Le monde d’après ne sera pas comme le monde d’avant observons-nous tout en constatant qu’il sera difficile de faire en sorte que cela change

Publié le par Michel Durand

Le monde d’après ne sera pas comme le monde d’avant observons-nous tout en constatant qu’il sera difficile de faire en sorte que cela change

Source des photos

J’imagine ne pas avoir été le seul à penser à Noé et à la légende du déluge au cours de cette période pandémique (qui n’est pas finie). Obéissance de Noé et de toute sa famille dans la construction de l’arche et dans le retirement à l’intérieur de l’arche au moment où les pluies légendaires inondent l’ensemble de la terre. Obéissance des citoyens se confinant docilement dans leurs appartements, même étroits, et se masquant le visage pour se protéger de l’invisible envahisseur viral.

Ceci dit, je note que Noé n’est pas resté passif dans son arche. Selon la légende, il observait l’horizon et envoya un corbeau et une colombe pour discerner l’émergence de terres asséchées.

Genèse 8,11 : Vers le soir, la colombe revint, et voici qu’il y avait dans son bec un rameau d’olivier tout frais ! Noé comprit ainsi que les eaux avaient baissé sur la terre.

Le monde d’après ne peut plus être comme le monde d’avant observons-nous tout en constatant qu’il sera bien difficile de faire en sorte que les politiques et les économies changent, car les prétendus avantages que nous avons acquis nous ne voulons pas les perdre. « Un tien vaut mieux que deux tu auras ». Surtout que, dans le cas présent, il n’est pas question d’avoir deux ou trois, ou plus pour être mieux, mais d’être autrement.

La situation de retirement que nous vivons - et que je vis doublement à l’âge maintenant avancé de la retraite : les sollicitations qui précédemment se présentaient naturellement ne peuvent qu’être modifiées - bref, le confinement dans l’appartement invite à réfléchir sur le futur et il est inévitable de conclure que tout est invitation non à une douce et indolore transition, mais à une profonde conversion. Il ne suffit pas de reverdir l’économie, la politique avec des produits issus de l’écologie environnementale. Il ne s’agit pas de travailler à la relance de l’économie. Il est question de révolutionner l’économie et la gouvernance politique. Travailler moins pour vivre mieux et pour partager le travail. C’est-à-dire vivre humainement grâce à la place laissée à la réalité spirituelle propre à tout homme. De là viendront les moyens politiques pour qu’une authentique solidarité se mette en place. Solidarité et fraternité. Écologie intégrale.

 

Nombreuses sont les déclarations en provenance du Vatican qui incitent à mettre en œuvre Laudato si’. J’invite à lire celles-ci :

 

Bruno-Marie Duffé : La crise actuelle montre l'urgence d'une conversion écologique

L’enregistrement est très percutant ; à écouter absolument.

 

Et dans le quotidien La Croix :

 Vivre Laudato si’, pas seulement la citer »

Il y a cinq ans, le 18 juin 2015, le pape François publiait son encyclique « Laudato si’», sur la sauvegarde de la maison commune. Pour Mgr Bruno-Marie Duffé, secrétaire du dicastère pour le développement humain intégral, le défi est aujourd’hui de passer du texte à l’action et au témoignage.

 

La Croix : La crise du coronavirus a-t-elle été un révélateur de l’actualité de l’encyclique Laudato si’, publiée il y a tout juste cinq ans par le pape François ?

Mgr Bruno-Marie Duffé : Les précédentes crises sociales ou environnementales avaient déjà souligné l’importance de la démarche proposée par le pape François dans Laudato si’. Mais il est vrai que la crise du coronavirus a montré à quel point ce texte est d’actualité. La question est maintenant de savoir que faire de cette démarche ? Comment aboutir à une sobriété ? Comme peut-elle donner sens à notre vie ? Comment faire pour qu’elle devienne une culture ?

Le risque de la relance actuelle n’est-il pas, justement, de reproduire l’ancien modèle ?

B.-M. D. : Il faut sauver les emplois et valoriser le travail, mais quid des inégalités et du sens de notre développement ? Je crains que, consciemment ou non, notre culture de l’accélération et de l’instantané nous pousse à répéter ce que nous savons faire. Par exemple en exploitant sans limites les ressources ou en investissant dans les secteurs carbonés. Nous avons du mal à nous projeter sur d’autres manières de procéder…

C’est justement ce que le pape François n’a cessé de répéter pendant cette crise…

B.-M. D. : Tout le monde est d’accord avec le pape. Il y a un engouement pour son discours prophétique. Mais, comme le souligne souvent Mgr Paul Gallagher (secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, NDLR), la question est de savoir avec quel pape ils sont d’accord !

Dans l’opinion publique comme chez les décideurs, il y a l’attente d’un discernement moral. Beaucoup disent qu’il faut réorienter les choses, colorer autrement notre développement. La difficulté est d’appliquer cet éclairage moral aux contraintes actuelles. À un moment, il faut faire des choix…

Est-ce ce que le pape a expliqué aux chefs d’État à qui il a téléphoné pendant cette crise ?

B.-M. D. : Il nous a confié s’être senti en face de dirigeants soudain confrontés à la peur et faisant l’expérience de l’inquiétude. Lui, les a invités à l’espérance, à ne pas être seulement des gestionnaires de crise, à voir qu’il ne s’agit pas tant de se préparer à l’avenir que de préparer l’avenir. Le rôle de l’Église n’est pas de sauvegarder des acquis qu’elle a pu avoir dans le passé, mais de tenir un discours radicalement d’avenir.

Depuis quelques années, on sent pourtant une impuissance de plus en plus grande des politiques sur ces sujets… Est-ce pour cela que le Vatican insiste particulièrement aujourd’hui sur l’échelon local ?

B.-M. D. : Face à cette lassitude devant des institutions de plus en plus incapables de porter du sens, on voit fleurir une multitude d’associations et d’initiatives. Je suis frappé de voir comment le local porte aujourd’hui l’écologie même si, bien sûr, tous sont loin de se référer à Laudato si’ !

Au sein de l’Église, il y a encore des résistances à Laudato si’, cela vous inquiète-t-il ?

B.-M. D. : Il y a toujours eu des catholiques inquiets de l’implication sociale de l’Église. Dans l’opinion européenne, il y a aussi le fait que l’écologie a longtemps été très colorée politiquement, tandis que d’autres craignent que l’écologie devienne une nouvelle religion, un mélange des genres. Pour eux, la conversion à laquelle invite Laudato si’, ne rejoint pas assez la conversion tout court.

Néanmoins, je remarque aussi que, même dans les milieux traditionnels, certains se sont rendu compte du défi qui se vit. Ils se sont approprié le texte à leur manière, retrouvant la dimension de contemplation ou d’écologie humaine qui fait partie de l’écologie intégrale. Pour tous, la question maintenant est de passer aux actes.

Comment faire ?

B.-M. D. : Le défi est aujourd’hui d’être convaincus de l’importance de cette transformation écologique. Il s’agit de vivre Laudato si’, pas seulement de la citer. Nous avons donc besoin de témoins convaincus et vivant ce qu’ils disent. Les témoins eux-mêmes ne savent pas toujours qu’ils le sont : ce qu’ils font est parfois imperceptible, peut sembler infinitésimal par rapport aux grandes décisions économiques. Mais ce témoignage est ce qu’on demande aux chrétiens.

 

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Un manuel d’application

Plusieurs hauts responsables du Saint-Siège doivent présenter aujourd’hui un texte de plus de 200 pages, qui se veut un manuel d’application de l’encyclique Laudato si’ et a été élaboré par plusieurs dicastères de la Curie. « C’est une sorte de compendium de l’encyclique », détaille Mgr Duffé, pour qui « il s’agit d’offrir des propositions concrètes et pédagogiques, des pistes d’action, des bonnes pratiques ». « Les évêques nous disaient manquer d’outils », reconnaît-il, soulignant que « le Vatican est là pour encourager les initiatives locales, en veillant à ce que certains points ne soient pas oubliés ».

Recueilli par Nicolas Senèze, à Rome

 

 

21 septembre 2019 (à Albano, Italie) : Fresque murale de l’artiste Mauro Pallotta, alias MAUPAL, qui représente le pape François nettoyant le ciel, à l’aide d’une raclette, afin d’en faire disparaître toute pollution. / M.Migliorato/CPP/Ciric

 

Et voir également :

« Générations Laudato si’ », un livre-enquête sur l’impact de Laudato si’ dans l’Église de France

 

Cinq ans après la sortie de Laudato si’, quel chemin l’encyclique a-t-elle parcouru dans les consciences des catholiques français ?

Le père Dominique Lang, religieux assomptionniste et journaliste au magazine « Pèlerin », propose avec « Générations Laudato si’ », en librairies jeudi 18 juin, une enquête vivante et documentée sur une lente prise de conscience.

L’encyclique Laudato si’ est-elle devenue, cinq ans après sa parution, un moteur de changement concret dans l’Église ?

Dominique Lang, prêtre, religieux assomptionniste et journaliste au Pèlerin (1) a enquêté en France sur la réalité de la conversion que le pape François appelle de ses vœux : « Avec ma double casquette de journaliste et de prêtre, j’ai essayé d’être un observateur de la manière dont une encyclique aussi impressionnante peut être accueillie dans la vie ordinaire de nos paroisses et de nos diocèses, de nos monastères et de nos maisons ».

Plongée dans les milieux écolo-chrétiens

En 18 courts chapitres, « Générations Laudato si’ » (2) mêle reportages vivants dans les milieux écolo-chrétiens et observations de l’auteur sur les résistances et les forces de transformation au cœur de l’Église de France. C’est d’abord dans les lieux catholiques, toujours plus nombreux, qui mènent une révolution écologique discrète que nous emmène le journaliste : ici, un monastère devenu trop vaste pour ses sœurs, qui lui cherchent une nouvelle vocation. Là des communautés de laïcs qui créent un projet d’insertion pour personnes précaires grâce au travail de la terre. Ailleurs, une paroisse qui retrouve du souffle grâce à une conversion écologique.

Outre cette plongée dans la marmite frémissante de ceux qui s’engagent pour la protection de « la maison commune », Dominique Lang réussit à dépeindre d’une plume enlevée les clivages générationnels et les différentes sensibilités des croyants face aux problématiques environnementales. Qu’on parle d’OGM, d’énergie nucléaire, ou de bio’, le consensus chez les chrétiens n’a rien d’évident.

Sortir des débats stériles entre générations

« Au fil de mes interventions dans les paroisses, j’ai réalisé aussi à quel point il est urgent que les générations se mettent davantage à l’écoute les unes des autres. Car si nous sommes tous invités à des formes de conversion concrète dans nos modes de vie, il faut reconnaître que celle-ci ne peut pas s’opérer de la même manière dans l’énergie de ses trente ans ou dans la sagesse de ses quatre-vingts années », expose l’auteur, qui décrit là, l’embarras pour certains fidèles de trouver leur place dans la révolution culturelle Laudato si’. « Critiquer simplement la consommation abondante de viande des aînés, sans noter que pour une génération qui en a manqué, cela reste un acquis positif, est une manière d’entretenir des débats stériles entre nous », estime-t-il. À l’inverse, décourager cyniquement les nouveaux modes de vie qu’assument courageusement parfois des plus jeunes relève aussi d’un manque de respect »

Les désaccords posés, l’ouvrage a le mérite de ne pas se limiter à une promenade émerveillée dans les jardins partagés qui émergent partout sur son chemin. Dominique Lang cherche à mesurer rigoureusement la profondeur du changement opéré par les diocèses, les paroisses et les différentes communautés religieuses. Et défie les chrétiens de changer de regard, estimant que certains d’entre eux continuent de tenir « l’écologie contemporaine comme une forme de religiosité concurrente à celle du christianisme ».

Optimiste, il observe une vraie dynamique positive inspirée des enseignements de l’encyclique, sur le versant environnemental au moins. Car si le prêtre-journaliste déplore que trop souvent les dimensions éminemment sociale et spirituelle du texte ainsi que son approche intégrale du monde ne soient pas toujours bien comprises, c’est surtout sur le critère écologique qu’il propose d’évaluer la réalité des transformations. Quitte, par exemple passer rapidement sur l’impact qu’a pu avoir Laudato si’ dans le domaine de la solidarité.

Héloïse de Neuville

(1) Propriété du groupe Bayard, éditeur de La Croix.

(2) Générations Laudato si’ de Dominique Lang, Bayard, 220 pages, 17,90 €.

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