Dimanche 30 septembre 2007
Lecture du livre du prophète Amos : 6. 1 à 7 : “ Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem.”

Psaume 145 : “ Heureux qui s’appuie sur le Seigneur son Dieu.”

Lecture de la première lettre à Timothée : 6. 11 à 16 : ” En présence de Dieu qui donne vie à toutes choses et en présence du Christ Jésus."

Evangile selon saint Luc : 16. 19 à 31 : “Rappelle-toi, tu as reçu le bonheur pendant ta vie."
bourges.jpg
Evangile et première lecture disent clairement le regard de Dieu sur les hommes. Dieu constate que les hommes ne prêtent pas attention à leur voisin.
Pour exprimer cette conviction, Jésus utilise une fable, une parabole. Ce qu’il dit est du genre : « Jacques Martin, après son passage à la cathédrale Saint-Jean de Lyon entra au Paradis où Saint Pierre l’attendait devant la porte afin de le questionner sur sa vie, ses compagnes, son travail, sa famille… On mettait sur chaque plateau d’une balance les bonnes et les mauvaises actions.
Qui va l’emporter
autun.jpg ? Le bien ou le mal ?
Les tympans du Moyen Âge représentent souvent cette scène du jugement dernier. On voit l’archange Michel (Bourges) tenir une balance à la main. Le bien, à droite de l’ange, l’emporte toujours sur le mal. Il est chargé de grâce divine. Le mal, malgré l’effort du diable qui pèse sur le fléau avec sa main pour faire le pencher de son côté (Autun) est radicalement perdant.
Au XIIe siècle, la vision du jugement dernier était optimiste.
Des histoires du ciel et de l’enfer, l’Egypte des pharaons en avait plein. Les rabbins du temps de Jésus se racontaient aussi des comtes de ce genre, empruntés à l’Egypte. Le riche, disaient-ils, était un fils de publicain pécheur, par exemple un percepteur d’impôts à la solde des Romains. Le pauvre, un homme très dévot, un bon juif fidèle à la loi du Temple. Dans ces récits, la balance pesait les mérites des uns et des autres. Le dévot était toujours gagnant.
Jésus bouleverse la logique des leçons à tirer de ces histoires. Dans son récit, il n’est jamais question du mérite de l’un ou du démérite de l’autre…. ;
Il n’est jamais dit dans cette parabole que Lazare, le pauvre, soit vertueux et le riche mauvais. Jésus constate tout simplement que le riche est resté riche toute sa vie alors que le pauvre fut toujours pauvre. L’un vit dans une belle et grande demeure dans la rue, l’autre demeure à la porte.
Notons, malgré tout, que Jésus signale habillement où va sa préférence. Il nomme par son nom Lazare, alors que l’on ignore le nom du riche.
La pointe de cette histoire n’est donc pas la vie vertueuse de l’un ou de l’autre. L’accent porte sur l’abîme d’indifférence, disons d’ignorance, d’aveuglement qui s’est creusé entre le riche et le pauvre simplement parce que le riche n’a pas voulu ouvrir son portail en regardant autour de lui. L’homme qui vit de pouvoir et de puissance ignore ce qui ne lui profite pas directement.
Jésus ne nomme pas le riche. Est-il totalement anonyme ? Pas exactement. Le texte en parle avec précision en décrivant ses vêtements. Ils sont de couleurs pourpres, faits de linge fin. Du lin, écrit le texte grec, et non de la grossière laine. Cela caractérise les vêtements des prêtres disposés au service du Roi du Monde, Maître de l’univers. Le pourpre est la couleur des chefs d’Etats. Ce sont plus que des vêtements de luxe. La couleur pourpre qui était primitivement la couleur des vêtements royaux était devenue la couleur des grands prêtres parce qu’ils servent le roi du monde.
Avec, ces mots donc, Jésus s’adresse directement à ses auditeurs parmi lesquels il y avait des hommes pieux d’Israël, des hommes de Loi, scribes, pharisiens, prêtres de la tribu de Lévi. Pieux, mais indifférents à la misère des autres. Voilà ce que Jésus leur dit : « Grand prêtre ou pas, puisque vous méprisez vos frères, vous ne méritez pas le titre de Fils d’Abraham. » Vous méritez au contraire, comme le disait Amos, d’être les premiers des déportés. Le vrai fils d’Abraham ne peut qu’être attentif à son voisin.
abraham.jpg Vu le nombre de fois qu’Abraham est cité, la présence de ce personnage fondateur signifie le sens de la parabole. Etre dans le sein d’Abraham est équivalent à être avec Dieu (Bourges)
Actualisons.
Un jour, à Saint Pierre, au ciel, se présenta un homme qui sur terre avait grand pouvoir. Il prenait en effet ses vacances chez des amis fortunés ou dans des hôtels brillants de leurs cinq étoiles et dont les « suites » bénéficiaient d’une vue imprenable sur la mer, sur la montagne. Or, sur terre cet homme puisssant écoutait, sans entendre, les informations :
- Mercredi 26 Septembre, en fin d’après midi une Lycéenne de 18 ans, Kokoe, a été emmenée au centre de rétention du Mesnil Amelot. Son seul tort ? s’être rendue, pour être en parfaite règle avec le droit français, à une convocation de la gendarmerie. Cette jeune togolaise est arrivée en France à 13 ans pour vivre avec son oncle et sa tante français et poursuivre ses études. Elle est aujourd’hui en terminale scientifique et n’a pas d’autres but que d’obtenir son baccalauréat. Cette nuit une jeune fille terrorisée a dormi seule en rétention coupée des siens.
- Vendredi 21 septembre, Chulan Zhang Liu, chinoise résidant en France, est décédée après s’être défenestrée lors d’un contrôle de police boulevard de la Villette à Paris. Mme Chulan Zhang Liu, est morte victime de la chasse aux sans papiers que doivent mener les policiers.
- Un matin, à « l’heure du laitier », la police des Lilas a tenté d’interpeller une lycéenne de 19 ans à son domicile. Les policiers se sont présentés en effet à 7 h 30 chez sa marraine, responsable du service culturel de la ville du Pré Saint-Gervais, en espérant y trouver Beilei qui est domicilié officiellement à cette adresse. Cette jeune chinoise est arrivée en France pour rejoindre ses parents qui vivent et travaillent sur notre territoire depuis 1999. Malgré plusieurs tentatives de régularisation, et dangereuse qui se met en place contre les étrangers en situation irrégulière.
- Les drames qui se succèdent sont la conséquence logique des instructions données aux préfets qui doivent faire du chiffre, par tous les moyens.
Resf, chaque jour, relate des événements semblables. Chaque jour des courriers sont envoyés aux préfectures.
Revenons aux textes du jour.
Est-ce l’indifférence qui règne ? Y a-t-il un abîme relationnel qui fait que l’on ne voit pas celui (ou celle) qui est à notre porte ?
La dernière phrase de l’Evangile de Jésus est terrible : quelqu’un pourrait bien ressusciter d’entre les morts, ils (les personnes du groupe des riches) ne seront pas convaincus. Jésus serait-il désespéré quand il dit cela ?. N’y aurait-il aucune possibilité de transformer un cœur dur comme de la pierre, en cœur de chair, tendre ?
Luc a vécu la résurrection du Christ Il sait trop bien que celle-ci n’a pas converti tout le monde.
Alors que faire devant ce tableau si peu favorable à l’homme ? Comment le regarder ? Nous ne pouvons que le prendre pour ce qu’il est : constat qu’un abîme sépare riches et pauvres, que les uns sont bien organisés pouvant ainsi exercer leur pouvoir sur les autres, et invitation à la conversion pour que l’enseignement d’Abraham, de Moïse et des prophètes soit appliqués : l’amour de tous, car tous sont frères.
Par Michel Durand - Publié dans : Eglise
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Samedi 29 septembre 2007
Je ne sais plus si je l’ai lu ou si je l’ai entendue : une mère expliquant que souvent les parents inscrivent leurs enfants au catéchisme uniquement pour avoir une connaissance des racines culturelles de l’Occident. Il ne s’agit pas d’éveil à la foi, mais d’instruction : « au catéchisme, la catéchiste n’a pas à communiquer sa foi, son mode de vie ». Même là, le christianisme serait histoire de vie strictement privée !

Et pourquoi inscrit-on ses enfants dans une école privée catholique ? Pour un art de vivre ou pour un succès scolaire ?
Vincent me communique cette petite réflexion que je pense utile pour un débat.

Bonjour,

Une petite réflexion. La France de « déchristianise » rapidement. Elle ne compte plus que 5% de pratiquants en majorité âgés. Le sentiment irrelligieux est bien réel et dominant : le « catho » est forcément réac, pisse-froid et déterminé par une vision archaïque du monde.
Parallèlement l'« école catholique » française n'arrive plus à répondre à la demande. Resituons les choses : avant d'être « catholique » cette école est d'abord « privée ».
Elle permet de soustraire ses enfants à la collectivité nationale sous un prétexte fallacieux de « liberté de choix ».
Elle participe ainsi du désengagent du collectif au profit de l'individualisme forcené que mène la marchandisation du monde.
Curieuse position actuelle de l'église qui tout en s'effondrant voit ses démons être au mieux de leur forme.
Amitié
Vincent


Ni le catéchisme, ni l’enseignement scolaire ne peut avoir comme but exclusif l’insertion en chrétienté ou la formation à un bon métier qui fera gagner beaucoup d’argent. Les questions d’adhésion au Christ afin de vivre selon la foi évangélique ne peuvent jamais être évacuées.
Est-ce que le chemin de l’archevêque d’Avignon est le bon ?
L’enseignement catholique, mettant à sa tête un profil : « universitaire, chevalier de l'ordre du Saint-Sépulcre, "vieil aristo, étiqueté à droite" fait-elle le bon choix ?

Pour plus d’information :
L'enseignement catholique tourmenté par son succès
LE MONDE POUR MATINPLUS | 10.09.07 | 08h08
    
Une fois encore l'enseignement privé affiche complet. Pour la cinquième année d'affilée, les écoles catholiques – près de 2 millions d'élèves, 95% des effectifs du privé – ont dû refuser, faute de places, l'inscription d'environ 35 000 jeunes (contre 30 000 l'an dernier), selon la direction de l'Enseignement catholique. Les points noirs se situent en Ile-de-France, dans le quart sud-est du pays et en Rhône-Alpes, où certains établissements devront gérer des classes de 35 à 40 élèves. Et pas question de pousser les murs : depuis vingt ans, les postes de professeurs attribués aux établissements privés sous contrat avec l'Etat représentent 20 % de ceux accordés à l'enseignement public.

Le privé est victime de son succès. A l'heure du "zapping" scolaire, un enfant sur deux passe dans un établissement privé sous contrat durant sa scolarité. "Le privé scolarise chaque année environ 17 % des élèves de l'Hexagone, tous niveaux confondus", relevait en 2005 une enquête réalisée par le Crédoc. Les motivations sont de plus en plus "pragmatiques" : 12 % seulement des familles choisissent l'enseignement catholique par "seule conviction religieuse",  notait le Crédoc, alors que la réputation est "le premier critère de choix de l'établissement".

En cette rentrée 2007, le débat est relancé : l'enseignement catholique est-il allé trop loin dans l'ouverture et la banalisation ? Les évêques de France ont créé, pour la première fois, un groupe de travail sur cette question. L'archevêque d'Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz a publiquement mis les pieds dans le plat, en appelant d'urgence, dans Le Monde de l'Education puis dans Le Pèlerin, la semaine dernière, à "recentrer l'enseignement catholique sur le Christ", estimant qu'une majorité d'établissements "n'a plus de catholique que le nom".

Depuis deux ou trois ans, les écoles catholiques hors contrat se multiplient. Elles accueilleraient aujourd'hui 20 000 élèves. Des écoles créées à l'instigation de familles catholiques, qui jugent que, "à part la sélection sociale, l'absence de grèves des professeurs et le côté vaguement charitable, assorti d'une petite parenthèse catéchétique, la différence n'est pas colossale [avec le public]", comme le dit l'une d'elles dans Le Monde de l'Education.

La direction de l'Enseignement catholique a toujours refusé le communautarisme. "Notre enseignement n'est pas catholique par son recrutement mais par son projet", rappelle son ancien secrétaire général, Paul Malartre, tout juste retraité.  Fervent défenseur, pendant huit ans, de "l'ouverture à tous", il n'en reconnaît pas moins une nouvelle donne : "Ce qui a sans doute changé par rapport au début des années 2000, c'est que nous faisons davantage partie du paysage scolaire français et qu'il y a un élargissement à la fois quantitatif et sociologique des familles qui font appel à nous."

Dans une institution en évolution Paul Malartre craint le risque de "l'indifférenciation, au point d'arriver à un faux pluralisme scolaire et que plus rien ne nous distingue de l'enseignement public en termes de projet éducatif." Et de pointer du doigt "des chefs d'établissement parfois démissionnaires, des projets qui n'ont plus aucune référence catholique ou font montre d'une très grosse discrétion, par peur que cela ne gêne le recrutement".

Cette dérive tient en partie à celle des parents, qui ont une attitude de plus en consumériste à l'égard de l'institution éducative dans son ensemble. La demande accrue, de la part de certaines familles, d'un enseignement "privé privé" – au sens libéral du terme –, où "seule la valeur or compte", inquiète Bernard Toulemonde, ancien inspecteur général de l'éducation nationale, fin connaisseur du dossier. "Les parents y sont des clients plus que des acteurs de la communauté éducative, trop exclusivement attachés à la réussite scolaire", admet Paul Malartre. Certains établissements "se servent de l'attachement catholique comme d'un alibi pour faire ce qu'ils veulent, et notamment écarter les élèves plus faibles, admis à redoubler ailleurs", regrette-t-il.

Alors, poursuite de l'ouverture ou repli identitaire ? Une nouvelle génération est en train de prendre les commandes de l'enseignement catholique, avec à sa tête Eric de Labarre, 53 ans, universitaire et ancien président de l'Union des associations de parents d'élèves de l'enseignement libre (Unapel). Ce chevalier de l'ordre du Saint-Sépulcre, qui a un fils séminariste, se qualifie lui-même, dans Le Monde, de "vieil aristo, étiqueté à droite". Au moment où Nicolas Sarkozy veut désectoriser l'Education nationale et entend faire jouer tout son rôle au privé en matière d'égalité des chances et de mixité sociale, un nouveau virage s'annonce pour l'enseignement catholique.
Aurélie Sobocinski
Par Michel Durand - Publié dans : Politique
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Vendredi 28 septembre 2007
Petit poème par un auteur anonyme.
jeuvieu.jpg
Pour l'entendre, cliquer ici.





Par Michel Durand - Publié dans : Témoignage
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Jeudi 27 septembre 2007
Deux articles de ce jour : le Monde et la Croix, parmi d’autres quotidiens, alimentent ma réflexion sur le refus de nourriture qui ne passerait pas par la cuillère. Les voici.
Par ailleurs, j’ai reçu sur ce sujet divers éléments de réflexion, peut-être vous les communiquerai-je si cela est opportun.
Jean-Paul II n’aurait pas bénéficié d’une alimentation suffisante ce qui aurait précipité sa fin. Le fait qu’il demande de ne pas retourner à l’hôpital rendait plus probable une mort plus rapide. Il devait ne avoir conscience.


Jean Paul II euthanasié ? Polémique en Italie sur la "mort douce" de Karol Wojtyla
LE MONDE | 27.09.07 | 09h59 • Mis à jour le 27.09.07 | 10h01
Rome, correspondant

"Le traitement médical reçu par le pape Jean Paul II dans les dernières semaines de sa vie constitue, selon les critères établis par l'Eglise catholique elle-même, un authentique acte d'euthanasie" : Lina Pavanelli, médecin-anesthésiste et professeur à l'université de Ferrare, persiste après avoir signé, à la mi-septembre, dans la revue de sciences sociales MicroMega, un essai intitulé "La mort douce de Karol Wojtyla".
Elle a confirmé, mercredi 26 septembre à Rome, au cours d'une conférence de presse, sa thèse selon laquelle le vieil homme n'aurait pas bénéficié d'une alimentation suffisante dans les deux mois précédant sa mort, ce qui aurait précipité sa fin.

S'appuyant sur les informations publiées par le Vatican depuis le 1er février 2005, la scientifique montre que l'attention était focalisée sur les difficultés respiratoires du patient, sans véritable mention du déficit d'alimentation qu'entraînait forcément "l'incapacité à déglutir" propre à la maladie de Parkinson.

En témoignent, selon elle, les 15 kg à 19 kg perdus par Jean Paul II après sa seconde hospitalisation, le 13 mars. En témoigne surtout le fait qu'une sonde naso-gastrique n'aurait été installée que le 30 mars, avant-veille de la mort.

L'article de MicroMega fait d'autant plus de bruit qu'il paraît au moment où le Vatican précise, une nouvelle fois, sa doctrine en matière d'euthanasie.

"EUTHANASIE PAR OMISSION"

Interrogée par l'Eglise américaine sur le cas de Terri Schiavo, une femme plongée dans le coma dont le mari avait obtenu, en 2005, l'arrêt de la nourriture par sonde, la Congrégation pour la doctrine de la foi a répondu, le 15 septembre, que l'alimentation et l'hydratation sont "un soin ordinaire pour la conservation de la vie", à distinguer de l'acharnement thérapeutique.

"Il est inacceptable de les interrompre ou de ne pas les administrer, précise le document. Si une telle décision doit entraîner la mort du patient, on est alors en présence d'une euthanasie par omission."

Dans le cas de Jean Paul II, la querelle porte sur le recours ou non à cette alimentation artificielle. Dans son livre publié en 2006, puis dans un entretien, le 16 septembre, au quotidien La Repubblica, le médecin personnel du pape, Renato Buzzonetti, confirme l'installation de la sonde le 30 mars.

Au contraire, selon une enquête du Corriere della sera dans l'entourage du pape, la sonde aurait été installée plus tôt, mais retirée à chacune de ses apparitions à la fenêtre du palais pontifical.

Un traitement aussi tardif, et de surcroît discontinu, n'était "d'aucune utilité au patient", insiste Lina Pavanelli. Elle a rappelé, mercredi, que la maladie de Jean Paul II était diagnostiquée depuis quinze ans. Des protocoles existent de longue date pour ce type d'affection, a-t-elle plaidé.
"Des médecins du niveau de ceux qui suivaient le pape ne pouvaient l'ignorer", résume Mme Pavanelli, avant d'ajouter : "Seule la détermination du patient à refuser le traitement peut expliquer le comportement de l'équipe médicale."




Polémique sur la fin de vie de Jean-Paul II

La Croix 27/09/2007 11:15
La revue italienne « Micromega » publie un article médical s’interrogeant sur les soins apportés au pape avant sa mort

«La douce agonie du pape Wojtyla. » C’est le titre d’un article documenté, dans lequel Lina Pavanelli, médecin anesthésiste de renom, retrace pour la revue Micromega (gauche laïque) les dernières semaines de la vie de Jean-Paul II. Elle y affirme que les médecins, « constatant la gravité de l’état du pape désormais sans perspective de guérison, l’avaient laissé dépérir, jour après jour, refusant de lui donner les aliments nutritifs qui le faisaient souffrir ».

Cet article paraît au moment où la Congrégation pour la doctrine de la foi vient de publier un document demandant que l’on ne cesse pas d’alimenter et hydrater des malades en état végétatif durable. Cela suffit à ce médecin, et à plusieurs responsables politiques favorables au « droit à la mort douce », pour affirmer, dans une conférence de presse jeudi 26 septembre, que Jean-Paul II a été en contradiction avec la doctrine de l’Église en refusant les soins au seuil de la mort...

Y a-t-il contradiction avec l’enseignement de l’Église ?
Concernant les derniers jours de Jean-Paul II, il semble en fait, selon des témoignages concordants dont celui des médecins du pape, qu’il était alimenté par sonde : les dernières photos prises de lui l’ont justement été de dos, comme celle du Vendredi saint. Il est vrai par ailleurs que, en demandant à ne pas retourner à l’hôpital où il avait été soigné, Jean-Paul II rendait de fait plus probable une mort plus rapide, les conditions de soin au Vatican n’étant pas celles d’un hôpital, même si une salle spéciale y avait été aménagée.

Peut-on en tirer une contradiction avec l’enseignement de l’Église ? En réalité, le document récent de la Congrégation pour la doctrine de la foi ne concerne que le cas des malades en état végétatif, et non des mourants. D’ailleurs, ce texte est nuancé, expliquant que l’alimentation est obligatoire « dans la mesure et jusqu’au moment où elle montre qu’elle atteint sa finalité propre ». La finalité propre, c’est la vie, et parfois, l’alimentation peut au contraire mettre en danger le malade.

Enfin, on oublie souvent que l’Église, depuis Pie XII, a développé une claire opposition à l’acharnement thérapeutique. Le même Jean-Paul II, dans Evangelium vitæ, parle « d’interventions médicales qui ne conviennent plus à la situation du malade » et affirme : « On peut en conscience renoncer à des traitements qui ne procureraient qu’un sursis précaire et pénible de la vie. (…) Le renoncement à des moyens extraordinaires ou disproportionnés n’est pas équivalent au suicide ou à l’euthanasie ; il traduit plutôt l’acceptation de la condition humaine devant la mort. »
Isabelle de GAULMYN




LE MONDE | 27.09.07 | 09h59 • Mis à jour le 27.09.07 | 10h01
Rome, correspondant

"Le traitement médical reçu par le pape Jean Paul II dans les dernières semaines de sa vie constitue, selon les critères établis par l'Eglise catholique elle-même, un authentique acte d'euthanasie" : Lina Pavanelli, médecin-anesthésiste et professeur à l'université de Ferrare, persiste après avoir signé, à la mi-septembre, dans la revue de sciences sociales MicroMega, un essai intitulé "La mort douce de Karol Wojtyla".
Elle a confirmé, mercredi 26 septembre à Rome, au cours d'une conférence de presse, sa thèse selon laquelle le vieil homme n'aurait pas bénéficié d'une alimentation suffisante dans les deux mois précédant sa mort, ce qui aurait précipité sa fin.

S'appuyant sur les informations publiées par le Vatican depuis le 1er février 2005, la scientifique montre que l'attention était focalisée sur les difficultés respiratoires du patient, sans véritable mention du déficit d'alimentation qu'entraînait forcément "l'incapacité à déglutir" propre à la maladie de Parkinson.

En témoignent, selon elle, les 15 kg à 19 kg perdus par Jean Paul II après sa seconde hospitalisation, le 13 mars. En témoigne surtout le fait qu'une sonde naso-gastrique n'aurait été installée que le 30 mars, avant-veille de la mort.

L'article de MicroMega fait d'autant plus de bruit qu'il paraît au moment où le Vatican précise, une nouvelle fois, sa doctrine en matière d'euthanasie.

"EUTHANASIE PAR OMISSION"

Interrogée par l'Eglise américaine sur le cas de Terri Schiavo, une femme plongée dans le coma dont le mari avait obtenu, en 2005, l'arrêt de la nourriture par sonde, la Congrégation pour la doctrine de la foi a répondu, le 15 septembre, que l'alimentation et l'hydratation sont "un soin ordinaire pour la conservation de la vie", à distinguer de l'acharnement thérapeutique.

"Il est inacceptable de les interrompre ou de ne pas les administrer, précise le document. Si une telle décision doit entraîner la mort du patient, on est alors en présence d'une euthanasie par omission."

Dans le cas de Jean Paul II, la querelle porte sur le recours ou non à cette alimentation artificielle. Dans son livre publié en 2006, puis dans un entretien, le 16 septembre, au quotidien La Repubblica, le médecin personnel du pape, Renato Buzzonetti, confirme l'installation de la sonde le 30 mars.

Au contraire, selon une enquête du Corriere della sera dans l'entourage du pape, la sonde aurait été installée plus tôt, mais retirée à chacune de ses apparitions à la fenêtre du palais pontifical.

Un traitement aussi tardif, et de surcroît discontinu, n'était "d'aucune utilité au patient", insiste Lina Pavanelli. Elle a rappelé, mercredi, que la maladie de Jean Paul II était diagnostiquée depuis quinze ans. Des protocoles existent de longue date pour ce type d'affection, a-t-elle plaidé.
"Des médecins du niveau de ceux qui suivaient le pape ne pouvaient l'ignorer", résume Mme Pavanelli, avant d'ajouter : "Seule la détermination du patient à refuser le traitement peut expliquer le comportement de l'équipe médicale."
Par Michel Durand - Publié dans : Eglise
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Jeudi 27 septembre 2007
Le commentaire de Daniel (23/09/2007) m’a ouvert l’esprit à quelques nouvelles réflexions sur l’attitude et le devoir critiques dans l’Eglise. Je l’en remercie.

J’ai souvent observé que quand on ne manifestait pas une adhésion inconditionnée en l’autorité, cela paraissait suspect. En fait, cela dérange. On va même chercher des versets d’Evangile pour rappeler que le chrétien ne juge pas son frère : « ne vous posez pas en juges afin de n’être pas jugés » (Mat 7, 1).
Pourtant, le devoir de vérité existe. Tout ne peut-être admis : « Si ton frère se rend coupable à ton égard, va le trouver seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. Mais s'il refuse de t'écouter, prends une ou deux autres personnes avec toi, afin que, comme le dit l'Écriture, «toute affaire soit réglée sur le témoignage de deux ou trois personnes.» (Mat 18-15-16)

Devoir de vérité ! dans le dialogue.
En fait, cela est beaucoup plus difficile que la simple abstention : ne pas juger. Dans cette assertion, on confond discernement et condamnation. Juger, c’est d’abord discerner et non pas condamner à priori.
Adhérer à l’Eglise, à la tradition chrétienne, et adhérer au monde présent ne peut se réaliser sans vouloir une grande fraternité humaine, le respect, l’amour envers tous, la connaissance et reconnaissance des cultures diverses. Or, toute cette connaissance ne peut que se réaliser dans la vérité, laquelle nécessite un esprit critique. La foi n’est pas la crédulité. La foi est discernement. La foi n’est pas la croyance qui a peur de l‘interrogation. Elle est elle-même questionnement. Elle est, dans sa vocation à rejoindre le Vrai, en quête de toujours plus de justesse. L’homme ne devient pleinement homme que quand il pose sur le monde, l’Eglise et sur lui-même un regard interrogateur. Il est doué d’une force critique incomparable. Telle est sa grandeur. La puissance que le maintient dignement debout ou qui l’aide à se redresser ; toujours dans la dignité.

Bellet01.jpg J’ai découvert sur ce sujet un texte de Maurice Bellet que je suis heureux de vous partager.




Une foi critique d'elle-même !
Ôte d'abord la poutre de ton œil avant d'ôter la paille de l'œil de ton voisin ! C'est là, je pense, un aspect décisif : le christianisme à venir n'a plus peur de la critique ; en lui la force de la foi se confond avec une recherche inconditionnelle de la vérité. Plus de « mais » restrictif, de « jusque-là mais pas plus loin »! Et si cette recherche amène les interrogations les plus sévères - ce que le croyant apeuré nomme doutes - on n'a plus peur de les affronter. La foi peut penser.
La critique portera bien sûr sur les malheurs trop visibles du christianisme, mais aussi sur des misères plus secrètes et d'autant plus dangereuses : la puissance d'un système doctrinaire-disciplinaire qui « filtre le moucheron et avale le chameau » ; la dérive de la foi en l'amour vers une religion de la peur et de la culpabilité, jusqu'à ce retournement complet qui fait du Dieu amour un despote tout-puissant, persécuteur et trompeur ; ce resserrement anxieux qui, sous des allures de fermeté et d'assurance, rend impuissant, rend la foi incapable de créer la nouveauté évangélique au sein de la modernité. Et cœtera.
Et le plus dur, sans doute, est tout ce côté de violence, éclatante ou secrète, qui a marqué l'histoire du christianisme et des chrétiens. Les mêmes, pointilleux jusqu'à l'obsession en matière de sexe ou de rite et complices, auteurs, admirateurs des pires massacres et des pires oppressions !
Misères d'hier, dit-on ; étrangères aux générations nouvelles. Je crains qu'elles ne pèsent encore beaucoup plus qu'on ne croit. Et les « générations nouvelles » risquent, elles, d'avoir un Dieu mou ; quand elles sont chrétiennes (ce qui n'est pas majoritaire !), elles risquent de l'être dans une espèce de facilité affective, d'engouement - et de versatilité - où l'on peut voir un effet de réaction, même pas conscient d'ailleurs, à la doctrine-discipline de leurs parents ou grands-parents, et aïeux.
Au fond, même critique : contre tout ce qui laisse se perdre la vigueur de l'Évangile, sa vigueur neuve, soit par crispation et rétrécissement, soit par amollissement et arrangement. Et, dans les deux cas, c'est en fait par conformité à « l'esprit du monde ». Dans les temps d'idéologie impérieuse, l'Église fonctionne sur ce modèle-là ; à l'âge d'Internet et de la permissivité, elle est encore miroir du temps.
Et, envers ce temps, la critique sera sévère. Pas du tout par opposition systématique. Mais parce que ce que l'Évangile donne à voir et entendre, quant à la vérité de l'homme, est une sorte de Jugement dernier permanent de ce que sont, en fait, les sociétés humaines.
Ainsi, libre disposition à la vérité, soit telle qu'elle s'impose par les faits, soit telle qu'elle se donne dans l'écoute d'une parole qui nous rejoint au décisif.
Finalement, il n'y a pas opposition, il y a plutôt coïncidence entre l'attitude d'accueil et d'écoute et la critique la plus aigüe, capable de critiquer la critique même, quand elle devient prétentieuse et trop sûr l’elle.

(Maurice Bellet, La quatrième hypothèse sur l’avenir du Christianisme)

La vérité de l’Evangile, sa radicalité, pour qu’elle soit maintenue demande la vigilance d’un esprit critique. Dignité et grandeur de l’homme.

Par Michel Durand - Publié dans : Eglise
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