Mardi 27 mai 2008
Quand on cherche à former un cercle au milieu d'une place, spontanément on se donne la main et on forme une ronde. Puis on s'écarte le plus possible afin que le cercle ainsi constitué soit parfait.


Les regards sont concentrés sur le centre du cercle. Lequel centre est du reste souvent matérialisé par un objet. Une lanterne, selon l'expérience des franciscains de Toulouse. Tournés vers l'intérieur du cercle, nous nous sentons bien, à l'aise, entre nous. Nous formons une communauté humaine affirmant son idéal de la rencontre universelle de tous les hommes, des frères. Formée spontanément, pour chaque personne composant le cercle, cette disposition centrée est confortable.
N'y aurait-il pas un symbole plus puissant si chacun était tourné vers l'extérieur ?
Dans ce cas, le centre du cercle est dans le dos alors que le cercle  forme la ligne d'un front circulaire dont chaque visage porte un regard informant et interrogeant les passants. « Qu'as-tu fait de ton frère ? » C'est le centre qui pousse vers l'avant.
Bien sûr, il convient que le regard ne soit pas accusateur. Plein de tendresse, il invite, au contraire, à plus de lucidité sur ce qui se vit chez nous. À propos des cercles de silence de Strasbourg, sur le site des
Dominicains de cette ville, nous lisons : « Désormais, c'est en notre nom et arbitrairement que des personnes, mêmes rentrées légalement sur le territoire français, sont expulsées loin de leurs lieux d'asile, de leurs lieux de vie, de leurs lieux de travail, de leurs cercles d'amis ». En notre nom ! Oui, puisque, majoritairement, nous soutenons ou laissons faire. De là, l'appel à interpeller notre Société.
L'extra version du cercle de silence est, face au monde, une sympathique invitation à mettre en œuvre le fondamental des droits de l'homme. Disciple du Christ, je crois que le Christ, n'excluant personne, en constitue le centre. Il en est le noyau. Antoine Chevrier parlerait du moyeu de la roue de bicyclette.

Voir aussi le blog du
"caillou tendre" où est tiré la photo du cercle du capitole, Toulouse.


 
Par Michel Durand - Publié dans : Politique - Communauté : Christianisme
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Lundi 26 mai 2008
Absent cette semaine de Lyon, je suis dans l'obligation de mettre mon blogue au repos.
Mais, nous nous retrouverons bientôt.

Avec Confluences, je pars à la découverte de Tolède et de Madrid. Rencontre des civilisations marquées par le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam.
Madrid, Musée du Prado. Cette annonciation est une des nombreuses Annonciations de Fra Angelico (1387-1455). Les petites scènes du bas représentent d'autres épisodes de la vie de Marie.
La perspective, ici, est nettement affirmée, mais assez simple, sous forme d'un bâtiment composé de deux arcades en carré. Pas de pavement, un tapis et un banc dans une alcôve au fond, c'est tout.
Les attributs sont peu nombreux : une colombe dans un rayon et un livre. Pas de lit visible (même dans l'alcôve), pas de lys. L'anecdote d'Adam et Eve chassée du Paradis figure en arrière-plan à gauche.
Un petit oiseau (une hirondelle ?) est posé la tige de fer qui traverse les arcs.



Tolède



A bientôt



 

Par Michel Durand - Publié dans : Art - Communauté : Christianisme
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Dimanche 25 mai 2008
J'ai à peine commencé la lecture de Célébration de la gratitude par Dominique Ponnau, Presse de la Renaissance, avril 2008, que je me trouve transporté dans la sphère du Beau indicible. J'aime beaucoup les textes de cet ancien directeur de l'Ecole du Louvre. Je l'ai découvert au jour où il participait (organisait ?) à un colloque sur «le sens de la forme». Les artistes ayant laissé des traces de la Révélation biblique dans leurs œuvres, quel que soit notre engagement dans la révélation chrétienne, nous devons comprendre ce qui se dit dans la forme donnée. Et là, il y a surabondance.

Onction à Béthanie, Speculum animae (catalan) Valence, Espagne, 15e s. , BNF


Si l'Evangile invite à la mesure dans nos consommations, il invite à ne plus compter quand il s'agit de l'amour. Une modération dans l'usage des biens de la terre s'accompagne d'une démesure du don de Dieu. Démesure de la Grâce.
La sobriété ouvre sur l'abondance. Toute la Révélation : Ancien et Nouveau Testament est riche de cet enseignement vécu.
Pauvre pour être riche. Riche de joie de vivre, de relations, d'amour, de beauté...
Je suis persuadé que c'est à cette richesse que nous invitent les « décroissants », dans leur action pour un monde refusant une consommation démesurée.
Mesure en biens matériels et démesure en richesse spirituelle.


Dominique Ponnau :

La gratitude est inséparable de la gratuité, de la grâce. Elle porte en elle ce que « merci » et « reconnaissance » ont de plus pur, de plus beau. Mais elle demeure en sa fraîcheur première, virginale, radieuse, légère, libre de tout calcul, libre de toute attache, de tout ce qui relève du devoir. « Gratitude » est gracieuse, graciée, mais sa grâce elle ne la connaît pas, elle la respire. Comme la respirent les mots gratia, grazie, gracias. Certes nous donnons à qui nous a fait du bien l'assurance, comme de notre reconnaissance, de notre gratitude, mais ce don est aussi léger, innocent que la gratitude elle-même. Aussi devons-nous n'user de ce mot qu'avec prudence et ne pas gaspiller, en le distribuant sans réfléchir, comme des prodigues, le trésor d'amour qu'il nous permet de découvrir en nous. Ne pas gaspiller la grâce de la gratitude... Mais est-ce la gaspiller que de la répandre en surcroît de bonheur ? Ainsi fit la femme de Béthanie lorsqu'elle rompit le vase de précieux parfum et le répandit sur les pieds du Christ avant de les essuyer de sa chevelure. Les apôtres, on s'en souvient, et Judas parmi eux, s'indignaient qu'un parfum si rare, dont la bonne odeur se répandait dans toute la salle du repas, eût été perdu et qu'ainsi les pauvres eussent été privés du prix de sa vente - trois cents deniers ! Dix fois plus que ce qu'allait coûter aux prêtres du Temple la livraison du Christ ! « Pourquoi la contristez-vous ? demande Jésus aux disciples. Des pauvres, vous en aurez toujours parmi vous, mais moi vous ne m'aurez pas toujours ; c'est pour ma sépulture qu'elle a versé ce parfum, ce parfum sans prix, aussi je vous le dis, partout où sera proclamé l'Évangile ce qu'elle vient de faire sera loué ». Voilà comme un pendant aux Noces de Cana. Ce n'est plus le Christ qui, avec une prodigalité déraisonnable, remplit de vin les six jarres de cent litres chacune, c'est cette femme, une femme pécheresse on le sait, qui, pour lui, aussi prodigue que lui, brise le vase, répand sur ses pieds bénis, dix fois plus que, livrée, trahie, ne coûtera sa vie ; c'est cette femme qui, telle la femme adultère, a certainement beaucoup aimé celui qui, à elle aussi, parce qu'elle l'a beaucoup, infiniment aimé, lui a pardonné ses péchés, ses nombreux péchés ! C'est pourquoi l'on se sent pris de vertige : gratitude est gracieuse, discrète, légère, disais-je, mais ici la voilà surabondante, gratuite assurément en pure perte, non perdue mais exaltée, élevée à la dignité d'un exemple bénéfique à raconter, avec l'Evangile, au monde entier. Et gratitude de qui ? Envers qui ? De la femme envers le Christ ? Certainement. Mais, non moins certainement, du Christ envers la femme. Ce qui, du vase brisé, se répand sur la chambre et sur le monde, c'est le parfum de l'amour qui ne fait pas de compte, pas d'autre compte que celui-ci: l'amour ne compte pas, ne calcule pas. Ainsi se rejoignent et s'unissent la gratitude du pécheur et celle du Sauveur. Ainsi se vit, pour qui a reçu la grâce - incomparable - de recevoir grâce du sacrement de réconciliation de réciprocité d'amour gratuit, gracieux, source et fruit de gratitude surabondante entre le Christ et son frère pécheur.

Par Michel Durand - Publié dans : Art - Communauté : Christianisme
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Samedi 24 mai 2008
On lit sur le site internet de l'Egilse de Lyon :
« L'Eglise catholique de Lyon, initiative de la paroisse Saint-Jean - Saint-Georges, invite ce dimanche 25 mai à une procession de la Fête-Dieu, de l'église Saint-Georges à la Primatiale Saint-Jean ».
Voilà une nouveauté depuis le XIXe !
Nous apprenons, à ce propos, qu'avant le concordat de Napoléon en 1801, le jeudi de la Fête Dieu était férié. Mais nous savons également que le 15 Août, qui n'était pas férié, est devenu férié. N'est-ce pas le jour anniversaire de la naissance de Bonaparte ?

L'Abbé Pattyn, chapelain de l'église Saint-Georges, explique ainsi la démarche de la paroisse : « Depuis des années, St Georges et St Jean vivent en une seule paroisse, sous la responsabilité pastorale du curé, Recteur de la cathédrale. La volonté de faire des activités spirituelles ensemble a été très présente, et très réelle, depuis longtemps. Cette procession permet d'œuvrer et de prier ensemble, près du sacrement de l'Eucharistie, sacrement de l'unité par excellence. »
L'initiative de la paroisse Saint-Jean - Saint-Georges constitue donc un rapprochement fraternel. Depuis près de deux mois, des réunions hebdomadaires ont lieu pour l'organisation de cette procession : cet événement est, à n'en point douter, l'occasion de créer des liens forts entre les communautés. (cf le site de l'Eglise à Lyon)

Je trouve très instructive la réponse à la question :
Pourquoi une procession publique ?

« La procession du Saint-Sacrement dans les rues est une manière de réaffirmer la présence du Christ dans nos vies, qui vient à notre rencontre, à l'image des récits de l'Evangile montrant Jésus dans la ville au plus près des petits et des pauvres. C'est aussi la marche des fidèles qui vont à la rencontre de Dieu. »
Les SDF, les Sans Papiers, les exclus... auront-ils, dans cette procession, la meilleur place ?

Je ne peux lire ces lignes sans me dire qu'il y a beaucoup d'autres présences que j'ai la faiblesse de trouver plus adéquates. Mon écoute de l'Evangile m'invite effectivement à une autre démarche. Ainsi, je pense que des baptisés qui témoignent de l'importance du respect des droits de l'homme, qui travaillent à l'accueil des migrants, des "sans-papiers" sont une belle icône du Christ. En France, plus de 30 cercles de silence, régulièrement, montrent Jésus-Christ.
Enfin, comme on dit depuis le début de l'Eglise, il y a plusieurs théologies. Je me retrouve dans celle exprimée par Claude Dagens, dont je vous ai déjà parlé : « On ne peut jamais instrumentaliser l'Eucharistie, ou la réduire à une affaire de rites puisqu'elle est le mystère de l'Amour de Dieu qui demande à s'accomplir en nous ». Et, en citant Joseph Ratzinger : « seul célèbre réellement l'Eucharistie, celui qui l'achève dans le service divin de tous les jours qu'est l'amour fraternel. »

 

Par Michel Durand - Publié dans : Eglise - Communauté : Christianisme
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Vendredi 23 mai 2008

Non, à la chasse aux enfants


Je découvre le livre rédigé sous le regard de réseau Education Sans Frontière, La chasse aux enfants, l'effet miroir de l'expulsion des sans papiers, sur le vif, la découverte, mars 2008.

Il est à lire pour deux raisons.
La première : les témoignages choisis sont très parlants. Ils ne s'adressent pas aux sentiments, mais relatent des faits qui se produisent dans le banal des écoles.
La seconde : l'analyse accompagnant ces faits permet de prendre de la distance et de dégager ce qui est en jeu quand une loi considère que des « sans papiers » ne peuvent rester. Il y aurait dans notre société les citoyens et les autres, les Hommes et le hommes, l'Homme libre et l'individus sans droit... sous les régimes grecs et romains, on parlait d'esclaves, les hommes qui n'ont pas tous les droits.
L'étude de Miguel Benasayag, d'Angélique del Rey et des militants RESF, offrent une plate-forme de première main pour réfléchir, philosophiquement sur la conscience. Je souligne, du reste, l'étrange (ou heureux hasard) de désirer rendre compte de cette étude suite à mon article précédent. Dans les deux cas, on parle de conscience. Où est l'origine de la conscience ? En quel lieu transcendant s'enracine-t-elle ?
L'étude des situations vécues par les « sans-papiers », l'effet que cette répression engendre sur l'ensemble de la Société (l'effet miroir de l'expulsion des sans-papiers), ne peut s'aborder sans un regard sur la réalité de la conscience personnelle.
Je vous donne à lire la préface de Stéphane Hessel, ambassadeur de France, de quoi vous donner envie de lire l'ensemble de l'analyse :

« Nous qui avons connu les années de la Résistance, qui nous sommes engagés dès les années de crise de l'immigration après 1973 aux côtés des victimes des lois de plus en plus restrictives de Charles Pasqua, de Jean-Louis Debré et de Nicolas Sarkozy, ministres de l'Intérieur, nous ne pouvons lire les pages qui suivent, où sont analysés les effets dramatiques de la façon dont l'État français traite aujourd'hui ce problème, sans éprouver un vrai sentiment de révolte. Nos dirigeants n'ont-ils rien retenu de ce à quoi nous pensions avoir échappé ?
J'ai le sentiment qu'on nous prive de l'une des composantes essentielles de notre attachement à ce pays qui est le nôtre. N'agit-on pas en contradiction avec la belle formule, largement répandue dans notre jeunesse : «Tout homme a deux patries, son pays et la France» ? Car, à la différence des nations qui ont fondé leur civisme sur le droit du sang, le droit du sol a fait de la France cette terre d'accueil tolérante à l'égard de la multiplicité culturelle de ses ressortissants dont Renan a défini les vertus spécifiques.
Les effets, inquiétants pour la stabilité de notre société, du traitement scandaleux infligé à des enfants arrachés - brutalement ou insidieusement - à leurs camarades de classe apparaissent à travers les réflexions, particulièrement pertinentes,formulées par RESF. Ces réflexions s'appuient sur une gamme impressionnante d'exemples concrets, qui montrent que la chasse aux enfants n'affecte pas seulement les victimes d'une politique qui se dit «sécuritaire », mais aussi et par vagues concentriques leur entourage d'enfants et de parents, de témoins effarés plongés tout d'un coup dans l'angoisse existentielle.
Combien de temps accepteront-ils encore qu'au nom d'un péril imaginaire menaçant notre sécurité, notre prospérité, voire notre identité, on s'acharne sur des familles vivant en France depuis des années ? Rien n'est plus indispensable, plus urgent, que de définir à l'égard des mouvements migratoires tellement naturels, venus notamment du sud de la Méditerranée, une politique responsable qui comprenne vraiment les modalités présentes et futures de ce phénomène et qui tienne compte des nouvelles démographies des nouveaux espaces de peuplement. Et certes, c'est l'Europe qui a besoin aujourd'hui d'une politique commune et concertée d'immigration ; et surtout concertée avec les pays d'origine, dont on sait que l'une des ressources les plus importantes pour leur développement est l'apport des «mandats » réguliers de leurs ressortissants travaillant en Europe.
Au nom des valeurs européennes les plus fondamentales de respect de la dignité humaine, tout doit être fait pour que ces mouvements migratoires, qui empruntent bien sûr tous les canaux, même les plus clandestins, soient traités avec sympathie et gérés avec le plein concours des organisations versées dans les subtilités de leur accueil et de leur intégration. La longue expérience de la Cimade, les travaux engagés depuis cinquante ans par le SSAE (Service social d'aide aux émigrants), ceux de chercheurs comme Patrick Weil, Catherine Wihtol de Wenden ou Pierre Henry, pour ne citer que les plus compétents, sont trop souvent ignorés ou méprisés.
Nous avons des devoirs à l'égard des peuples dont proviennent ces immigrés que, dans les années de guerre et de reconstruction économique, nous sommes allés chercher sans trop de ménagement. À ceux d'aujourd'hui, dont la présence parmi nous ne porte en rien atteinte à notre identité, nous devons la compréhension pour leurs problèmes, le respect de leur dignité et, sauf dans des cas exceptionnels, la régularisation de leurs ressortissants.
Oui. En régularisant la majorité de ceux qui ont dû emprunter des voies irrégulières pour s'installer, mais qui ont fait preuve de leur insertion dans notre économie, en leur permettant d'affermir leur foyer en faisant venir leur famille, en les autorisant surtout à circuler librement entre la France et leur pays d'origine (voir l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'homme), nous donnerions à nos voisins européens, souvent intimidés par des mouvements migratoires auxquels ils sont moins habitués que nous, le seul exemple acceptable pour une politique européenne compatible avec les principes fondateurs de l'Union. »

Par Michel Durand - Publié dans : Politique - Communauté : Christianisme
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  • : Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir été serveur de restaurant et en paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Je me suis alors intéressé à l'art contemporain et à l'iconographie chrétienne. Ce fut l'occasion, avec Conf
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