Plénitude du confinement. On ne recherche les conversations, les divertissements que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec réel plaisir

Publié le par Michel Durand

Plénitude du confinement. On ne recherche les conversations, les divertissements que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec réel plaisir

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Confinement, réclusion, reclus.

Prison ? C’est tout comme ! Et nous entendons parler d’être en prison sans barreau ; à l’air libre ?

Faut-il bouger, se divertit à tout prix ? Je ne sais. Mais il est clair que l’absence de rencontre engendre une évidente lassitude, une interrogation qui tourne en rond et qui creuse un vide. Les savants spirituels parlent d’acédie. Il me semble que Fançois de Rome emploie souvent ce mot. La maladie d’acédie.

Il en encore parlé ce matin à l’a chapelle Sainte-Marthe : «Cette fatigue qui nous prive de la volonté d’aller de l’avant et nous rend tièdes. L’acédie ne nous permet pas d’avancer.

 

J’ai toujours pensé que le sommet de la sagesse était de ne pas s’ennuyer quand il n’y a absolument rien à faire. Plénitude de la contemplation de l’amour divin. Ne rien avoir à faire. Ne pas avoir à bouger, à se déplacer. Être là, tout simplement.

Bonheur du reclus dans la réclusion.

Deux images me viennent à l’esprit. D’abord celle du visage et des pensées de Blaise Pascal. Je me rappelle de l’avoir beaucoup lu au lycée. Puis l’image d’un styliste. Certes, j’éprouve une grande admiration pour ces saints stylites, mais je ne me vois pas vivre comme eux. Pourtant, la réclusion du covid-19 s’en rapproche et je sens dans la faim de rassemblement eucharistique de chrétiens catholiques une forme de divertissement. Comme si Dieu/amour ne pouvait être avec nous dans la solitude.

C’est là que j’ai repensé à la distraction au divertissement de Blaise Pascale dans ses Pensées : « Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent dans la Cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achète une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville. Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Etc.

Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près.

Quelque condition qu’on se figure, où l’on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde. Et cependant, qu’on s’en imagine accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S’il est sans divertissement et qu’on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu’il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point. Il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent des révoltes qui peuvent arriver et enfin de la mort et des maladies, qui sont inévitables. De sorte que s’il est sans ce qu’on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit.

De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n’est pas qu’il y ait en effet du bonheur, ni qu’on s’imagine que la vraie béatitude soit d’avoir l’argent qu’on peut gagner au jeu ou dans le lièvre qu’on court, on n’en voudrait pas s’il était offert. Ce n’est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu’on recherche ni les dangers de la guerre ni la peine des emplois, mais c’est le tracas qui nous détourne d’y penser et nous divertit ».

En suivant ce lien vous trouverez un petit diaporama sur le thème des moines ermites stylites. Hélas, Aleteia s’entoure de publicités capitalistes qui sont autant de dérives vers les divertissements futiles.

En ce suivant cet autre lien, vous trouverez une lecture plus documentée.

 

Prenons cela comme une « image pour aujourd’hui ». Plus qu’imitable, c’est une orientation. Afin que demain ne soit en aucun point comme hier -je pense surtout aux déclarations de relance économique- n’est-ce pas en comprenant le sens profond de la démarche ascétique des stylistes qu’il conviendrait d’envisager demain ?

 

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