MAPRAA : Il est permis de se poser la question : Les Arts plastiques et visuels font-ils encore pleinement partie de la culture ?

Publié le par Michel Durand

Alain Lovato

Alain Lovato

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Les responsables de l’Église à Lyon dont la mission est de prendre en compte tous les éléments culturels contemporains se sont engagés à organiser la douzième biennale d’art sacré actuelle (BASA).

Actuellement, je n’en observe aucune trace.

Cela montrerait que les arts plastiques, encore appelés arts visuels, ont peu de poids dans les orientations ecclésiales. Littérature, théâtre, musique sont mieux cotés. Est-ce parce qu’ils sont plus directement utiles à l’expression de la liturgie ? S’il en est ainsi, on oublie majestueusement, que tout rassemblement a besoin d’une architecture, d’un décor, d’un espace visuel.

Le courriel que je viens de recevoir montre que la question n’est pas seulement celle de l’Église catholique. À la MAPRAA dont des membres composaient la commission de sélection, les artistes se posent des questions qui peuvent rejoindre ce que j’éprouve. Lisons ce qu’ils écrivent.

 

 

Grand débat, Rapport Racine, Covid 19… et artiste-auteur ? »

  

Il y a 37 ans, la MAPRAA (Maison des Arts plastiques et visuels Auvergne-Rhône-Alpes) a été créée pour la prise en compte globale du monde des Arts plastiques et de ses auteurs. Aussi conçoit-elle son travail par une information sur la réalité objective de la chaine, artistes, diffuseurs, médiateurs, acheteurs…

Le contexte actuel nous donne l’occasion d’essayer d’attirer une fois de plus l’attention sur le domaine des Arts visuels peu ou pas connu du public, mais aussi (?) du politique et de la presse, d’attirer le regard sur l’artiste et ici particulièrement sur celle et celui qui vivent et travaillent en Région.

Il est un fait - que ce soit sur des estrades ou ailleurs - les discours des politiques (toutes tendances) sur la culture, sont avant tout centrés sur le spectacle vivant, sur le théâtre en particulier ses acteurs ses artistes (*a).

Il n’est que très rarement question ou jamais d’Arts visuels (parents pauvres des politiques culturelles) ou alors en brève parenthèse en fin de discours. Il est encore moins question de celles et ceux qui dans ce domaine produisent l’objet de culture, l’objet de l’Art : l’Artiste auteur.

Il est permis de se poser la question : Les Arts plastiques et visuels font-ils encore pleinement partie de la culture ?

Les médiats généralistes (papier, télé, radio…) participent à cette situation et la renforcent. Il est question de la presse généraliste (quotidiens, hebdomadaires, mensuels …) et particulièrement dans les Régions où elle ne donne que très rarement, voire jamais de place aux Arts plastiques et aux artistes, privilégiant avant tout les grands évènements déjà très identifiés (*b)Un artiste connu, ou qui fait « scandale » est aussi un « bon client ». Il devient alors plus vendable, mais donne aux publics une fausse image du créateur et de ses réalités.

Faut-il s’intéresser à l’Artiste-auteur, uniquement quand l’un d’eux se trouve sous les projecteurs du marché, aux structures et à leurs projets que dans une logique commerciale et de buzz ?

 

Grand débat, Rapport Racine, Covid 19 … et artiste-auteur ?

 

Le « Grand débat » a donné l’occasion de parler Arts visuels entre élus et organisations représentatives d’artistes. Le « Rapport Racine » pose des questions sur la situation de ses auteurs et formule même vingt-trois préconisations. Nous ne pouvons que nous réjouir que certains s’aperçoivent enfin que les arts visuels existent ainsi qu’une catégorie d’artistes appelés auteurs. Mais qui sont-ils réellement ?

À différents niveaux chacune et chacun a sa place et son importance. Qu’ils soient d’ici, d’ailleurs, du rural ou de l’urbain, reconnue.es ou non sur le moment, passant ou non (en France) par la « machine institutionnelle », c’est évidemment celle et celui qui, dans le temps, participe à écrire l’Histoire de l’Art, contribue à remplir les Musées et fait patrimoine. Celle et celui qui au début de la chaine dans toutes les diversités d’univers (*c) de provenance, de cursus, de générations, de médiums, de techniques, de matériaux, de non-matériaux, crée l’œuvre, l’économie de la filière et les salaires de beaucoup.

N’ayant aucune possibilité de nuisance économique directe donc de pression, ils sont fragiles et souvent négligés.

La destinée de celle et celui qui produit, est-elle - dans tous les domaines – uniquement de faire vivre les intermédiaires et les collatéraux ? (*d) 

Et puis, le Covid 19, avec la situation dramatique de beaucoup ainsi que de lieux.

Et puis l’intervention du Président de la République du 6 mai surtout centrée sur le cinéma et le théâtre.(*e)

Alors sans procès d’intention, mais avec l’expérience de décennies d’engagement, de rencontres, de réunions, d’échanges et de promesses vite oubliées (entre autres électorales) nous attendons les suites concrètes. Rendez-vous donc rapidement, mais aussi à moyen et long terme.

 

La parole des artistes ?

 

La parole publique leur est très rarement donnée, car il existe de nombreux « spécialistes » surtout institutionnels ou para institutionnels qui « savent », prennent la parole à leur place et finalement leur prennent la parole. Ils « connaissent », s’expriment, mettent en place des dispositifs alors que certains n’ont parfois jamais mis les pieds dans un atelier ou rencontré es concernés.es qui peut-être y meurent en silence. Ou bien n’en rencontrent qu’une catégorie, celle qu’ils ont prédéfinie.

Attention à ne pas confondre la parole individuelle de l’artiste somme toute intéressante, qui parle de son travail et de sa vision personnelle de la création. Il est ici question de la parole collective portée par les structures représentatives et traitent de réalité collective.

Le reproche récurent qui est fait par certains à l’artiste de ne pas être structuré est irrecevable. Il existe des organisations professionnelles, associations représentatives et syndicats.

Alors après le Grand débat, le Rapport Racine, le Covid 19, et leur cortège de promesses… À suivre … 

 

 

 (*a) - Attention, comme toujours il n’est pas ici question de concurrence. Les Arts visuels sont solidaires avec le spectacle vivant, sensibles à ses problèmes et les artistes sont souvent spectatrices / spectateurs.

 

(*b) - Là encore, il n’est pas question de concurrence. Nous revendiquons évidemment tous les lieux d’exposition et événements grands ou petits, très connus ou peu. Il n’y en aura jamais assez. 

(*c)  A l’image de la Société, la qualité et la pertinence de l’œuvre existent dans tout l’éventail des différences et « fonctionnent » sur des modes différents. La prise en compte de cette réalité offre les meilleures passerelles vers les publics. 

(*d) - Ce plaidoyer pour les artistes et les arts plastiques n’est dirigé contre personne, chacun à sa place est indispensable et l’artiste en a besoin, ils sont tous à différents niveaux dans la même histoire. Privés ou associatifs, la destinée des lieux de diffusion est intimement liée à celle de l’artiste.

Ce texte souhaite simplement attirer l’attention sur l’existence et la situation dramatique de celle et celui qui se trouve au début de la chaine. 

NOTE : Je profite de ce mot pour rappeler aussi à tous, politiques et surtout presse nationale (papier, télé, radio et autres…) s’exprimant de Paris que la terre est ronde, et que Paris n’est donc pas le (seul) centre du monde.

Passé le périphérique extérieur c’est encore la France, (peu sensible à ses bouchons) un grand territoire qui n’est pas que synonyme de vacance, neige, plage, cuisine, folklore et il y a autre chose que la météo et le foot. 

 Alain Lovato 

Président de la MAPRAA

18/05/2020

 

MAPRAA / Maison des Arts plastiques et visuels Auvergne-Rhône-Alpes

9 rue Paul Chenavard, 69001 Lyon - 04 78 29 53 13 – map@mapra-art.org

 

Autofinancée en partie, la MAPRAA est financée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la Ville de Lyon et la DRAC A-R-A

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