Vendredi 31 août 2007
Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

Je poursuis  la publication des textes qui résultent du colloque que nous avons tenu avec Confluences il y a au moins une dizaine d'année. Cette semaine la parole est donnée à deux témoins, Bernard Guillot, du Cevied et Robert Guillaud, actif retraité.


Intervention de Mr. Robert Guillaud, retraité

J’aborde maintenant la partie optimiste après cette vision pessimiste mais ô combien réelle.


Ce passage peut être un temps d’enrichissement intellectuel, un temps de renaissance à la vie. Cette période de temps libre, de liberté permet au retraité de réaliser ses rêves. Les sollicitations sont nombreuses et variées et chacun peut trouver des activités correspondant à ses goûts, à son caractère : activités de loisirs, culturelles, sportives, sociales. Le choix est immense. C’est aussi le temps des retrouvailles plus longues avec la famille, les petits-enfants, et celui des sorties avec les amis. Certains préfèrent cultiver leur jardin, soigner leurs plantes ; d’autres recherchent la compagnie et adhèrent à des associations et des clubs. Mais depuis quelques années, les aspirations aux loisirs changent. Une certaine revalorisation du pouvoir d’achat et un niveau d’instruction plus élevé favorisent l’émergence d’un nouveau mode de vie et un individualisme de plus en plus répandu. C’est une notion très importante.

Autre remarque : les activités simples. Nous, nous les appelons les trois "B" : la Bouffe, la Balade, et la Belote. Ces trois "B" ne suffisent plus et n’attirent plus les nouveaux retraités. Il leur faut des activités plus sophistiquées, plus intellectuelles ou plus sportives. Il y a aussi les sollicitations des agences de voyages, des clubs de remise en forme... Encore une remarque : les goûts des loisirs des gens de la campagne ne sont pas ceux des citadins. L’accès aux loisirs et à la culture n’est pas toujours aisé par manque de décentralisation. Je suis de Caluire et j’ai une résidence dans le Beaujolais. On a des commissions, à Lyon, qui s’occupent d’informatique et autres. Il n’y a pas moyen de les faire déplacer dans le Beaujolais, même pour une journée. L’an dernier j’avais organisé une fête de printemps à Vauxrenard. Les gens n’ont pas voulu faire soixante kilomètres en car. Par contre ils vont en Turquie, aux Baléares, au Canada, ça ne pose pas de problème.

Les clubs dits du troisième âge, les amicales de retraités peuvent apporter une réponse aux personnes qui désirent ne pas rester isolées, en leur procurant des activités ludiques et culturelles dans un large esprit de convivialité.

Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie
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Jeudi 30 août 2007
Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

Je poursuis  la publication des textes qui résultent du colloque que nous avons tenu avec Confluences il y a au moins une dizaine d'année. Cette semaine la parole est donnée à deux témoins, Bernard Guillot, du Cevied et Robert Guillaud, actif retraité.


Intervention de Mr. Robert Guillaud, retraité

Témoignage d'un retraité actif
Si j’ai bien compris : avant j’étais un travailleur sans loisirs et maintenant je suis un bénévole travailleur ou travailleur bénévole bien occupé. Je suis président de la Fédération Départementale des Associations de Retraités du Rhône, depuis mai seulement. J’ai également d’autres casquettes puisque je m’occupe de beaucoup d’associations depuis de très nombreuses années ; je crois que, en effet, quand on a l’habitude d’être bénévole tout jeune dans certaines associations, on continue à l’être plus tard. Je voudrais vous faire part de mon témoignage et de quelques réflexions concernant le passage difficile du travail à la retraite. Je voudrais parler également de bénévolat parce que c’est un gros problème qui devient de plus en plus crucial. Je mélange un peu ma carrière professionnelle car j’avais un poste qui me permettait de côtoyer de nombreuses personnes. J’étais même en première ligne pour certaines actions pas très drôles puisque j’étais chargé de diminuer l’effectif dans l’entreprise où j’étais, à la demande des entreprises et des actionnaires américains et allemands. J’ai une certaine expérience en la matière et j’ai vu ce qu’il en était de perdre son emploi.


On peut dire qu’au moment du passage à la retraite, malheureusement le plus souvent maintenant à la préretraite, les gens sont angoissés parce qu’ils ont une vie à redéfinir ; en même temps ils sont soulagés parce qu’ils n’ont plus de contraintes d’horaire et surtout ils n’ont plus l’impression de la perte d’emploi éventuelle qui malheureusement est assez courante de nos jours. Ce passage au temps de la retraite peut être préparé lorsque l’échéance est connue ; autrefois on savait qu’on partait à 60 ou 65 ans. Maintenant le départ est brutal. Les gens changent de vie tout d’un coup et c’est surtout difficile au moment de la préretraite.

Il y a pratiquement trois grandes étapes dans la vie. A chacune correspond une activité principale. Je l’appelle studieuse pour les gens du jeune âge, laborieuse pour les travailleurs de l’âge adulte. Mais qu’en est-il des personnes qui atteignent le temps de la préretraite ? Balzac écrivait déjà il y a cent ans : “le passage de l’activité à la retraite est le temps critique de l’employé”. Cette remarque est encore très pertinente. En effet, de la façon d’aborder ce passage va dépendre un nouveau mode de vie pour de nombreuses années puisque l’espérance de vie a augmenté. Ce passage est parfois catastrophique, mais a contrario il est plus souvent bénéfique. Il constitue l’amorce d’une vie nouvelle.

C’est catastrophique. Là je parle un peu d’expérience car j’ai vu pas mal de gens à qui cela arrivait, malheureusement. Lorsque l’individu se referme sur lui il a l’impression de ne plus être utile ; il n’est plus productif.

Il a rejoint la catégorie des gens du troisième âge, celle des vieux de 60 ans. Il faut reconnaître aussi que les médias et l’opinion ne sont pas toujours favorables aux vieux, aux retraités : ils coûtent cher à la société, ce sont des nantis ; et pourtant il y a encore toute une population de gens qui ont 2300-2900 F par mois. Et en plus ils ont les moyens : ils se promènent tout le temps. On a une image vraiment négative du retraité. Toutes ces remarques sont fallacieuses et une tranche très importante de retraités vit très mal ce passage. Ce n’est pas facile de rester chez soi, sans rien faire d’utile, de prendre de nouvelles habitudes, de vivre plus longuement avec son conjoint ; aussi il faut voir le nombre de divorces. Il y a des conséquences vraiment dramatiques. Après une vie extérieure réglée par les horaires de travail, il faut trouver de nouvelles occupations. Certains n’y arrivent pas et l’ennui, le désœuvrement peuvent conduire à la neurasthénie et assez souvent au décès rapide de l’individu. Je me suis rendu compte que beaucoup de gens décédaient dans les deux à trois ans, surtout ceux qui n’avaient pas prévu une activité. A la ville, par exemple, ils se retrouvaient dans l’appartement avec leurs femmes qu’ils ne voyaient qu’en fin de journée avant.

Une dame : Ce que vous dites, c’est très important - je suis psychanalyste - c’est très grave : il faut savoir ménager sa vie de couple que ne nous permet plus la vie actuelle, au sein du foyer, tout d’un coup se retrouver devant une nouvelle vie. Très souvent l’homme s’investit des fonctions de la femme. La femme se plaint de plus en plus de ne plus supporter l’homme dans sa cuisine.

C’est très important ce que vous dites là. Il faut insister là-dessus ; il faut éduquer les gens : dans les deux premières années de leur retraite cela touche la majorité des hommes, on le sait, ce n’est pas quelques-uns. Ils ont travaillé toute leur vie pour se reposer et il ne leur reste qu’à mourir.

Mr. Guillaud : J’ai eu le malheur dans ma carrière de mettre en retraite ou en préretraite ou de licencier plus de 200 personnes. Je me suis rendu compte que des personnes âgées d’une soixantaine d’années - à peu près 40 % - décédaient dans les deux-trois ans.

La psychanalyste : C’est vrai. Il y a 40 % des retraités hommes qui décèdent dans les deux-trois ans.


Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie
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Jeudi 30 août 2007
Bien sûr, les réflexion sur le sens du travail ou du non travail, cela ne peut être le tout d'un blogue. Songer à ce qui se passe hors des bureaux des sociologues, des économistes, ou autres...  est encore plus important. D'où ces témoignages que je vous propose. ils sont extraits de la revue du Prado Quelqu'un parmi nous (N° 184) : Dans ce monde des moissons blanchissent.

Je donne aujourd'hui ma voix à Jacqueline. Suite à des rencontres avec des "sans domiciles" dans les locaux de l'Associations des Sans Abris, elle se tourne vers l'Evangile de Jean qui parle de la Samaritaine.


samaritaine-copie-2.jpg

Jean 4
Une femme de Samarie vint pour puiser de l'eau et Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » Ses disciples étaient allés à la ville acheter de quoi manger. La femme samaritaine dit à Jésus : « Mais, tu es Juif ! Comment oses-tu donc me demander à boire, à moi, une Samaritaine ? » En effet, les Juifs n'ont pas de relations avec les Samaritains.  Jésus lui répondit : « Si tu connaissais ce que Dieu donne, et qui est celui qui te demande à boire, c'est toi qui lui aurais demandé de l'eau et il t'aurait donné de l'eau vive. » La femme répliqua : « Maître, tu n'as pas de seau et le puits est profond. Comment pourrais-tu avoir cette eau vive ? Notre ancêtre Jacob nous a donné ce puits ; il a bu lui-même de son eau, ses fils et ses troupeaux en ont bu aussi. Penses-tu être plus grand que Jacob ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif : l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'où jaillira la vie éternelle. » La femme lui dit : « Maître, donne-moi cette eau, pour que je n'aie plus soif et que je n'aie plus besoin de venir puiser de l'eau ici. »

Jésus lui dit : « Va chercher ton mari et reviens ici. » La femme lui répondit : « Je n'ai pas de mari. » Et Jésus lui déclara : « Tu as raison d'affirmer que tu n'as pas de mari ; car tu as eu cinq maris, et l'homme avec lequel tu vis maintenant n'est pas ton mari. Tu as dit la vérité. » Alors la femme s'exclama : « Maître, je vois que tu es un prophète. Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne, mais vous, les Juifs, vous dites que l'endroit où l'on doit adorer Dieu est à Jérusalem. » Jésus lui répondit : « Crois-moi, le moment vient où vous n'adorerez le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. Vous, les Samaritains, vous adorez Dieu sans le connaître ; nous, les Juifs, nous l'adorons et le connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais le moment vient, et il est même déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en étant guidés par son Esprit et selon sa vérité ; car tels sont les adorateurs que veut le Père. Dieu est Esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en étant guidés par son Esprit et selon sa vérité. » La femme lui dit : « Je sais que le Messie — c'est-à-dire le Christ — va venir. Quand il viendra, il nous expliquera tout. » Jésus lui répondit : « Je le suis, moi qui te parle. »

27 A ce moment, les disciples de Jésus revinrent ; et ils furent étonnés de le voir parler avec une femme. Mais aucun d'eux n'osa lui demander : « Que lui veux-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? » 28 Alors la femme laissa là sa cruche d'eau et retourna à la ville, où elle dit aux gens : 29 « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Serait-il peut-être le Messie ? » 30 Ils sortirent donc de la ville et vinrent trouver Jésus.

31 Pendant ce temps, les disciples priaient Jésus de manger : « Maître, mange quelque chose ! » disaient-ils. 32 Mais il leur répondit : « J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. » 33 Les disciples se demandèrent alors les uns aux autres : « Quelqu'un lui a-t-il apporté à manger ? » 34 Jésus leur dit : « Ma nourriture, c'est d'obéir à la volonté de celui qui m'a envoyé et d'achever le travail qu'il m'a confié. 35 Vous dites, vous : «Encore quatre mois et ce sera la moisson.» Mais moi je vous dis, regardez bien les champs : les grains sont mûrs et prêts pour la moisson ! 36 Celui qui moissonne reçoit déjà son salaire et il rassemble le grain pour la vie éternelle ; ainsi, celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. 37 Car il est vrai le proverbe qui dit : «Un homme sème et un autre moissonne.» 38 Je vous ai envoyés moissonner dans un champ où vous n'avez pas travaillé ; d'autres y ont travaillé et vous profitez de leur travail. »

39 Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus parce que la femme leur avait déclaré : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait. » 40 C'est pourquoi, quand les Samaritains arrivèrent auprès de lui, ils le prièrent de rester avec eux ; et Jésus resta là deux jours. 41 Ils furent encore bien plus nombreux à croire, à cause de ce qu'il disait lui-même ; 42 et ils déclaraient à la femme : « Maintenant nous ne croyons plus seulement à cause de ce que tu as raconté, mais parce que nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde. »
Par Michel Durand - Publié dans : Témoignage
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Mercredi 29 août 2007
Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

Je poursuis  la publication des textes qui résultent du colloque que nous avons tenu avec Confluences il y a au moins une dizaine d'année. Cette semaine la parole est donnée à deux témoins, Bernard Guillot, du Cevied et Robert Guillaud, actif retraité.


Intervention de Mr. Bernard Guillot iran6.jpg
(C.E.V.I.E.D.)

Voyager autrement.

Il n'est pas question ici de dresser un bilan exhaustif des ravages d'un tourisme de masse destructeur pour les populations locales mais fructueux pour les firmes qui contrôlent ce marché. Notre association propose des formules qui essayent de satisfaire le mieux possible aux critères de ce que les économistes appellent le “développement durable”.
Nous préconisons l'utilisation des moyens de transports locaux car ils sont une occasion intéressante de partager des moments de vie avec les populations locales. De même, l'hébergement est systématiquement envisagé dans des structures indépendantes des grands trusts de l'industrie du tourisme. La fréquentation d'hôtels ou de restaurants tenus par des familles garantissent plus sûrement que l'argent dépensé ne sera pas monopolisé par une minorité dominant l'économie. Les circuits sont bâtis non seulement à partir des sites touristiques incontournables, mais également avec le souci de ménager des temps de rencontres avec des partenaires que nous avons pris la peine de contacter auparavant. Ces partenaires que nous appelons “contacts” dans notre association permettent des échanges qui ont pu être préparés, ce qui les rend d'autant plus riches. Nous veillons à la richesse de ses contacts car nous pensons que la qualité de nos voyages en dépend totalement.
En petit groupe
La qualité des échanges et des rencontres n'est rendue possible que si le groupe n'est pas trop important. Souvent nous faisons partir des groupes de 8 personnes et nous ne dépassons le nombre de 15 voyageurs. Ces choix ont un impact sur les prix proposés mais ils sont le garant de la qualité que nous recherchons. Pour prendre en compte les idées développées dans la partie précédente nous considérons qu'un voyage se prépare avec les voyageurs eux-mêmes. C'est pourquoi nous organisons quelques semaines avant le départ une rencontre entre les voyageurs inscrits, l'accompagnateur et les membres de l'association. Ce rendez-vous nous paraît essentiel car il est le moment privilégié pour promouvoir cette prise de conscience que voyager est exigent et qu'il faut s'y préparer. Ainsi le voyage ne commence pas à l'aéroport ! Une dynamique de groupe s'enclenche qui pourra s'enrichir durant le voyage.

A cette occasion, les voyageurs peuvent suggérer des améliorations au programme suggéré par l'association en fonction notamment de leurs centres d'intérêt. Le voyageur n'est plus seulement un consommateur d'un produit fini, il peut devenir artisan de son propre voyage. Il se réapproprie son temps de vacances, il le maîtrise. Pour nous le voyage s'inscrit dans une dynamique. Il y a un “avant” et un “après” voyage. Nous proposons à nos adhérents de se retrouver à l'automne  pour faire le bilan et pour imaginer les voyages futurs.
Souvent, au retour un groupe ou une partie d'un groupe décide de donner une suite à leur voyage. Des actions d'information, de solidarité sont initiées pour aider des populations rencontrées durant le voyage. Les effets du voyage débordent très largement du temps de vacances puisqu'ils peuvent se traduire par des engagements très forts dans des O.N.G. Le voyage peut devenir l'occasion d'enrichir sa vie et de lui donner ainsi plus d'épaisseur.

Loisirs, occasions d'épanouissement

L'occupation des temps de loisirs qui tendent à s'accroître devient un enjeu important. Deux voies sont possibles :
- Les loisirs deviennent un nouvel espace de consommation qui ne diffère pas des autres. Ils deviendront comme le travail, une nouvelle source d'exclusion.
- Les loisirs sont l'occasion d'un épanouissement, d'une ouverture et d'un enrichissement individuel.
Notre association milite pour la deuxième voie malgré les difficultés et contradictions que nous devons surmonter.

Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie
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Mercredi 29 août 2007
Devant une peinture trop fidèle à son modèle, peinture trop parfaite, trop bien faite, nous pensons parfois : « ce n’est que beau ». Nous reconnaissons l’habileté de l’artiste, mais demeurons sans émotion. « Il n’y a pas d’âme ».
Je me suis souvent demandé, sans avoir vraiment de réponse, pourquoi certaines œuvres sont attachantes et d’autres non. D’où vient que certains artistes ne communiquent pas leurs émotions alors que d’autres, moins habiles, débordent de sentiments ?
Les études de Jean Onimus me semblent idéales pour pénétrer les mystères de l’art et leur communication. Il y a aussi les textes de George Steiner. Ce sont de vieux routier de la littérature. Peut-être en connaissez-vous de plus jeunes ? Merci de me les faire connaître.
Pour l’instant, je feuillette « Etrangeté de l’art », de Jean Onimus. Est-ce un hasard ? Je ne le pense pas, car sa pensée rejoint sur de nombreux points mes propres réflexions. « Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es ». J’ai eu la preuve de ce non hasard en naviguant sur la « toile ». Un article de Bernard Lebleu sur temps libre et loisir (l’encyclopédie de l’Agora) cite Jean Onimus. A lire absolument. Voilà donc le lien établi entre la catégorie « art » et la catégorie « anthropologie » de « En manque d’Eglise ». Voir la série d’articles publiée sur ce blogue à propos du sens du travail (ou non sens) et du temps libre, le loisir.


Suivons l’analyse que J. Onimus écrit sur l’œuvre de Van Gogh.
souli.jpg
Trois ou quatre fois, à plusieurs années de distance, Van Gogh a peint une ou plusieurs paires de souliers. Il a peint aussi sa chambre à Arles, la chaise de paille, le lit, la fenêtre... Rien de plus humble, de plus banal. Et pourtant ces tableaux ne sont pas platement réalistes : ils émeuvent, ils fascinent, on ne peut les oublier. Pourquoi ? vincent.jpg Parce que, devant ces objets, le peintre s'est senti saisi par quelque chose. Il lui a fallu impérativement témoigner de ce qu'il avait éprouvé. Ces souliers éculés, lacets arrachés en désordre, semelles décousues ou trouées, ces déchets ont été sauvés - immortalisés - révélés par une très complexe émotion. Il faut le dire : ces souliers-là ne sont plus des souliers ! Ils le sont trop ! Ils réalisent une « essence », une présence poétique qui transcende les temps et les lieux. La loque usée, fatiguée, érodée par l'usage, abandonnée dans quelque fossé, naît ici à une vie toute nouvelle : elle s'aperçoit qu'elle est capable comme toute chose - d'enchanter les regards. Il a suffi de la contemplation d'un artiste ; ni pitié, ni amour, ni même je ne sais quelle tendresse misérabiliste ; simplement la généreuse participation d'une âme de peintre à l'universelle transcendance du beau. Car le beau est partout : il suffit de savoir l'accueillir et se donner à lui avec cette impatience de dire, de célébrer que nous avons dite. A Paris, en 1887, c'est encore la vision ancienne nordique, lumineuse mais décolorée, noir et or : godasses informes, flapies, qui s'abandonnent, à l'exemple du clochard qui devait les utiliser. Elles émergent toutes noires d'un fond blanchâtre endeuillé d'ombre ; elles sont là, elles attendent, exténuées, dans la paix du non-retour. Mais en voici d'autres de la même époque : elles sont là côte à côte ; l'une d'elles, retournée, montre sa semelle déchirée, mal cloutée : étalage de misères, entassement de fatigues et de vaines errances ; fin de partie ; telles qu'en elles-mêmes enfin... Immobiles, figées par la mort, inoubliables, offertes à l'admiration étonnée de millions de regards... Une troisième, en Arles, en 1888 ; de bons vieux souliers de marche, dans la chaude lumière des carrelages de Provence, abandonnés eux aussi tels quels ; mais un épiderme somptueux ! Au bistre se mêlent des verts, des rouges, une trace de bleu. La matière en est épaisse, rugueuse, complexe. Ils sont sauvés eux aussi et leur beauté, désormais, peut filtrer jusqu'à nous.
sieste.jpg
Qui ne participe devant ces chefs-d'œuvre à la passion du peintre ? Qui ne se laisse guider au-delà des pauvres apparences, vers cette formidable puissance d'être que le peintre cherche à révéler ? Là où le regard utilitariste ne voit que de vieilles guenilles bonnes pour la poubelle - car c'est un regard nu, indigent, inerte - Van Gogh a révélé une myriade de significations. Grâce à lui ces souliers nous parlent de quelque chose de germinal, d'une éclosion. Ces reliques, il nous apprend à les découvrir pour la première fois, telles qu'elles sont dans leur vérité, baignées, comme toutes choses, pour qui sait voir, d'une clarté d'aurore, en train d'éclore à la beauté. Quand le peintre a capté cet éclat qui vient d'ailleurs, mais du plus profond de son être, alors il lui faut d'urgence célébrer, dire, mettre au monde ce qui est déjà partout dans le monde et que les hommes ne savent pas voir.
Le don de l'artiste est de faire apparaître du sens dans ce qui apparemment n'en a pas. Ce sens-là ne relève d'aucune logique, d'aucune philosophie. Les choses sont là, elles nous attendent (ce sont des "étants").
souliers.jpg

Par Michel Durand - Publié dans : Art
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  • : Michel Durand
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  • : Homme
  • : 31/01/1942
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  • : Je suis prêtre de l'Eglise catholique. Après avoir été serveur de restaurant et en paroisse, je fus nommé en aumônerie étudiante. Je me suis alors intéressé à l'art contemporain et à l'iconographie chrétienne. Ce fut l'occasion, avec Conf
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