Tu avais les mêmes convictions, la même colère face à une Église, selon toi, centrée sur elle-même, souvent frileuse dans ses engagements

Publié le par Michel Durand

Statuette de la vierge Marie avec l’enfant Jésus (sculpture malgache) photographiée dans son appartement de Lyon 8ème

Statuette de la vierge Marie avec l’enfant Jésus (sculpture malgache) photographiée dans son appartement de Lyon 8ème

Bernard Widemann

 

Témoignage d’une dame à la prière eucharistique pour le dernier à Dieu au Père Bernard Widemann, prêtre du Prado (lundi 24 août 2020).

 

<< Comment dire ce que Bernard était pour moi : un grand ami, un frère, un confident, une épaule sûre.

Ma peine est grande aujourd'hui.

Toujours présent à chaque instant de ma vie lors d'événements heureux et de peine, et il y en a eu beaucoup... accompagnant mes proches jusqu'à leur fin de vie.

Il y a plus de 45 ans que l'on s'est rencontrés pour la 1re fois à Gerland au cours des rencontres de la Jeunesse ouvrière catholique (JOC). J'étais ado. Tes silences, tes attitudes pouvaient surprendre...

Tu écoutais plus que tu ne parlais...

Tu venais d'arriver sur la paroisse venant d'un centre éducatif pour jeunes en difficulté, où tu étais aumônier.

Tu pouvais être aussi surprenant dans tes homélies de par ton langage, tes mots et ta manière de nous présenter l'Évangile.

 

À l'image de Jésus, tu as été attentif, combatif pour les plus pauvres, les exclus, les migrants, participant aux manifestations avec les travailleurs, auprès des grévistes de Lenzbourg, de Calor et bien d'autres, n'hésitant pas au cours de tes messes à réveiller les paroissiens en leur expliquant ce qui se passait près de chez eux, à leur porte, un micro se promenait dans l'église et tous pouvaient s'exprimer.

Bernard a écrit : « Jésus n'aime pas voir les gens dessus et les gens dessous »

À l'image de Jésus, tu es parti travailler pour la construction du barrage du Mont Cenis, en simple anonyme, pour une immersion complète dans la pâte humaine. Le travail était dur, un chantier gigantesque, pendant plusieurs années à partager le quotidien des « frères de lutte, comme tu le disais, ça ne s'oublie pas »... Les dernières années où ta mémoire était quelque peu défaillante, tes yeux s'illuminaient lorsque tu regardais la photo de ton copain, minuscule au pied de l'énorme engin de chantier. Que de belles choses tu disais avoir vécu avec eux !...

À l'image de Jésus, quand tu étais à Mermoz tu as proposé des rencontres sur le thème « l'Évangile aux couleurs de la vie». Tu m'as fait découvrir : l'Évangile dans la vie de tous les jours, et pas seulement dans des écrits bien lisses.

Le Notre Père décortiqué façon Bernard qui interroge à chaque ligne.

Cette lecture de l'Évangile m'a fait grandir, m'a interpelée dans ma foi et maintenant souvent je dis ne pas croire en Dieu, mais croire en Jésus, l'homme qui donnait la parole aux invisibles, aux rejetés, aux femmes dites de « mauvaise vie ».

À l'image de Jésus, accueillant chacune et chacun, avec ses différences, tu as su être à l'écoute de jeunes lesbiennes, qui au cours de rencontres informelles ont pu exprimer leurs difficultés rencontrées avec leur famille, face à une société intolérante, et faire un bout de chemin dans un lieu où elles se savaient accueillies, sans être jugées.

À l'image de Jésus, tu es parti à Madagascar auprès des plus pauvres. Ces années sont restées gravées dans ta mémoire. Ce fut pour toi, un déchirement d'être obligé de rentrer en France. Là-bas, tu as vécu de grandes et belles choses, et des drames. Tu disais qu'ils t'avaient appris ce qu'est la vie. Tu y avais de nombreux amis de JOC, d' ACE et beaucoup d'autres...

 

Tu as fait des rencontres marquantes telles qu’Odette, Jociste Rwandaise retrouvée assassinée et tu me disais être guidée par ses mots qu'elle t'avait écrits : « Luttez avec les sans voix et les plus négligés de votre peuple. C'est par les plus petits que le peuple de Dieu sera sauvé ».

Bien plus tard, tes 6 dernières années se passèrent à l'Ehpad.

Bien que tes souvenirs se soient effacés et la communication plus difficile, nous parvenions quand même un peu à échanger, car je connaissais bien ton parcours et tes idées !...

Merci à celles et ceux qui t'avaient installé dans ta chambre, un mur de photos représentant ton parcours, ce qui te permettait d'avoir quelques flashs de souvenirs sur les faits marquants de ta vie : Barrage du Mont Cenis, Manifestations, Odette, et bien sûr, Madagascar...

Tu avais toujours les mêmes convictions, la même colère face à une Église, selon toi, centrée sur elle-même, souvent frileuse dans son engagement, quelque peu hors du temps et des vrais problèmes de la société d'aujourd'hui, les mêmes interrogations face à ce qui se passait dans le monde, où face à des faits de société, à notre porte, tel ce petit enfant Rom, gisant, mort sur un trottoir de la ville de Lyon, que tu me montrais à chacun de mes passages...

Résigné, n'ayant plus les mots, tu repliais tes bras sur ton corps et tu portais en prière la souffrance du monde, ce que tu ne pouvais plus faire en action.

Pourrait-on te qualifier de rebelle ? Non ! tu étais un représentant de Jésus tel que l'Église d'aujourd'hui devrait souvent s'inspirer...

Juste une petite anecdote : lors des obsèques de ma fille, célébrées par Bernard, un de mes amis athées m'écrit après la célébration, en parlant des prêtres : « Si tous les radis noirs étaient comme Bernard, alors j'irais tous les dimanches à la messe » !    (à méditer)

J'aurais tellement de choses encore à vous dire, tant les échanges de toute une vie ont été denses et enrichissants, mais tous ceux qui sont présents ont vécu des richesses avec Bernard.

Alors Bernard je te dis merci de t'avoir rencontré, de ton soutien sans faille, il me reste maintenant tous tes écrits, tes dessins reconnaissables entre tous où il y avait toujours, dans un coin, « la petite vieille » comme tu disais, témoin de ces misères et de ces espoirs, tes photos, tes livrets qui sont ma bible aujourd'hui, où à chaque page le plus petit, le plus pauvre est présent.

Quel exemple de vie tu as donné à tous ceux qui ont croisé ton chemin.

Tu me tiendras quand même toujours la main de là où tu es, même si l'on ne se voit plus tu seras bien présent., tu seras dans mon cœur. Je ne t'oublierai jamais.

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