Se rassurer en invoquant la patience? Faire confiance ou être «sauvé», c’est accepter une présence mystérieuse qui chemine avec nous.

Publié le par Michel Durand

Se rassurer en invoquant la patience? Faire confiance ou être «sauvé», c’est accepter une présence mystérieuse qui chemine avec nous.

À défaut d’écrire moi-même, pendant cette période, je donne à lire des textes qui me parlent à 100 %

 

Coronavirus : quelle « Bonne nouvelle » chrétienne apporter en temps de pandémie ?

Tribune : Guy Aurenche, avocat honoraire,
Monique Hébrard, journaliste et auteure,
et Jean Pierre Rosa, philosophe et bibliste,
proposent ce texte pour contribuer à nourrir les paroles d’espérance à proposer en ces temps de grande incertitude.

La Croix le 26/10/2020

 

La pandémie ne cesse de nous surprendre. À la fin du confinement nous étions nombreux à nous réjouir des solidarités qui avaient apporté de la lumière en des temps difficiles. Aujourd’hui l’épidémie reprend, désorientant les uns et les autres.

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Il y a d’abord l’angoisse de tous ceux dont les entreprises sont menacées, la montée du chômage et de la misère. Mais il y a aussi un symptôme plus insidieux : la perte de confiance. Les gestes de précaution dans les rapports humains sont nécessaires mais ils peuvent réveiller la méfiance et la peur. Peur de la mort, qu’on ne peut totalement évacuer. Peur de l’autre, porteur possible de mort. Or la peur ne peut que renforcer un individualisme mortifère. Chaque clan, chaque individu, a tendance à se situer au centre. Quitte à critiquer tout le monde et à se méfier de tous, à commencer par les gouvernants et les scientifiques.

Face à cela, une communauté de chrétiens, de « confiants » en une parole de vie, ne peut se taire. La différence chrétienne peut-elle aider chacun, qu’il soit croyant ou pas, à vivre cette période difficile et même à en faire une chance ? Nous retenons trois pistes parmi bien d’autres qui pourraient constituer une Bonne nouvelle en ces temps incertains.

Le pari de la confiance

Il s’agit d’entrer dans une dynamique de confiance. Confiance en soi, en l’autre, en Dieu. Confiance au-delà de la peur, au-delà de la mort.

Faire confiance, c’est parier sur cette dimension relationnelle qui nous constitue en tant qu’hommes. Sans gommer les oppositions, cette confiance permet d’ouvrir entre personnes de convictions, d’opinions ou d’intérêts différents un entretien vivant, un débat authentique pour servir le bien commun.

Il ne s’agit pas de se rassurer en invoquant la patience. Faire confiance ou être « sauvé », c’est accepter une présence mystérieuse qui chemine avec nous. Cela ne supprime aucune épreuve et ne fournit pas de solutions aux maux qui nous assaillent. Cela n’élimine ni la mort ni la contagion.

Mais la vie et la politique prennent alors une autre dimension, comme le développe le pape François dans son encyclique Tous frères.

Un parcours d’alliance

Il ne s’agit pas non plus d’être naïfs ou bisounours. Construire un avenir commun se fait pas à pas, comme un pacte ou une alliance où l’égalité est un but, pas un donné. Rien n’y est réglé auparavant comme dans un contrat – personnel ou social- où les termes sont discutés en amont ; au contraire tout est à faire, dans un dialogue confiant mais parfois rugueux.

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Dans l’Écriture, la dynamique de l’Alliance conduit surtout à nous décentrer, à quitter le souci de soi pour le souci de l’autre. Pour cela nous devons faire de la pandémie une occasion pour avancer vers un plus être-avec ! Sans hésiter à traduire ce geste en des décisions politiques.

Un souffle de création

L’origine « anthropique » du virus n’est plus à démontrer. En détruisant écosystèmes et biodiversité, nous avons rendu notre monde hostile. Face à ce rappel douloureux des limites de notre « puissance suffisante », nous rappelons que nous sommes créés. Quelqu’un a appelé à la vie tous les individus et toute la création. Tout est lié. Tout vient de Lui et tout converge vers Lui. Cette vision du cosmos et de l’humanité comme créatures de Dieu propose une transcendance qui fait de tout être vivant non une créature insignifiante ni un être dominateur mais un humble responsable appelé à la solidarité avec les autres et avec la Terre.

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Nous sommes invités à poursuivre la création au lieu d’épuiser la nature. Ce geste inscrit notre existence dans la force d’une relation d’amour dont le projet est créateur de vie et source d’espérance.

Face à l’incertitude des temps nous pouvons mettre en avant la figure de Jésus qui a parié sur l’homme, est venu jusqu’à lui, a aimé les siens jusqu’au bout, éclairant d’un jour nouveau notre condition d’êtres finis, créés et aimés.

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