église ? Le Christ.

Vous m’avez déjà entendu dire que le Christ n’était pas une valeur. Il est une personne, un Maître que nous avons choisi de suivre parce que par lui, le bonheur est obtenu. Non le matériel. Mais le vrai, l’humain. Voilà ce que nous annonce l’Évangile de ce dimanche. Jésus dit :

« Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance. »

En temps pascal, chaque jour de la semaine, l’Évangile annonce que, pour avoir la vie en abondance, il convient de croire que Jésus, le fils de Marie, celui que les pouvoirs romains et juifs ont tué, est ressuscité

« Ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. »

Entendons encore ce qu’écrit Paul aux chrétiens de Rome :

« Tout près de toi est la Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.

En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut (Rm 9,10).

Le chrétien n’est donc pas celui qui se plie à une morale, mais celui qui se met à la suite du Christ. Certes, suivre le Christ, c’est en même temps mettre sa vie en conformité avec ses convictions profondes ; il est indispensable de placer des limites à son mode de vie pour s’assurer que l’on reste bien dans la ligne du Christ. Autrement dit, le chrétien n’est pas d’abord l’adepte d’une moralité ; il est principalement le disciple de Celui qui se fait entendre parce qu’Il vit au milieu de tous les hommes. C’est ainsi que je commente la parabole du Bon Pasteur que je viens de proclamer du haut de l’ambon (tel qu’il est conçu à Saint-Polycarpe), architecture liturgique manifestant la transcendance de la Parole divine. Dieu qui nous parle est au milieu de nous, tout en demeurant au-delà. Jésus, le bon pasteur, est l’homme de la Vérité audible parce qu’il est de chez nous tout en étant de Dieu.

« Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix ».

L’évangéliste Jean développe sans cesse la proximité de la Parole du Père auprès des hommes. Avec lui, nous comprenons que notre engagement chrétien est une permanente mise à la suite du Christ. Plus qu’un programme à suivre, des lois à appliquer, la vie chrétienne est un cheminement permanent en compagnie de l’Envoyé de Dieu.

« Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage ».

Et, en suivant le Christ, il est simple de trouver ce que l’on souhaite, car même sans le voir, on entend et reconnaît sa voix. Les brebis, exprime la parabole, connaissent la voix de berger et le suivent. Elles savent qu’il n’est pas un voleur, un mercenaire, un bandit, car il passe à la vue de tous par la porte.

Essayons ce concrétiser cette lecture de l’Évangile.

Très souvent on emploie les expressions gauches – droites pour signifier les engagements humains dans la société. Et il est bon que nous soyons au clair avec ces catégories, assurément nécessaires dans la situation actuelle, car nous sommes appelés, par exemple, à nous prononcer pour les élections au parlement européen. « Les élections du Parlement européen, ou élections européennes, écrit wikimedia, sont des élections multinationales destinées à élire les délégations de députés du Parlement européen pour des mandats quinquennaux fixes ».

Va-t-on dire que le candidat chrétien est de gauche, ou de droite, ou du centre, alors qu’il doit se situer, selon ce vocabulaire usuel, pour gagner en efficacité ? Non, on ne devrait pas parler ainsi, car dans la ligne de son baptême, le militant chrétien est avant tout à la suite du Christ. La vérité de son engagement qui interroge les pratiques économiques, politiques, sociales provient essentiellement de son attachement au Christ Bon Pasteur. Il se recommande du Ressuscité et non de quelques valeurs abstraites, par exemple de Dieu*. On ne connaît Dieu que par le Christ.

Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »

Jésus lui répond :

« Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? (Jean 14,8-9)

 

 

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* Voir ce que dit Justin (2è s) sur la non-connaissance de Dieu :

Car personne n’est capable d’attribuer un nom au Dieu qui est au-dessus de toute parole, et si quelqu’un ose prétendre qu’il en a un, il est atteint d’une folie mortelle. Ces mots : Père, Dieu, Créateur, Seigneur et Maître ne sont pas des noms, mais des appellations motivées par ses bienfaits et par ses œuvres. Le mot Dieu n’est pas un nom, mais une approximation naturelle à l’homme pour désigner une chose inexplicable.

 

« Nous allons vous exposer comment, après avoir été renouvelés par le Christ, nous nous consacrons à Dieu. (…)

Ceux qui sont convaincus de la vérité de notre doctrine et de notre parole, et qui y croient, promettent de vivre selon cette doctrine. On leur enseigne à prier et à demander à Dieu, en jeûnant, le pardon de leurs péchés passés ; et nous-mêmes, nous prions et nous jeûnons avec eux.

Ensuite ils sont conduits par nous au lieu où se trouve l’eau et, de la même manière que nous avons été régénérés nous-mêmes, ils sont régénérés à leur tour. Au nom de Dieu le Père, maître de l’univers, de notre Sauveur Jésus Christ et de l’Esprit saint, ils sont alors lavés dans l’eau.

Le Christ a dit en effet : si vous ne renaissez pas, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Il est évident pour tout le monde que ceux qui sont nés une fois ne peuvent pas rentrer dans le sein de leur mère.

Le prophète Isaïe a enseigné comment les pécheurs convertis échapperont à leurs péchés. Il a parlé ainsi : lavez-vous, purifiez-vous, enlevez la méchanceté de vos âmes, apprenez à faire le bien, rendez justice à l’orphelin, défendez la veuve. Venez et discutons, dit le Seigneur. Et si vos péchés sont comme la pourpre, je vous rendrai blancs comme neige. Mais si vous ne m’écoutez pas, l’épée vous dévorera. C’est la bouche du seigneur qui a parlé.

Voici la doctrine que nous ont léguée les Apôtres à ce sujet. Nous avons reçu la première naissance sans le savoir, par une loi nécessaire, par suite de l’union de nos parents, et nous sommes venus au monde avec des habitudes vicieuses et des mœurs mauvaises. Pour que nous ne demeurions pas les enfants de la nécessité et de l’ignorance, mais du libre choix et de la connaissance, et pour que nous obtenions dans l’eau le pardon de nos péchés passés, sur celui qui veut renaître et se convertir de ses péchés, on invoque le nom du Père de l’univers, notre Dieu et Maître. Il ne lui donne pas d’autre nom, celui qui conduit au baptême le candidat.

Car personne n’est capable d’attribuer un nom au Dieu qui est au-dessus de toute parole, et si quelqu’un ose prétendre qu’il en a un, il est atteint d’une folie mortelle. Ces mots : Père, Dieu, Créateur, Seigneur et Maître ne sont pas des noms, mais des appellations motivées par ses bienfaits et par ses œuvres. Le mot Dieu n’est pas un nom, mais une approximation naturelle à l’homme pour désigner une chose inexplicable.

Ce bain du baptême est appelé « illumination » parce que ceux qui reçoivent cette connaissance sont illuminés. C’est aussi au nom de Jésus Christ, crucifié sous Ponce Pilate, et au nom de l’Esprit saint qui a proclamé d’avance par les prophètes tout ce qui se rapporte à Jésus - c’est en leur nom qu’est baptisé celui qui reçoit la lumière ».

 

Justin Apologie pour les chrétiens.

Comme pour l’Eucharistie, Justin (100-165) est aussi le premier témoin de l’incorporation à la communauté par le baptême, dans l’Église de Rome.

audio de l'homélie du 11 mai 2014

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