Paule Gonnet, religieuse pradosienne sous le nom de Sœur Vincent, dans un entretien enregistré vers 1980 parle de son engagement dans l’Église

Publié le par Michel Durand

Antoine Chevrier, Marie Boisson fondateurs de la Providence du Prado à Lyon Antoine Chevrier, Marie Boisson fondateurs de la Providence du Prado à Lyon

Antoine Chevrier, Marie Boisson fondateurs de la Providence du Prado à Lyon

Dans cette page, je parle de la famille du Prado en donnant d’abord un extrait de l’entretien que j’ai eu avec Paule Gonnet, puis, en fichier joint, la retranscription de l’ensemble de l’entretien réalisé dans les années 80.

Vous connaissez Sœur Vincent, son nom de religieuse au Prado ?

Alors, je vous invite à collaborer à la mise en place de cette mémoire en corrigeant ce qui vous semble nécessaire.

Vous avez des photos ? Merci de me les montrer. Elles pourraient accompagner ces pages.

Michel Durand - Est-ce que vous pourriez dire, par rapport au rationalisme, si vous ressembliez plus à votre père qu'à votre mère ?

Paule Gonnet - Je crois bien que j'étais vraiment des deux côtés.

Michel Durand - Oui

Paule Gonnet - Voyez, encore aujourd'hui, je ne peux pas me faire  à une religion qui recherche les choses extraordinaires. Pour moi, vous voyez, c'est Saint Thomas d'Aquin, il y a un accord profond entre  les plus humbles réalités terrestres et les réalités spirituelles, c'est vraiment un tout. Alors mon père nous établissait dans un monde très ferme, très solide, très structuré et même conditionné, socialement, voyez, il était d'une bonté extrême pour les pauvres par exemple dans son service on gardait les clochards, il était en psychiatrie, mais on gardait les clochards qu'on accueillait jusqu'au retour du soleil, c'était un homme d'une bonté profonde, mais avec des préjugés bourgeois et puis alors sa culture, qui était une culture tout-à-fait démodée, voyez, il lisait le Grec, le Latin, il savait l'Allemand, c'était un homme qui a étudié toute sa vie, en faisait tout  de même un mandarin. Je ne donne pas au mot mandarin un sens péjoratif qui serait méchant, mais, nous ses filles, enfin les deux aînées qui sommes rentrées au Prado nous ne partagions pas du tout sa façon imprégnée des principes de la bourgeoisie, que voulez-vous, de voir les choses.

Michel Durand - Et comment étaient vécus chez lui, la foi et le rationalisme ?

Paule Gonnet - Alors la foi était vécue de la façon suivante ; il avait été, vous savez, de cette génération de 1914, très forte au point de vue humain, et alors il avait fait une promesse ; avec maman avant, ils se sont connus, ils avaient 4 ou 5 ans, c'étaient des amis d'enfance, les deux familles se connaissaient et quand, il a toujours, il n'a jamais pensé qu'à elle et quand il l'a demandée en mariage, elle a mis très longtemps à dire "oui" parce qu'elle était heurtée par cette espèce de refus d'une religion vécue tout simplement, sans faille, alors elle a exigé qu’il s'engage à ne jamais manquer sa messe, à faire ses Pâques et à élever chrétiennement ses enfants. Et alors c'était vraiment un mariage d'amour au sens le plus beau du terme ; il n'a jamais manqué à ses engagements, Voyez, le dernier dimanche avant sa mort, il est mort le jeudi, et le dimanche j'étais au Bois. d'Oingt avec lui, il avait une peine extrême à marcher à ce moment-là ; eh bien, il a été à la messe, je lui ai donné le bras et il a assisté à cette dernière messe. Et je vous assure que quand il était à l'église, on sentait un homme qui vivait en profondeur. Alors il y avait ce mélange, c'est sûr.

Michel Durand - Il s'en expliquait ?

Paule Gonnet - Non, jamais. Voyez, la grande souffrance de ses dix enfants ça a été que mon père était un homme très réservé, très Lyonnais, alors, profondément Lyonnais, voyez le Père Chevrier a aussi de ces traits là qui ont fait que le Père Six a pas du tout vu clair, il n’a pas du tout vu qui était le Père Chevrier, il n’est pas Lyonnais. Ce sont des gens, mon père le disait, ce n’est pas parce qu'on ne dit pas qu'on ne sent pas et voyez nous n'avons jamais pu, avec lui, nous expliquer sur ce plan religieux. Mais alors maman avait une influence énorme au fond et, voyez, c'était pareil pour nous, nos passions, toutes les fois qu'il y avait… Par exemple pour ma vocation, c'était terrible pour lui, j'avais fait des études, je devais être professeur, je n'avais jamais parlé de vocation religieuse, ça a été terrible pour lui. il a respecté ma liberté, c'est tout, il ne m'a pas approuvée, sûrement pas.

Entretien avec Paule Gonnet, sœur Vincent chez les religieuses du Prado

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