Jeudi 26 avril 2007

Dans les conversations de table, notamment à l’occasion du choix d’une présidence pour la France, il arrive souvent que nous nous prononcions pour reconnaître que, si les habitants des riches pays industrialisés ne s’engagent pas de plein grès vers une mode de vie plus simple, plus pauvre, ils devront subir, malgré eux, un appauvrissement non volontaire. Mieux vaut s’y préparer.
Je ressens cet appel à la pauvreté comme une nécessité pour tout chrétien. On ne peut se tourner vers le Christ Pasteur (Thème du 4ème dimance de Pâques) et mépriser, en l’ignorant, la « foule immense de toutes nations ».

Sous la rédaction d’Isabelle de Gaulmyn, la Croix publie les lettres d’un échange entre le Pape et le Président en exercice du G8 et de l’Union Européenne. Je cède à mon désir de vous présenter ces « documents ».
Par ailleurs, récemment, j’ai redécouvert un petit livre d’Alfred Ancel daté de 1973. Il y a 34 ans, l’évêque auxiliaire de Lyon, supérieur du Prado, souhaitait déjà que la Société, dont l’Eglise, prenne en compte : - la surpopulation mondiale, les méfaits des pollutions et la survie de l’humanité – une morale adaptée aux esprits des hommes du XXIe siècle, - les jeunes, la famille, l’université et l’éducation permanente – la défense et l’animation de la cité. Quelle réponse donnons-nous aujourd’hui à tous ces problèmes ?
Nous en reparlerons.
Lisons d’abord cet article de « La Croix » et les deux lettres qui l’ont provoquées.


Benoît XVI fixe les priorités de l'Eglise pour le G8

C'est par un échange de courriers que le pape a fait connaître sa préoccupation pour que soit pris en compte, lors du sommet du G8, le développement des pays les plus pauvres. (Photo : Le Figaro)

En rendant public, lundi 23 avril, un échange de courrier entre Benoît XVI et Angela Merkel, chancelière de l’Allemagne, qui présidera le G8 en juin prochain, le Saint-Siège inaugurerait ainsi une nouvelle stratégie diplomatique. En effet, le pape rappelle, dans ce courrier, les priorités de l’Église catholique en matière de lutte contre la pauvreté dans le monde.

« C’est la première fois que ce pape adresse ainsi un courrier personnel dans le cadre des échanges bilatéraux », explique-t-on à la Secrétairerie d’État.

De plus, il s’agit d’une sorte de programme d’actions précises, et non, insiste le P. Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse, d’un discours « abstrait ou moraliste ». Le pape, poursuit-il, « connaît les difficultés de la tâche politique, et il propose simplement la collaboration claire de l’Église catholique pour des objectifs concernant le bien commun » au nom « d’une même appartenance à la famille humaine ».

Il est vrai que le style rappelle celui d’une lettre de nonce, c’est-à-dire de diplomate… Jean-Paul II, sur ces sujets, choisissait de s’adresser en public, lors des angélus du dimanche notamment. Benoît XVI préfère l’écrit, dans un style plus concret et concis.
Annulation immédiate de la dette des pays pauvres
« C’est intéressant que le pape fixe à l’Union européenne une sorte de rôle moteur dans la lutte contre la pauvreté », estime par ailleurs un diplomate européen en poste à Rome.

D’autres diplomates notent aussi l’accent mis par ce pape sur l’Afrique, déjà perceptible lors de ses deux derniers messages urbi et orbi… Ainsi, Benoît XVI écrit son inquiétude de voir les pays riches incapables d’offrir « des conditions financières et commerciales qui rendent possible la promotion d’un développement durable ».

« L’objectif d’éliminer l’extrême pauvreté avant 2015 sur la planète est l’un des plus grands devoirs de notre temps », écrit le pape à la chancelière allemande.

Il développe pour cela quelques pistes de travail. Ainsi, pour les pays pauvres, Benoît XVI demande à ce que soit créées et garanties des conditions commerciales favorables, ce qui passe par « un accès important et sans restrictions aux marchés ».

Il reprend à son compte la demande d’une annulation immédiate et totale de la dette des pays pauvres fortement endettés, et aussi des pays les moins développés.
Insistance nouvelle sur le trafic des armes et la corruption
Le pape allemand rappelle aussi l’importance de développer l’accès de tous à des médicaments pour le traitement du sida, de la tuberculose et de la malaria, et demande notamment un effort financier pour la recherche d’un vaccin contre la malaria.

Le pape insiste sur la libération des droits de propriété intellectuelle sur les médicaments, une bataille menée depuis quelques années par le Saint-Siège au sein de l’Organisation des Nations unies.

Autre thème, le Saint-Père souhaite voir adopter, par les pays du G8, une réduction significative du commerce des armes. Tout comme d’ailleurs pour le « trafic illégal des matières précieuses » et « toutes les pratiques de recyclage d’argent sale » et de corruption.

« Cette insistance sur le trafic des armes et la corruption est nouvelle, note-t-on encore à la Secrétairerie d’État, et manifeste une préoccupation propre de Benoît XVI ».

Pourquoi cette lettre, qui date de décembre, n’a-t-elle été publiée que maintenant ? à la Curie, on explique qu’« il a fallu demander l’autorisation de Berlin, et attendre la réponse ». Le pape souhaitait aussi recevoir d’abord le secrétaire des Nations unies, Ban Ki-moon, ce qu’il a fait le 18 avril dernier.

Enfin, il semble que le Saint-Siège ait voulu, par cette publication, répondre à tous ceux qui reprochent à Benoît XVI de ne pas être suffisamment présent et intéressé par l’actualité internationale : « Cette lettre montre que le pape n’est pas eurocentré, contrairement à ce que certains soutiennent », a ainsi expliqué le P. Lombardi, et que, sur ces sujets aussi, « il est en totale continuité avec son prédécesseur ».

Isabelle DE GAULMYN, à Rome
La forme est inhabituelle. Le fond, lui, s’inscrit dans la tradition des interventions de Rome depuis quelques années en faveur du développement des pays les plus pauvres.



Echange de lettres entre Benoît XVI et la chancelière allemande Angela Merkel, avant le sommet du G8


Vatican, le lundi 23 avril 2007
Source : site du Vatican (traduction La Croix)



A l’attention d’Angela Merkel, Chancelière de la République fédérale allemande

Le 17 juillet 2006, en conclusion du sommet de Saint-Pétersbourg, vous aviez annoncé que, sous votre présidence, le groupe constitué des sept pays les plus industrialisés du monde avec la Russie (G8) maintiendrait à son ordre du jour le thème de la pauvreté dans le monde. En outre, le 18 octobre dernier, le gouvernement de la République fédérale allemande a déclaré que l’aide à l’Afrique serait un thème prépondérant du sommet de Heiligendamm.
Je vous écris donc pour vous exprimer la reconnaissance de l’Eglise catholique et ma gratitude personnelle pour ces annonces.
Je suis heureux que le thème de la pauvreté, avec une référence explicite à l'Afrique, soit à l'ordre du jour des pays du G8. Cette thématique mérite en effet la plus grande attention et doit être la priorité, au profit des pays pauvres mais aussi des pays riches.
Le fait que la présidence allemande du G8 coïncide avec celle de l'Union européenne offre une occasion unique de se pencher sur ce thème.
Je suis confiant que l’Allemagne assumera de manière positive le rôle de guide qu’on attend d’elle face à cet ensemble de questions, qui sont importantes à l’échelle mondiale et nous concernent tous.
A l’occasion de notre rencontre le 28 août dernier, vous m’avez assuré que l’Allemagne partage la préoccupation du Saint-Siège pour l’incapacité des pays riches à offrir aux pays les plus pauvres, en particulier ceux d’Afrique, les conditions financières et commerciales adéquates qui leur rendraient possibles la promotion d’un développement durable.
Le Saint-Siège a souligné à plusieurs reprises que, alors que les gouvernements des pays les plus pauvres ont, pour leur part, la responsabilité de la bonne gouvernance et de l’élimination de la pauvreté, la collaboration active de la part des partenaires internationaux est indispensable.
Il ne s’agit pas d’un « extra » ou de concessions qu’on pourrait reporter à cause d’intérêts nationaux urgents. Il s’agit plutôt d’un impératif moral grave et inconditionnel, fondé sur l’appartenance commune à la famille humaine ainsi que sur la dignité commune et le destin partagé des pays pauvres et des pays riches dont le développement est de plus en plus étroitement lié à travers le processus de la mondialisation.
Pour les pays pauvres il faudrait créer et garantir, de manière fiable et durable, les conditions commerciales favorables qui incluent principalement un accès large et sans réserve aux marchés.
Il faut prendre également des mesures pour une annulation rapide, complète et sans conditions de la dette extérieure des pays pauvres fortement endettés et des pays moins développés. Pareillement, il faudrait prendre des mesures pour que ces pays ne tombent pas à nouveau dans une situation d'endettement insoutenable.
En outre, les pays industrialisés doivent être conscients des engagements qu’ils ont pris en ce qui concerne les aides au développement et les assumer pleinement.
Par dessus tout, il faut d’autres investissements dans le domaine de la recherche et de la mise au point de médicaments pour le traitement du sida, de la tuberculose, du paludisme et d’autres maladies tropicales. Dans cette optique, les pays industrialisés doivent affronter d’urgence le devoir scientifique de créer enfin un vaccin contre le paludisme. De même, il est nécessaire de mettre à disposition les technologies médicales et pharmaceutiques tout comme les connaissances dérivées de l’expérience dans le champ de l’hygiène, sans pour autant appliquer en retour des exigences juridiques et économiques.
Enfin, la communauté internationale doit poursuivre ses efforts pour aboutir à une réduction significative du commerce, légal et illégal, des armes, du trafic illégal de matières premières précieuses et de la fuite de capitaux de pays pauvres, aussi bien qu’à l’élimination du blanchiment de l’argent sale ainsi que de la corruption des fonctionnaires dans les pays pauvres. Si tous ces défis doivent être relevés par l'ensemble des Etats membres de la communauté internationale, le G8 et l'Union européenne doivent vraiment jouer un rôle de guide.
Les membres des différentes religions et cultures dans le monde entier sont convaincus que l’objectif d’éliminer l’extrême pauvreté d’ici 2015 est l’une des tâches les plus importantes de notre époque. Ils partagent en outre la conviction que cet objectif est lié indissolublement à la paix et à la sécurité dans le monde. Leur regard est maintenant tourné vers le gouvernement allemand pour la prochaine période, durant laquelle il faut garantir que le G8 et l’Union européenne prennent les mesures nécessaires pour éradiquer la pauvreté. Les fidèles catholiques sont prêts à offrir leur propre contribution à de tels efforts et soutiennent de manière solidaire leur engagement.
Implorant la bénédiction de Dieu pour l’activité du G8 et de l’Union européenne, sous la présidence allemande, je profite de cette occasion pour vous exprimer de nouveau, Madame la chancelière fédérale, ma grande considération.
Depuis le Vatican, le 16 décembre 2006


Réponse d’Angela Merkel à Benoît XVI

Votre Sainteté,
C’est avec une grande joie que j’ai lu votre lettre du 16 décembre 2006 dans laquelle vous formulez vos souhaits les meilleurs et exposez vos requêtes pour notre présidence de l’Union européenne ainsi que pour le G8. Je me réjouis particulièrement de ce que le chef de l’Eglise catholique appuie les priorités de la présidence allemande de l’Union européenne et du G8. Permettez-moi de souligner que votre soutien me tient particulièrement à cœur.
Nous voulons mettre à profit la présidence allemande du G8 et le semestre de présidence du Conseil de l’Union européenne pour accomplir des progrès dans la lutte contre la pauvreté et dans les objectifs de développement du millénaire. Dans ce contexte nous considérons comme prioritaires les potentiels de développement et les défis du continent africain. Durant la présidence allemande du G8 nous affronterons en premier lieu le développement économique du continent et les questions de bonne gouvernance ainsi que de paix et de sécurité. Il m’importe beaucoup que les relations entre les pays du G8 et l’Afrique soient intensifiées dans l’esprit d’un partenariat de réforme. Outre des efforts supplémentaires de la part des états africains eux-mêmes, il est important de renforcer l’engagement de la communauté internationale.
La lutte contre le sida ainsi que le développement des systèmes de santé sont des priorités importantes, en particulier pour la présidence du G8. Nous nous sommes donné pour objectif de modifier les stratégies de lutte contre le sida afin de tenir compte des situations des femmes et des jeunes filles en particulier. Tous ces efforts demeurent néanmoins incomplets si, à long terme, on n’améliore pas les systèmes de santé.
Dans le cadre du G8, nous nous engagerons plus fortement à affronter les défis que vous nous indiquez concernant la transparence des marchés financiers et des matières premières en nous consacrant particulièrement au développement et au renforcement de l’initiative déjà en cours "Extraction Industries Transparency Initiative" (EITI) que nous soutenons pleinement.
Les initiatives pour annuler la dette que vous mentionnez représentent un facteur important dans la lutte contre la pauvreté. Les mesures prises au cours des sommets du G8 de Cologne (1999) et de Gleneagles (2005) ont permis aux pays bénéficiaires de réaliser des économies financières qui peuvent être destinées à la lutte contre la pauvreté dans leur propre pays. Pour mettre en pratique l’annulation de la dette multilatérale de Gleneagles en faveur des pays les plus pauvres et endettés, le gouvernement fédéral a garanti une participation allemande globale de 3,6 milliards d’euros. Le gouvernement fédéral appuie également l’institution d’un cadre de soutien de la dette (Debt Sustainability Framework). Il s’agit d’un instrument précieux pour limiter le risque d’un endettement ultérieur excessif de la part des pays les plus pauvres. Dans le même temps, les pays qui ont vu leur dette annulée ont pu augmenter leurs dépenses en matière de lutte contre la pauvreté de 7% en 1999 à 9% du PIB en 2005 – des fonds qui peuvent être destinés, par exemple, aux écoles et aux structures sanitaires.
Dans le domaine commercial, nous avons l’intention, pour favoriser le développement, de parvenir à une conclusion des accords de partenariat économique entre l’UE et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
En outre, nous mettrons à profit notre présidence de l’UE et du G8 pour faire avancer le dialogue avec les pays émergents. Ces pays comme le Brésil, la Chine, l’Inde, le Mexique et l’Afrique du Sud revêtent une importance toujours plus grande dans la résolution des problèmes mondiaux comme l’approvisionnement énergétique, le changement climatique et l’exploitation des matières premières. Pour autant nous nous sommes donné pour objectif ambitieux de parler avec ces pays aussi de questions difficiles. En effet nous ne pourrons établir davantage de justice et de paix que si tous les sujets puissants de ce monde assument leurs responsabilités.
Je pense qu’avec les priorités thématiques que j’ai illustrées, nous pouvons apporter un élan à un développement soutenable et ainsi une contribution pour rendre la mondialisation plus équitable, à l’échelle planétaire.
Je vous remercie encore de votre lettre.
Avec mes salutations distinguées,
Angela Merkel

Par Michel Durand - Publié dans : Politique - Communauté : Christianisme
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Mardi 24 avril 2007

Je reçois ce jour ce texte, rédigé par le groupe Pavé, le 23 avril 2007. Il entre entièrement dans le débat que je souhaite pour le bien de l'Eglise, corps du Christ. Votre avis ?

Pavé = Pour une attitude vigilante dans l'Eglise

L’Eglise a vocation à être universelle. Elle accueille ses fidèles quelles que soient leurs opinions politiques. Toutefois, l’Eglise a aussi le devoir de rejeter les doctrines politiques qui vont à l'encontre du message chrétien. C’est pourquoi elle a justement condamné les positions du Front national, que les évêques de France ont qualifiées d’antichrétiennes. C’est aussi pourquoi, récemment encore, elle s’est engagée courageusement aux côtés des « sans papiers ».

Nous, chrétiens, au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2007, nous nous sentons le devoir d’interpeller nos frères et sœurs chrétiens, et au-delà tous nos compatriotes, sur les questions que nous pose la candidature de Nicolas Sarkozy.
Ses démonstrations de catholicisme très ostentatoires correspondent peu à l’idée que nous nous faisons de la manière dont les chrétiens doivent s’impliquer dans la vie politique de notre pays. Elles nous autorisent aujourd'hui à questionner sa candidature.
En effet, la rupture que Nicolas Sarkozy incarne avec la droite gaullienne et la démocratie chrétienne, son attachement revendiqué au modèle culturel, politique et économique étatsunien, ses liens étroits avec les pouvoirs économique et médiatique, nous interrogent.
Cette critique a été étayée par de nombreux ouvrages. Nous l’appuierons ici tout simplement sur deux slogans de sa campagne : « Travailler plus pour gagner plus » et « Ensemble, tout devient possible ».

D’abord « Travailler plus pour gagner plus ». Comme chrétiens, comment pourrions-nous accepter que l’avidité soit placée au centre d’un programme politique ? De plus, la religion se fonde aussi sur l’impératif pour l’homme de s’arrêter pour consacrer un temps de sa vie à Dieu, à sa famille, aux hommes. Aussi, comment pourrions-nous ne pas réagir à la volonté affichée par Nicolas Sarkozy d’«assouplir » la législation réglementant le travail, notamment le dimanche ? Cette libéralisation, découlant directement de ce slogan, constitue une nouvelle attaque contre les temps d’arrêts communs indispensables à notre structuration communautaire, familiale, politique, sociale et spirituelle. Ce slogan dénote à tous points de vue une doctrine à l’opposé de nos valeurs.

Ensuite « Ensemble, tout devient possible ». Cette formule est pour nous tout simplement la négation de la chose politique. Le rôle d’un homme ou d’une femme politique est de réguler la vie publique. Sa légitimité est bien de rappeler au contraire que « tout n'est pas possible » et notamment aux pouvoirs économiques. Ce deuxième slogan sous-tend surtout un message de toute-puissance à l’exact contraire de l’idée que nous nous faisons du rôle d’un responsable.

Traditionnellement, l’Église catholique française était considérée plutôt à gauche sur les questions de justice sociale et plutôt à droite sur les questions de mœurs. Par exemple, comme chrétiens, nous ne considérons pas que l’indifférenciation sexuelle soit un « progrès ». Des psychologues ont mis en évidence, de façon très scientifique, le caractère fondamentalement structurant de l’altérité homme/femme pour le développement de l’enfant. Nous refusons le terrorisme intellectuel qui consiste à disqualifier les opposants à l’homoparentalité en les qualifiant de « réactionnaires ». Nous pensons au contraire que le véritable progrès passe par la reconnaissance de l’altérité des genres pour l’épanouissement de l’enfant. Or, même sur ces questions de mœurs, nous sommes en désaccord avec Nicolas Sarkozy puisqu’il a affirmé sa volonté de voir avancer la légalisation de l’homoparentalité.

Nous engageons donc les chrétiens de France à réfléchir à ses considérations lors du second tour du 6 mai.
Par Michel Durand - Publié dans : Politique
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Lundi 23 avril 2007
La démocratie ne se fonde pas sur la loi du plus fort, ou sur la crainte de celui qui hausse le ton. Elle respecte des minorités qui auraient souhaité que d’autres options soient faites ; minorités dont la grandeur est d’accepter les décisions prises sans entraver l’autorité légitime de ceux à qui il revient de mettre en oeuvre les mesures décidées. À titre individuel, afin d’agir en conformité avec sa conscience, reste la possibilité de l’abstention.                       
Se mettre en marche, Document de l’épiscopat N° 11, 2006                                                                                                 


Le concordisme est une exégèse religieuse qui tend à faire concorder les textes de la Bible avec les connaissances scientifiques. On utilise l’un au bénéfice de l’autre et réciproquement.
Bien que nous soyons conscients du danger de cette pratique non objective, ne convient-il pas de reconnaître que la tentation de concordisme est permanente ?
Cela dit, je n’envisage aucune manipulation de la Révélation en me laissant interroger dans mes choix politiques par la lecture méditée de la Bible. Loin de moi l’idée de plier les textes anciens aux situations actuelles, mais tout simplement une petite méditation qui me replace devant mon engagement existentiel à la suite du Christ. À de nombreuses reprises, le chrétien est invité à mener une vie dans la simplicité : Appel à la pauvreté évangélique.
Méditation, donc, au lendemain d’une présidentielle en me situant dans le champ de l’économie. Comment envisager le respect de l’homme, mon frère, qui se trouve contraint à la pauvreté et maintenir une économie néolibérale ? Travailler plus pour gagner plus ! Quel sens, tant dans mon propre environnement que dans l’ensemble de la planète Terre ?


Job 24,2-13
Or des gens déplacent les bornes de leur champ, d'autres font paître des moutons qu'ils ont volés. Certains s'emparent de l'âne des orphelins ou prennent en garantie le boeuf de la veuve. Les malheureux sont bousc
ulés hors du chemin ; les pauvres du pays n'ont plus qu'à se cacher. Tels les ânes sauvages des terres désertes, ils partent au travail et cherchent dans la steppe quelque chose à manger pour nourrir leurs petits.
Ils doivent ramasser de l'herbe dans les champs, ils doivent vendanger la vigne du méchant. Mais ils n'ont pas de quoi se couvrir pour la nuit, pas de couverture pour résister au froid. Ils sont trempés par les averses des montagnes ; faute d'abri, ils se serrent contre un rocher. On arrache l'orphelin au sein de sa mère. De celui qui n'a rien on exige des gages. On le réduit à marcher à peine vêtu, à porter des gerbes de blé le ventre creux, à presser des olives dans l'enclos des autres
 ou préparer le vin sans pouvoir y goûter.
Dans la ville, les gens font entendre leurs plaintes ; le râle des blessés est un appel à l'aide et Dieu reste insensible à ces faits scandaleux !
Les méchants sont de ceux qui n'aiment pas le jour, ils ne fréquentent pas les chemins qu'il éclaire, ils ne s'y tiennent pas. Le meurtrier se lève à l'approche de l'aube, il assassine le pauvre, le malheureux, et il se fait voleur quand la nuit est venue. Le mari infidèle guette aussi le soir en se disant : « Je passerai inaperçu ». Alors il cache son visage sous un voile. C'est dans la nuit que le voleur perce les murs ; pendant le jour, il se tient enfermé chez lui, la lumière est pour lui une chose étrangère.

Esaie 3, 13-15
Yahvé s'est levé pour accuser, il est debout pour juger les peuples.
Yahvé entre en jugement, avec les anciens et les princes de son peuple : « C'est vous qui avez dévasté la vigne, la dépouille du malheureux est dans vos maisons.
De quel droit écraser mon peuple et broyer le visage des malheureux ? » Oracle du Seigneur Yahvé Sabaot.

Esaïe 10, 1-4
Quel malheur de voir ces gens qui prennent des décrets injustes et s'empressent d'enregistrer des lois qui causent la misère ! Ils écartent ainsi la revendication des faibles, et privent de leurs droits les pauvres de mon peuple. Ils font des veuves leur proie et dépouillent les orphelins. Quand le Seigneur interviendra, quand l'orage accourra de loin, que ferez-vous alors ? Chez qui fuirez-vous 
pour chercher du secours ? Et où irez-vous déposer vos richesses ? Vous n'aurez plus qu'à vous courber parmi les prisonniers, ou à tomber à terre parmi les morts.


Amos 2,6 ; 5,11
Voici ce que déclare le Seigneur :
« J'ai plus d'un crime à reprocher aux gens d'Israël. C'est pourquoi, je ne reviendrai pas sur ma décision. Je leur reproche en particulier ceci : ils vendent l'innocent comme esclave pour de l'argent qu'il n'a pu rembourser ; ils vendent le malheureux pour une paire de sandales
« Vous exploitez le faible, vous prélevez du blé sur sa récolte. C'est pourquoi vous ne profiterez pas des belles maisons que vous avez bâties, et vous ne goûterez pas le vin des vignes de choix que vous avez plantées.


Luc 12, 22-31
 Puis Jésus dit à ses disciples : « Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas au sujet de la nourriture dont vous avez besoin pour vivre, ou au sujet des vêtements dont vous avez besoin pour votre corps. Car la vie est plus importante que la nourriture et le corps plus important que les vêtements. Regardez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'ont ni cave à provisions ni grenier, mais Dieu les nourrit ! Vous valez beaucoup plus que les oiseaux ! Qui d'entre vous parvient à prolonger un peu la durée de sa vie par le souci qu'il se fait ? Si donc vous ne pouvez rien pour ce qui est très peu de chose, pourquoi vous inquiétez-vous au sujet du reste ? Regardez comment poussent les fleurs des champs : elles ne travaillent pas et ne tissent pas de vêtements. Pourtant, je vous le dis, même Salomon, avec toute sa richesse, n'a pas eu de vêtements aussi beaux qu'une seule de ces fleurs Dieu revêt ainsi l'herbe des champs qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu : à combien plus forte raison vous vêtira-t-il vous-mêmes ! Comme votre confiance en lui est faible ! Ne vous tourmentez donc pas à chercher continuellement ce que vous allez manger et boire. Ce sont les païens de ce monde qui recherchent sans arrêt tout cela. Mais vous, vous avez un Père qui sait que vous en avez besoin. Préoccupez-vous plutôt du Royaume de Dieu et Dieu vous accordera aussi le reste. »

« Les pauvres, souvent oubliés dans nos littératures classiques, tiennent dans la Bible une place considérable…  La pauvreté dont parle la Bible n’est pas seulement une condition économique et sociale, ce peut être aussi une disposition intérieure, une attitude d’âme ; l’Ancien Testament nous révèle ainsi les richesses spirituelles de la pauvreté, et le Nouveau Testament reconnaît dans les vrais pauvres les héritiers privilégiés du Royaume de Dieu.
Beaucoup de pauvres sont surtout les victimes du sort ou de la cupidité des hommes, tel ce prolétariat rural dont Job 24,2-12 a décrit l’affreuse détresse {N’est-ce pas ce que nous observons dans les rapports Europe Afrique}. Ces déshérités ont trouvé dans les prophètes leurs défenseurs attitrés. A la suite d’Amos qui « rugit » contre les crimes d’Israël (Amos 2,6 s. ; 4,1 ; 5,11 , les porte-parole de Yahweh dénoncent sans trêve « la violence et le brigandage » (Ezéchiel 22,29) dont le pays est souillé : fraudes éhontées dans le commerce (Amos 8,5 s. ; Osée 12,8), accaparement des terres (Michée 2,2 ; Isaïe 5,8), asservissement des petits (Jérémie 34,8-22), abus de pouvoir et perversion de la justice elle-même (Amos 5,7, Isaïe 10,1 s. ; Jérémie 22, 13-17). Ce sera l’une des tâches du Messie que de défendre les miséreux et les pauvres (Isaïe 11,4 ; psaume 71)…
Les prophètes se rencontraient d’ailleurs avec la Loi : le Deutéronome en particulier prescrit tout un ensemble d’attitudes charitables et de mesures sociales pour atténuer la souffrance des indigents. Les sages non plus ne manquent pas de rappeler les droits sacrés du pauvre (Proverbes 14,21 ; 17,5 ; 19,17), dont le Seigneur est le défenseur puissant (Pr 22, 22 s. ; 23,10)… »
 
Ladislas Szabo, art. Pauvres, Vocabulaire de théologie biblique, Cerf.



Par Michel Durand - Publié dans : Politique
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Vendredi 20 avril 2007
A propos d’un ouvrage :
Henri Bourgeois, Théologie catéchuménale, cerf, mars 2007.

Henri Bourgeois en avril 1993,
lors du colloque organisé par Confluences
sur le temps libre :
"l'autre temps"




Je prends beaucoup de plaisir à lire ce livre. Certes, il demande une bonne dose de patience, car l’auteur chemine à petits pas sans rien oublier de l’impact de l’adhésion de foi en Dieu dans le quotidien de l’existence de chacun et chacune.
À une époque où la tendance semble être à l’écoute d’une Parole enseignante : adhésion à des Vérités incontournables et indiscutables, découvrir (ou redécouvrir) le cheminement de Dieu dans la vie m’apporte beaucoup. L’Ésprit nous devance. Il requiert notre attention pour que nous en percevions les traces dans toutes nos actions. Cette « théologie par en bas », qui chemine avec le quotidien des personnes rencontrées, m’apparaît largement biblique, fondamentale et éclairant tous les méandres de notre pensée. Elle suscite notre écoute active bien plus que l’enseignement des vérités éternelles, « théologie par en haut » que diffusent les adeptes d’une catéchèse donnée à des groupes gigantesques où le dialogue semble difficile sinon impossible.
Je propose la lecture d’une page où H. Bourgeois montre bien que personne ne possède Dieu. Comment cheminer avec celui qui, dans sa vie, en perçoit l’existence sans lui donner les noms en usages dans les Églises ? Les personnes qui souhaitent adhérer au christianisme, celles que l’on appelle catéchumènes, nous aident souvent à répondre à cette question.




p. 74 :
« Le christianisme n’a évidemment pas le monopole de Dieu. Avant même d’être évangélisés, certains au moins de nos contemporains ont une image de Dieu qui n’a rien de dérisoire. Il serait maladroit de la minimiser sous prétexte qu’elle n’est pas d’entrée de jeu tenue pour liée à une réalité correspondante. Certes, cette indécision n’est pas secondaire. Mais l’accent que le christianisme met légitimement sur l'existence de. Dieu ne devrait pas réduire l'importance qu'a la question de son identité.
Cela dit, je n'entends nullement nier l'originalité du Dieu biblique. Mais la pratique catéchuménale conduit à se demander où est exactement cette originalité. Pour un certain nombre de catéchumènes comme ceux dont je viens de parler, elle n'est pas dans le fait que Dieu soit proche des humains ou même allié avec eux. Cela, disent-ils, pourrait bien appartenir plus ou moins à toute image vive de Dieu. Le tout est de savoir si Dieu existe et si son amour se réalise. L’apport de l'Écriture n'est donc pas d'exprimer l'engagement de Dieu. Il est d1attester que cet engagement est réel et qu'il a pris auprès du peuple hébreu et en Jésus des formes décisives.
Si l'on accepte cette interprétation, on voit sans doute qu'il n'y a pas de raison d'opposer le Dieu naturel ou païen et le Dieu biblique. Le second précise le premier et en manifeste la réalité historique en des événements et une tradition qui suscitent la foi et la gardent active. La christianisation ou la « biblicisation » de Dieu ne consiste donc pas a substituer un Dieu à un autre mais a entrer dans un espace spirituel élargi, caractérisé et cohérent, permettant de discerner plus avant la présence de l'unique Dieu des hommes.
Reste cependant que le Dieu auquel certains croient en deçà de toute évangélisation a une face obscure. Il est en principe soumis à trois handicaps. Il passe pour avoir un rapport ambigu avec le mal, il semble ne pas pouvoir ou vouloir exercer ses capacités en face du malheur humain, enfin il paraît privilégier les personnes qui déclarent avoir reçu le don de la foi en lui. Très souvent ce visage troublant de Dieu demeure refoulé par la conscience chrétienne. Celle-ci en «rajoute» pourtant, sans d'ailleurs s'en rendre toujours compte.·Les catéchumènes, eux, ont le courage de dire leur difficulté, rejoignant en cela la sensibilité de certains chrétiens contemporains. Leur question, c'est de comprendre comment Dieu peut être lui-même, étant donné le passif ou le négatif auquel il a de la peine à échapper. Là se tient sans doute un mystère fondamental, au moins aussi important que d'autres dont le christianisme a le secret. La foi catéchuménale découvre peu à peu que croire en Dieu c'est habiter ce mystère, sans vouloir lui donner de vaines explications.
Enfin il me semble qu'une théologie catéchuménale est peu portée à prendre en compte des distinctions qui ont eu ou gardent encore quelque prestige. Ainsi la fameuse opposition entre le Dieu de la métaphysique et le Dieu de la foi : les catéchumènes témoignent d'une troisième position possible. Ainsi la question de l'objectivité et de la subjectivité du langage sur Dieu : la pratique catéchuménale montre que, si distinction il y a, ce ne peut être une opposition. Enfin j'aimerais évoquer l'écart entre religion et foi, tel que Barth et certains théologiens catholiques après lui l'ont présenté. Ici encore, quel que soit l'intérêt de cette distinction, elle ne peut signifier que des non-évangélisés seraient des êtres religieux sans foi et que les chrétiens seraient gens de foi sans religion aucune.
Par Michel Durand - Publié dans : Eglise
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Jeudi 19 avril 2007
Demain, vendredi 20 avril, Florimond Guimard, instituteur et militant RESF passe en jugement au TGI d’Aix-en-Provence pour avoir empêché l’expulsion d’un père d’élève. Il risque 3 années de prison et 45 000 € d’amende.

Voilà les faits
Le 11 novembre 2006, près de 200 personnes, militants syndicaux, associatifs, politiques, des élus républicains, des membres du Resf13, des citoyens... manifestent de manière déterminée, mais non violente à l’aéroport de Marseille-Provence contre l’expulsion d’un père de famille de deux enfants scolarisés à Marseille et la mettent en échec.
Plus d’un mois après ces évènements, Florimond Guimard, professeur des écoles à Marseille, militant syndical et associatif, était placé en garde à vue et doit comparaître le 20 avril à 14 h devant le Tribunal Correctionnel d’Aix en Provence (40 Bd Carnot) pour « violence en réunion avec arme par destination ».
Pourtant, aucun blessé n’a été déploré ce jour, si ce n’est 1 jour d’ITT concernant un policier dont le pouce aurait heurté une barrière et quelques éraflures côté manifestants. Florimond Guimard a par ailleurs suivi à distance la voiture de police qui emmenait le père de famille à expulser.
Voilà ce que sont les « violences en réunion et avec arme » (la voiture !) dans ce dossier, faits passibles de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
Florimond Guimard n’est pas un délinquant adepte des violences. C’est un militant syndical, particulièrement investi dans le RESF13, et un pédagogue dont le travail est reconnu.


Il était une fois...

Suite à ce procès de m’imagine un comte que les militants RESF, je l’espère, me pardonneront.
« Un groupe de financiers, dans un des plus chics et plus chers restaurants de la ville, terminent un repas bien arrosé. Ils fêtent la fin des travaux du dernier immeuble construit par leur entreprise. On dit que l’argent de la drogue et de la prostitution est facilement lavable dans l’urbanisme et des rumeurs très appuyées circulent à propos de cette opération. Mais, confiance, pas de problème, ces messieurs assurent avoir de solides appuis en haut lieu. « La justice en a vu d’autres, on ne sera pas inquiété ».
Un petit monsieur, un beau matin, trouva anormale l’idée que l’on puisse reconduire à la frontière des familles comme si c’était des paquets et se mit à agir pour qu’il n’en soit pas ainsi. Pourquoi, se demande-t-il, les marchandises peuvent circuler librement et pas les gens ? Il décide de s’organiser pour protéger les familles qui se trouvent dans cette situation. Des liens de fraternité, de solidarité, d’amitié, se tissent. Il est heureux de son engagement et quand on le félicite, il redit sans cesse : « mais, je ne fais que respecter les plus élémentaires droits de la vie humaine. »
Le tribunal trouva cet intérêt pour le bien humain étrange et convoqua le monsieur pour l’interroger. Son comportement va à l’encontre de la prospérité économique de l’Europe.
Il est incarcéré.
En prison, on lui demande pourquoi il est là. Un coprisonnier se moque, tout en riant, il dit : « pour ne pas avoir de problème vaut mieux ne pas faire de bien à son voisin. Les gens qui trafiquent avec l’argent vivent librement, ceux qui sortent les étrangers de la difficulté se retrouvent en cabane ».
En un autre temps, il y a 20 siècles une histoire à peu près semblable se termina par une peine capitale. Celui qui dit la Vérité, doit être exécuté, car son souci de l’homme s’oppose au bien-être des pouvoirs en place.

Je me permets de rappeler, ici, le débat organisé autour de la désobéissance civile qui se tiendra le 31 mai à 20 h 30 à « toi d’écoute », église Saint-Polycarpe, Lyon 1er.
Par Michel Durand - Publié dans : Politique
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