La spiritualité est l’adversaire le plus fort du capitalisme consumériste et financier qui attaque la question du sens ne pensant que profit

Publié le par Michel Durand

La spiritualité est l’adversaire le plus fort du capitalisme consumériste et financier qui attaque la question du sens ne pensant que profit

 

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Vendredi 18 septembre, à l’eucharistie de 18 h, en disant quelques mots sous mode d’homélie à la chapelle du Prado, j’ai cité un article du quotidien libération : Écologistes : et Dieu créa la flamme.

Je le donne à lire en ce lieu, car il me semble bien se situer dans la ligne d’En manque d’Église.

L’évangile citait la présence de femmes auprès de Jésus et des Douze (les apôtres). J’ai souligné le concret de leur présence. Ces personnes prenaient sur leur ressource personnelle pour répondre au besoin du moment. C’est du concret. Cela me fait penser à l’important nombre de femmes qui agissent bénévolement dans les associations de soutien aux dit «sans papiers ». Voir ici

 

Par Charlotte Belaïch — 14 septembre 2020 à 20:01 :

<< Les municipales ont mis en avant de nombreux nouveaux venus à EE-LV assumant leur foi chrétienne, des parcours religieux ou spirituels bien plus rares qu’à droite. Ces militants ont été renforcés dans leur double conviction par la publication de l’encyclique du pape consacrée à l’environnement.

 

Dimanche 28 juin. Une petite vague verte vient de déferler sur les villes de France. Sociologue, spécialiste de l’écologie politique et des Verts, Vanessa Jérôme dresse le profil des nouveaux édiles : une bonne partie d’hommes blancs, d’une quarantaine d’années, diplômés, issus des CSP +, politisés à gauche... et catholiques. Le lien entre l’écologie politique et la croix peut surprendre. Vanessa Jérôme explique : « A priori, on ne voit pas bien comment ça peut faire sens, car le parti a très vite pris position dans les débats de société sur lesquels les Verts sont très ouverts. Mais il y a eu des catholiques dans toutes les générations de militants.»

Une variété de Verts venue de la gauche catho qui a irrigué le monde associatif et politique : ils sont passés par les JOC, JAC et JEC (les jeunesses ouvrières, agricoles et étudiantes catholiques), ont participé aux communautés Emmaüs, citent en exemple les prêtres ouvriers, parlent de leur engagement tiers-mondiste et se définissent comme solidaristes. Souvent critiques de l’Église, ils convoquent l’Évangile pour expliquer en quoi le catholicisme a nourri leur engagement. Avec cette phrase qui revient : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.» « Il y a un fil qui va du monde catho à la gauche au nom de la solidarité, analyse l’ex-député vert Alain Lipietz, lui-même façonné par le moule catholique. À partir des années 80-90, avec son tournant libéral, le PS a mis de côté le souci des pauvres, donc les chrétiens sont allés vers les Verts.»

 

Gêne

Le quinquennat Hollande et deux années de vallsisme ont fait le reste. Conseillère municipale à Roubaix, catho et écolo, Myriam Cau explique : « La gauche traditionnelle a failli sur l’ouverture aux autres, avec les propos de Valls sur les réfugiés, notamment. Sur les droits de l’homme, les inégalités, la dignité humaine, il n’y a pas de parti plus bienveillant que les Verts, donc quand on a une foi chrétienne, on s’y sent très bien.» Peut-être aussi y a-t-il plus de place pour la foi dans un parti qui, à la différence de la gauche traditionnelle qui s’est construite sur un terreau anticlérical, n’a pas fait du modèle républicain une religion d’État.

Mais contrairement à une droite qui arbore fièrement la croix, les Verts issus de la matrice catholique ne le revendiquent pas. « Le rapport de l’écolo au catholicisme est plutôt un rapport de recrutement militant que de recherche électorale, analyse Vanessa Jérôme. On ne fait pas une fierté d’être catho. Au mieux, on ne le cache pas.» Ancien maire de Wattwiller, ancien sénateur du Haut-Rhin, encore écolo, toujours catholique, Jacques Muller range sa foi au rayon des « affaires privées » : « Je n’ai jamais hésité à en parler avec les copains. Ils m’appelaient "boy-scout Jack" pour me charrier, mais je me suis toujours refusé d’en faire état à des fins électorales. Les partis chrétiens, ça me file des boutons.» Une question de rapport à la laïcité donc, mais pas seulement. Il y a aussi une gêne qu’on devine plus personnelle. Contacté par Libération, le cabinet de Léonore Moncond’huy, ancienne scoute devenue maire EE-LV de Poitiers en juin, explique : « La croyance et la foi ont influencé son engagement, mais elle n’est pas à l’aise sur le sujet.»

Cécile Duflot, dont la page Wikipédia affiche une étonnante mention « religion : catholique » en dessous de la liste de ses fonctions - secrétaire nationale des Verts, ministre du Logement, députée -, a confessé sa foi chrétienne en 2009. Une réaction, plus qu’une décision, face au sentiment d’injustice qu’elle ressent en constatant qu’on demande à Rachida Dati ou Najat Vallaud-Belkacem ce qu’elles pensent du voile. « Moi, on ne m’a jamais demandé de me positionner sur quoi que ce soit qui ait un rapport à la religion. J’ai senti le privilège catho », raconte celle qui a passé sa jeunesse dans des mouvements chrétiens.

L’aveu n’a rien d’évident : « Les écolos sont très scientifiques et la croyance peut sembler irrationnelle, ça relève d’un autre rapport au monde. Même moi, je n’étais pas en paix avec cette question, ça me contrariait de croire, ça contrariait mon esprit scientifique.» Il y a aussi les positions de l’Église qui heurtent la féministe, issue de la « génération sida ». Des propos - sur la contraception, la place des femmes, la famille ou l’avortement - qui ont fait rompre certains Verts avec l’institution religieuse. Alain Lipietz en fait partie. « L’idéologie dominante chez les cathos, c’est le mépris de la chair, de la matière, regrette celui qui a progressivement coupé le lien et se définit aujourd’hui comme agnostique. Sur les femmes ou la contraception, qui sont des chapitres importants d’EE-LV, il y a un affrontement très clair. Les JOC et autres associations nous ont poussés à l’engagement et finalement on les a mis en crise parce qu’on s’est engagé trop fort en 68.»

 

« Trublions »

Pour les catholiques qui sommeillent dans les écolos, la vision de la nature est aussi un sujet de crispation. « Saint Paul dit "mangeons et buvons, car demain nous mourrons", c’est une déclaration de guerre à l’écologie », poursuit Alain Lipietz. Mais ça, c’était avant le pape François. « L’Église a fait une lecture très partielle des textes en se focalisant sur la phrase "Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la Terre et soumettez-la", mais l’encyclique (Laudato Si, publié par le souverain pontife en 2015) fustige cet anthropocentrisme et invite les catholiques à changer leur regard sur la nature », estime Jacques Muller.

Consacré à l’environnement, ce texte a fait pousser un long soupir de soulagement aux écolos remués par cet antagonisme. « Le discours du pape a tout changé », affirme Cécile Duflot. « Pour des gens comme moi, ça a été une bombe, ça m’a raccrochée à l’institution », abonde Myriam Cau.

Jacques Muller analyse : « J’ai toujours estimé que ma foi ne pouvait pas ne pas déboucher sur une voie politique, mais je faisais plutôt partie des trublions. Le catholicisme a souvent fonctionné comme les pompiers : la doctrine sociale de l’Église disait "il faut faire attention aux plus pauvres", en s’engageant dans des œuvres caritatives, mais sans s’attaquer aux racines du mal, le système économique dominant. » L’encyclique, justement, appelle à changer de mode de vie et à s’engager collectivement face à la crise environnementale. Une conception rappelant la théologie de la Libération, dont se sont inspirés de nombreux mouvements altermondialistes, qui place au cœur de la religion le combat pour l’émancipation des précaires, qui va de pair avec une préoccupation environnementale, et a trouvé un terrain fertile en Amérique latine.

Même les laïcs sont sous le charme. « Tout écolo se retrouve facilement dans les écrits du pape, même si on ne décrit pas les choses avec les mêmes mots. Moi je parle du "vivant", pas de "création", mais c’est le même diagnostic et la même analyse», explique Grégory Doucet. Le 8 septembre, le nouveau maire EE-LV de Lyon a en partie séché la traditionnelle cérémonie du Vœu des Échevins dans la basilique de Fourvière, à laquelle ses prédécesseurs se rendaient sans faute. Une question de respect de la laïcité, selon lui. Au lieu de se rendre dans l’église, l’édile s’est adressé depuis le parvis « aux catholiques pour faire le lien entre les valeurs qu’[il] défend en tant qu’écolo et la récente interprétation des valeurs chrétiennes faite dans Laudato Si ». Sur la place de l’homme dans la nature, le souci des plus fragiles ou encore dans l’éloge d’une forme de sobriété, « des liens plutôt que les biens », comme le disent les Verts, évangiles et écologie politique se répondent.

Cette lecture religieuse nourrissait déjà le combat des écolos cathos. « Une fois que vous avez mis la paire de lunettes catho, vous pouvez relire la doctrine écolo », sourit la sociologue Vanessa Jérôme. Pour Éric Piolle, maire EE-LV de Grenoble « pratiquant non croyant », c’est la spiritualité en règle générale, plus que le catholicisme en particulier, qui entre en résonance avec l’engagement écolo. « La spiritualité est sans doute l’adversaire le plus fort du capitalisme consumériste et financier qui attaque la question du sens pour ne penser qu’en termes de profit, explique l’élu. Les communautés de croyances sont donc des espaces de contestation, puisqu’elles questionnent cela. L’objectif de mon engagement, c’est justement de réintroduire de la spiritualité dans la politique. Collectivement, nous avons besoin d’une mythologie commune. Il faut donc conjuguer nos imaginaires pour avoir un cap commun.»

Cécile Duflot va dans le même sens : « Dans toutes les religions il y a une dimension de transcendance, et dans l’engagement aussi il y a cette conscience qu’il y a quelque chose qui nous dépasse, de plus large que soi. Dans les deux cas, on sort d’une vision très matérialiste et court-termiste de l’existence.»

 

Liberté

Cette croyance religieuse, conjuguée aux convictions politiques, fait-elle des militants différents ? Tous les écolos interrogés assurent que leur foi n’entre pas en jeu dans leurs choix politiques, mais forcément, elle imbibe leur corpus idéologique. « Ma structuration spirituelle, philosophique, anthropologique est imprégnée de l’Évangile, que je continue à travailler : j’y trouve des axes de réflexion », confirme Piolle.

C’est rare, mais la matrice catholique peut placer ces écolos en position de désaccord vis-à-vis de leur parti. « C’est vrai que j’ai du mal à comprendre pourquoi les Verts, qui se battent contre les manipulations génétiques dans l’agriculture, ne considèrent pas que celles des embryons peuvent poser de graves problèmes, admet Jacques Muller qui estime que « la vie ne nous appartient pas ». Cela tombe bien, les Verts ont toujours valorisé la liberté de positionnement. « C’est pour ça qu’on est bien aussi chez les écolos, juge Myriam Cau. Ce qui prévaut c’est ma conscience, pas ce qu’a décidé le parti parce qu’il y a quelque chose de transcendant au-dessus de moi.» La conseillère municipale réfléchit en parlant : « Cela fait peut-être des militants plus libres, qui ont aussi une forme de solidité liée au fait qu’on sait pourquoi on agit, un peu comme les militants communistes, qui le tiennent d’un autre ressort, mais ont cette vraie ossature personnelle.»

La croyance induit surtout un autre rapport à « l’espérance », un mot qui revient beaucoup dans la bouche de ces écolos. « Je pensais que je risquais d’être déprimée après chaque échec électoral, et en tant qu’écolo, on connaît beaucoup d’échecs ! Mais il y a toujours une forme de noyau lumineux, l’idée qu’on dépose des petits cailloux, qu’on n’est qu’un maillon de l’histoire. Si je parlais en langage catho, je parlerais de l’espérance en la vie éternelle », avance Cécile Duflot.

Alors que la menace de l’effondrement gronde, cette caractéristique peut être une force, selon Jacques Muller. « Les cathos ont quelque chose à apporter au mouvement politique dans cette perspective, analyse l’ancien sénateur du Haut-Rhin. Ce qui fonde l’approche chrétienne, c’est que les forces de vie l’emportent sur celles du mal. Ça permet de se projeter dans le long terme, même si notre civilisation est vouée à s’effondrer : jeter les bases de la société désirable de demain avec la certitude que ça va germer.» >>

 

 

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