Mercredi 31 octobre 2007
Une parole universelle pour tous
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Où mon engagement pastoral s’enracine-t-il ?
- Dans une lutte, afin de devenir disciple et serviteur du Christ, l’unique prêtre, médiateur entre Dieu et les hommes.
- Dans le constat que la parole du Christ est toujours menacée par l’ordre religieux établi : puissance des restaurations face à la faiblesse des pauvres et des éloignés de l’Église, « les incompris de ceux qui vivent en milieu dit privilégié ».
« En ce temps-là Jésus prit la parole et dit: "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits ». (Mt 11, 25)
Quand Jésus s’adressa à ses contemporains, il prit d’emblée le langage des prophètes s’éloignant ainsi du judaïsme officiel du temple et des synagogues.

Les prophètes
En tout premier, son baptême par Jean-Baptiste (Mt 3) plaça Jésus publiquement sur un chemin différent de la stricte application de la Loi. Il se met ainsi à l’école de celui qui reprend l’annonce d’Isaïe : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers. Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. Le repentir (détournement) engage toute la personne dans un acte existentiel au sein d’une société historique (Lc 3, 10-14), acte beaucoup plus profond que l’observance rituelle. Du reste, pendant ses trois années de mission, Jésus ne se priva pas de faire remarquer à certains pratiquants de la Loi, notamment Pharisiens et Sadducéens, qu’ils sont comme des sépulcres blanchis. Si l’extérieur est beau à voir, l’intérieur n’est que pourriture (Mt 23, 27). Un petit nombre, Elizabeth, Zacharie, Jean, Marie, Joseph, Anne, Siméon, etc. mérite, au contraire, l’éloge de leur foi.
Jésus, porte-parole et Parole de Dieu, dit et redit le message d’Amour en faveur de tous les hommes. Il parle sur les collines (Mt 5), le long des plages (Capharnaüm, Mt 8,5), dans des maisons privées (chez Pierre, Mt 8, 14). Il guérit. Il s’adresse à des personnes exclues par la Loi : malades, publicains, prostituées… pour effectuer un message de libération, de bonheur, d’amour universel. L’art de vivre qu’il annonce est commun à de nombreuses morales sauf que ces dernières –et encore aujourd’hui- ne vont pas à l’extrême de l’amour, celui des ennemis (Mt 5, 44). Morale universelle que le Christ annonce en donnant, par le don de sa vie et le mystère de sa résurrection, les moyens de la mettre en pratique. L’autorité avec laquelle il parle (Mt 7, 29) est rendue crédible par les miracles qu’il accomplit et qui sont tous des signes de libération de la chair ou de l’esprit : mieux-être, épanouissement de la vie pour le bonheur de tous. Il n’est pas comme les scribes qui discutaillent sur le texte. « Vous avez entendu dire … Eh bien ! moi, je vous dis… » (Mt 5, 27). Ce que Jésus vise, c’est la conversion et non l’ajustement mondain, formaliste à une loi. « Vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5,48). L’amour de tous est le sceau de cette perfection. Amour vécu, répandu, offert à tous quand il parle en plain air (Mt 6), à l’aide de paraboles (Mt 13,1-51 ; 20,1 ; 22, 28), amour expliqué quand il s’adresse à ses compatriotes dans les synagogues (Mt 13, 53ss) ou, et surtout, à ses disciples plus capables que d’autres, parce qu’ils se sont mis à sa suite, de comprendre le fond de sa pensée (Mt 13, 36ss). « D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? » (Mt 13, 54). Tout pénétré de l’esprit du Père, il ne peut qu’exprimer l’essentiel : « Apprenant qu'il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, et l'un d'eux lui demanda pour l'embarrasser : "Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ?" Jésus lui dit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes" ».(Mt 22,34-40)
Ou encore, la dite règle d’or : « Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : voilà la Loi et les Prophètes. » (Mt 7,12)
Merveilleux messager que celui qui place la sagesse humaine au niveau de la révélation divine. Sagesse universelle que l’on connaît au moins depuis le Code d’Hammourabi sans, hélas, pouvoir le mettre en pratique parce que le Verbe de Dieu n’est pas au centre de nos vies.
Luc résume ainsi l’appel de Jésus à vivre l’acte prophétique universel. « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. Il replia le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous dans la synagogue tenaient les yeux fixés sur lui. Alors, il se mit à leur dire : "Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture" ». (Lc 4,18-21)
Ces versets, repris d’Isaïe 61,1-11 (le second Isaïe ; son action se situe entre 550 et 538), montrent à eux seuls comment le Christ se situe au-delà de l’observance de préceptes moraux et rituels. Il ne se situe pas dans le « religieusement correct » établi par l’homme du faire ou ne pas faire pour être conforme aux normes du judaïsme en solde de tout compte : je suis quitte. Mais, par le retournement des personnes, il attend tout de l’humainement impossible. En effet, tout est possible à Dieu. « De même que la terre fait éclore ses germes… ainsi, Yahvé fait germer la justice et la louange devant toutes les nations »

Refus du judaïsme
Jésus est beaucoup plus de la lignée d’Isaïe que de celle d’Ezéchiel. Dans l’Évangile selon Matthieu, un rapide regard m’a permis de constater que pour au moins 36 citations (ou rapprochements) d’Isaïe il n’y en avait que 5 d’Ezéchiel. Et très souvent, pour ce dernier, des comparaisons littéraires ne touchant pas à la personne même du prophète (Mt 6, 17 ; 13, 32 ; 18, 12 = plaidoyer pour le vrai Pasteur ; 23, 38 ; 25, 32 = vision du jugement dernier).
Le prêtre Ezéchiel (vers 627-571) est, de 597 à 571, un prophète qui ne s’adresse qu’à la maison d’Israël (Ez 3, 5-7), qui a un grand souci du Temple de Jérusalem, de ses princes, de ses prêtres (Ez 22, 1ss ; 44, 4ss). Il veut la reconstruction du peuple de Dieu autour de la spécificité judaïque. Il souhaite un recentrage ethnique sur le peuple élu tout en comprenant, ce qui est à son actif, l’importance du spirituel (Ez 36, 25-27 : je mettrai en vous un esprit neuf). Bien que son action soit antérieure à celle d’Isaïe, c’est elle qui l’emportera sur Isaïe. Celui-ci, trop combattu qu’il fut par les siens, n’aura pas le dernier mot.
Le second Isaïe, annonciateur du salut d’Israël, sait que l’étranger Cyrus est l’oint de Dieu et que ses succès militaires ont pour but la reconstruction du Temple de Jérusalem et la libération du peuple de Yahvé. Seulement, cette délivrance ne doit pas être confisquée par les circoncis. Elle est au bénéfice de toute l’humanité. « Écoute-moi bien, mon peuple, ô ma nation tend l’oreille vers moi. Car une loi va sortir de moi et je ferai de mon droit la lumière des Nations » (cf Is 51, 4 ; 42, 1s ; 49, 1s ; 50,4s ; 52,13 ; 53 ,12). Hélas, ils n’ont pas entendu. Il n’y a pas que les quatre cantiques du serviteur souffrant pour permettre un rapprochement entre Jésus non compris pas les siens et Isaïe méprisé par ses proches, mais soutenu par Dieu, ce qui le fait tenir dans l’adversité. Il y a tout son message prophétique de libération universelle.
Depuis la création du monde, des nations, une merveille, Yahvé envisage de redonner force à toute personne qui est dans la lassitude (Is 40). « Cette perspective universelle, cette perpétuelle référence au Monde, aux Nations, le Second-Isaïe ne les réserve pas à Yahvé : il les étend à son peuple. Il a réfléchi aux souffrances et à l’exil de ce dernier, et trouvé indigne de la Grandeur de son Dieu de ne les interpréter (comme on avait toujours fait avant lui) que sur le plan de la stricte Justice vindicative, exercée à l’égard du seul Israël, alors que Dieu est aussi le Dieu unique de toutes les Nations de l’Univers… Le Second-Isaïe a de son Dieu une si haute idée qu’il lui répugne de la réduire comme à une seule prérogative, exercée sur une seule fraction, même la plus excellente, de son Domaine. Dieu ne serait pas Dieu s’Il n’était que Juste et s’Il ne s’occupait que d’Israël. En clouant, comme Il l’avait fait, Son Peuple au pilori de l’Univers, Il devait donc avoir un autre but, plus subtil, plus insondable, plus digne de Lui, que le simple châtiment, vindicatif et correctif : par cet exemple inouï et terrible, Il voulait amener à Lui tous les peuples, leur faire connaître le Sien comme Son mandataire, l’accréditer auprès d’eux comme Son témoin, par le spectacle d’un malheur qu’il avait si dignement et courageusement supporté devant tous, pour expier aussi leurs crimes. Israël aura donc désormais pour mission de répandre dans l’univers entier la connaissance de Yahvé, l’attachement à Yahvé et tous les privilèges qui en découlaient et qui lui avaient d'abord été réservés, mais que Yahvé, Dieu unique et universel, veut étendre à tous les hommes » Jean Bottéro, Naissance de Dieu, Gallimard, folio histoire, 1992, p.140).

Hélas, le peuple, dur d’oreille, n’a pas entendu l’appel à l’Amour Universel proclamé par le Second-Isaïe. Réinstallés à Jérusalem, prêtres, scribes, légistes, recentrent la pensée sur l’interne, l’ethnique, l’identité religieuse, le particularisme. Contre le sublime yahvisme du Second-Isaïe, prend alors place, sous la conduite d’Esdras, dans la lignée d’Ezéchiel, le judaïsme, un efficace recentrage religieux et sacerdotal qui inspire, encore aujourd’hui, nombreuses démarches spirituelles.
Arrivé à Jérusalem vers 428 avec un groupe important de nouveaux migrants, Esdras joua le premier rôle dans la réforme du judaïsme postexilique (Es 7, 1ss ; Ne 8, 1ss). Les Juifs voient en lui le réinventeur de leur religion, à l’instar de Moïse, le premier inventeur. Alors que les prophètes Agée, Zacharie, Daniel, Baruch, des œuvres de sagesse, des chroniques sont rédigées sous forme de relectures des relations de Dieu et de l’humanité, le centre de la pensée juive se situe dans la Loi, la Torah : le judaïsme que connaîtra Jésus et contre lequel il s’affronta en reprenant les élans universels d’Isaïe, voire d’Osée.
La loi étant au service de l’homme et non l’homme au service de la loi, Jésus ne se préoccupe pas du sabbat et de ses interdits sans discernement, il guérit quand il le faut pour le bien de l’homme (Jn 5). Le Fils agit comme le Père, il donne la vie quand cela est nécessaire. « C'est pourquoi les Juifs harcelaient Jésus, parce qu’il faisait cela le jour du Sabbat » (Jn 5,16).

Jésus reprend donc pour l’accomplir l’essentiel du message prononcé par Isaïe et cherche à en obtenir la mise en pratique par les hommes, notamment les gens de sa patrie, mais aussi tous les autres, les non-circoncis, les malades, les impurs selon la loi, et nous voyons que ceux-ci, libres de toutes entraves légales, sont largement disposés à entendre et mettre en pratique les Paroles du Père prononcées par le Fils.
La Parole ne peut-être confisquée par personne. Elle est destinée à tous les hommes. Comment peut-elle atteindre son but ?
Par rapport aux prophètes, Jésus a un plus. En effet, Verbe de Dieu, Parole faite chair humaine pour parler le langage des hommes, Jésus ne fait pas que parler. Ce qu’il dit, il l’accomplit. Le plus qu’il apporte c’est que sa Parole est directement efficace. Dieu est venu lui-même réaliser dans l’humanité ce qu’il souhaitait pour elle : l’Amour Universel. Après avoir envoyé les prophètes, Dieu envoya son Fils pour que se concrétise ce qui fut dit de tout temps : Dieu Créateur est le Père aimant de tous les hommes, l’amour étant la Loi dans sa plénitude : « N'ayez de dettes envers personne, sinon celle de l'amour mutuel. Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude
». (Rm 13, 8-10).
Aucun intercesseur ne peut obtenir meilleur résultat. De prêtre il n’y en aura pas d’autres que Lui : « Ce n’est pas le Christ qui s’est attribué à soi-même, la gloire de devenir grand prêtre, mais il l’a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ; comme il dit encore ailleurs : tu es prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech » ( He 5, 5-6).
 
Par Michel Durand - Publié dans : Bible - Communauté : Christianisme
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Mardi 30 octobre 2007
film-op.jpg Je ne suis pas lecteur de Harry Potter ni vu les films et je commence à le regretter. Je le regrette d’autant plus après avoir, par hasard, lu, dans le Point du 25 octobre 2007, un article de Florence Colombani. On y voit, selon l’avis de cette journaliste, tout l’ancrage dans notre société d’une littérature qui mérite bien son nom. Il est donc heureux que les jeunes lisent d’aussi bons textes.
Ce qui m’a surtout intéressé, c’est de constater que la fable s’inscrit dans un regard critique sur la société politique. Je suis depuis quelques mois profondément inquiet de l’orientation impériale des politiques de certains pays post industrialisés qui tentent de réduite les libertés personnelles au bénéfice du pouvoir d’un prince ou d’une dynastie dirigée par l’argent. « Harry Potter et l’ordre du Phénix » nous conduit vers Machiavel. Voir aussi le point de vu d'un philosophe : Jean Claude Milner.
Florence Colombani : Il est intéressant de lire la saga Harry Potter, « parce que c'est politique, comme du Machiavel. Discret dans le premier tome, le motif politique se fait de plus en plus insistant jusqu'à occuper l'essentiel des trois derniers volumes. Ainsi, «Harry Potter et l'ordre du Phénix » - dans lequel le professeur Ombrage prend la direction de Poudlard - est la description minutieuse de la mise en place d'une dictature. La saga propose une lecture de l'actualité la plus récente. Confronté à la menace terroriste (les attaques imprévisibles de lord Voldemort), le gouvernement des sorciers restreint les libertés individuelles, censure la presse, joue sur la peur collective pour altérer le mécanisme démocratique. Puis, quand ils finissent par s'emparer du pouvoir, les alliés de Voldemort, obsédés par la pureté du sang, traquent les sang-mêlé (issus de mariages mixtes entre sorciers et moldus) et les obligent à se faire enregistrer au ministère pour mieux pouvoir les éliminer ». ADN où es-tu ?

Je me risque à un autre rapprochement qui est, sans aucun doute, radicalement faux quoique… transposé dans une société où le pouvoir ne serait plus celui de l’Argent mais d’une Vérité toute religieuse ? En effet, je continue à m’interroger sur le recentrage « romain » de l’Eglise latine. Il se caractérise par
-    la suppression des services diocésains (représentation des fidèles chrétiens d’une église locale) au bénéfice d’un service épiscopal (représentation de l’évêque).
-    la suppression des régions apostoliques avec un délégué élu parmi les pairs au bénéfice des provinces apostoliques avec un « chef » nommé par le gouvernement central de l’Eglise institutionnel.
M’enfin, il ne faut pas mélanger politique des Etats et vie de l’Eglise, même si l’air du temps pousse à la reconnaissance d’une disparition des échanges collégiaux ! Altération des processus démocratiques.

Par Michel Durand - Publié dans : Anthropologie - Communauté : Christianisme
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Lundi 29 octobre 2007
Moi, je vis rue nulle part.
Pas de port d'attache, sans espoir,
A la dérive, du matin au soir.
Moi, je vis rue nulle part,
Sans foi, sans espoir.
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Moi, je vis sur le trottoir,
A la dérive, du matin au soir.
Moi, je vis rue nulle part, sans toit, sans famille.

Ma vie part en morceaux
Eparpillés, comme mes affaires.
Moi, je vis rue nulle part,
Sans amis, sans joie,
Seul, renfermé sur moi.

Le monde s'agite sans moi ; moi, je vis rue nulle part,
Notre société me considère comme une tare,
Dans leurs yeux, j'ai brisé mon miroir,
Ils sont allés jusqu'à voler mon regard.

Assez, j'en ai ras le bol.
Moi, je vis rue nulle part,
Faites le geste ou restez indifférent,
Rien n'est plus comme avant.
Comme vous, je finirai par mourir.


Pour la rue, gardez au moins un sourire.


Slimane
Expression récoltée lors d’un Festival de l’Espérance
Revue du Prado, Quelqu’un parmi nous, N° 189, février 2007

Par Michel Durand - Publié dans : Témoignage - Communauté : Christianisme
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Dimanche 28 octobre 2007
Je continue ma petite enquête au travers des textes d’Emmanuel Mounier en fonction de l’actualité. On parle actuellement de désobéissance civile. Civique ou civile ? Je ne sais jamais. Il y a certainement une nuance qui distingue ces deux mots.
Désobéissance, obéissance ou dépendance ? à moins qu’existe une obéissance active qui se doit d’entrer en dissidence ou résistance.


Emmanuel Mounier
L’affrontement chrétien, 1944

Le goût de la dépendance passive affecte le comportement religieux comme le comportement public. L'imagerie autoritaire va défigurer jusqu'au visage de la grâce : n'oublions pas que le jansénisme est né dans n pays et au moment où renaissaient ensemble l'absolu dominium du roi sur ses sujets et du père sur ses enfants.
Le contre-sens porte alors sur l'obéissance chrétienne. L'obéissance est un comportement psychologique ambigu. Les psychanalystes se refusent à y voir autre chose que deux formes de l'impuissance : ou l’impuissance de ceux qui n'ont pas atteint leur pleine autonomie et ont peur de la liberté de penser et d'agir, ou l'impuissance de ceux qui, angoissés du moindre dissentiment avec autrui, s'empressent de se soumettre à ses ordres pour obtenir son assentiment. Beaucoup d'obéissances se ramènent sans doute à l'une de ces deux démissions, et il n'est pas rare qu'on les trouve, sous forme d'impureté, même dans de très hautes zones de l'obéissance. Mais il existe une obéissance de nature radicalement différente. L'abandon de certaines prérogatives y est subordonné à une forte maîtrise de soi. Elle doit en effet de cent manières dompter ou tourner les résistances de l'amour-propre et les difficultés de l'exécution. Cette obéissance intelligente est, contrairement à l'autre, dit Pierre Janet, un acte de haute tension. L'obéissance chrétienne est encore située sur un plan supérieur. Elle est un hommage d'être spirituel à être spirituel dans la liberté et dans l'amour. 11 faut en faire l'expérience du dedans pour entrevoir ce mélange inextricable de renoncement et d'initiative, de dépouillement et de transfiguration qui en montre le paradoxe. Elle n'est pas abjection, mais assomption. D'un Suarez, théoricien de l'obéissance jésuite, la plus rigoureuse des obéissances catholiques, à François de Sales, qui semble préposé au seuil du siècle janséniste pour majntenir levé et clair le regard du chrétien classique, la voix chrétienne est unanime. L'expérience catholique déplace continuellement notre attention de la subjectivité à l'objectivité et de l'objectivité à la subjectivité, de l'ordre vers la foi et de la foi vers l'ordre, de l'autorité vers la liberté et de la liberté vers l'autorité. Nos goûts peuvent nous porter vers l'un ou l'autre de ces termes, mais, passé la marge que l'Église a toujours permise aux tempéraments spirituels, nous ne pouvons sacrifier l'un à l'autre. Or le libéralisme ne consiste pas seulement à immoler l'autorité à l'esprit de révolte et d'anarchie ; sous sa forme religieuse essentielle, il consiste aussi à renoncer, dans un conformisme passif à un ordre matérialisé, à l'affirmation personnelle sans laquelle il n'est pas d'engagement chrétien.
Grâce à Pierre Janet, nous connaissons bien les formes que prend chez les faibles psychiques le besoin d'être dirigé. Ils ont horreur de la solitude et de l'initiative. Ils sont toujours à l'affût d'un directeur de conscience autoritaire, prêtre ou médecin, qui leur apporte des jugements tout formulés et des décisions toutes prises. C'est ainsi que trop souvent les fidèles conçoivent la direction de conscience, qu'il s'agisse de leur vie personnelle ou de leurs initiatives publiques. Que n'écoutent-ils la leçon des grands directeurs et des grands dirigés. Que le directeur soit humble, demande sainte Thérèse, qu'il n'oublie pas que parfois ses dirigés  « ont un Maître plus puissant que lui, et ne sont pas sans supérieur. » Elle ajoutait: « En tout, l'expérience est nécessaire ». Elle n'admettait pas, malgré ses grâces exceptionnelles, qu'elle pût se passer de directeur. Mais elle le choisissait avec discernement et donnait des conseils à ses sœurs pour ce choix : il ne fallait pas de ceux qui se contentent d'enseigner à faire le crapaud et à chasser les lézards ; il fallait qu'il eût le sens des individus ; il n'était pas mauvais qu'il fût bon théologien, mais préférable encore qu'il eût le jugement droit ; elle exigeait qu'il ne se mêlât pas de connaître les voies de la spiritualité s'il n'était lui-même spirituel ; qu'il fût humble devant l'âme dirigée ; elle ne choisissait ni ceux qui attribuaient toutes ses grâces à Dieu, alors qu'elle se savait tentée, ni ceux qui les rejetaient en bloc, alors qu'elle se savait inspirée 16; enfin, même après saint Pierre d'Alcantara, elle leur traçait une limite dans sa vie spirituelle : « Nul ne pouvait m'inspirer plus de crainte ou de sécurité qu'il ne plaisait au Seigneur d'en mettre dans mon âme. » Que nous voilà loin de cette avidité à renoncer toute initiative où s'empressent les infirmes de la vie spirituelle ! Avec François de Sales ce n'est plus le dirigé. c'est le directeur qui trace les exigences de la liberté : « Ce respect (de votre Directeur) écrit-il à la baronne de Chantal, vous doit sans doute contenir en la sainte conduite en laquelle vous vous êtes si heureusement rangée, mais il ne doit pas vous géhenner, ni étouffer la juste liberté que l'Esprit de Dieu donne à ceux qu'il possède.» Voici qu'il met le doigt sur l'élément passif et contraint d'intimidation qui peut venir troubler l'obéissance chrétienne; il lui écrit en lettres capitales : « IL FAUT TOUT FAIRE PAR AMOUR ET RIEN PAR FORCE ; IL FAUT PLUS AIMER L'OBÉISSANCE QUE CRAINDRE LA DÉSOBÉISSANCE. »
« Je vous laisse l'esprit de liberté, non pas celui qui force l'obéissance, car c'est la liberté de la chair ; mais celui qui force la contrainte et le scrupule ou empressement. »
Cette disposition que sainte Thérèse demandait du directeur, il se l'impose lui-même : « Et voyez-vous, ma fille, en ces choses nécessaires, ou du moins desquelles je ne puis pas bien discerner la nécessité, ne prenez point mes paroles ric à ric ; car je ne veux point qu'elles vous serrent, mais que vous ayez liberté de faire ce que vous croyez être meilleur. » Comment mieux indiquer que l'unité chrétienne repose même dans l'ordre visible sur la solidité des intentions et non pas sur la répétition des gestes, bien qu'elle ait aussi besoin de la discipline et des formes externes. A la mère Favre, supérieure de la Visitation de Lyon, parlant de ses filles : « Il les faut affermir si possible, disait-il encore, à ne pas vouloir faire tout ce que les autres font, mais seulement à vouloir tout ce que les autres veulent, c'est-à-dire à ne pas faire toutes les mêmes exercices, fors ceux de la Règle, mais que chacune marche selon le don de Dieu … »
Hélas, ce fort climat de liberté, la saveur s'en est quelque peu affadie chez les chrétiens d'aujourd'hui et au sein de l'Église même. Cette décadence date du jour où les chrétiens et les clercs ont serré de trop près le pouvoir et l'argent. Cependant, l'historien qui ferait une histoire de la liberté chrétienne ne serait pas réduit à l'écrire dans les marges confuses de J'orthodoxie. Il la suivrait en plein cœur de l'Église, derrière ces innombrables moines qui, dans la chrétienté naissante, tinrent tête si souvent au pouvoir temporel et au pouvoir spirituel mêlés, avec saint Bernard, saint Anselme, sainte Catherine de Sienne, saint Thomas Moore, sainte Jeanne d'Arc et tant d'autres témoins de l'indépendance chrétienne. Si M. Bernard Shaw a vu en Jeanne une protestante, c'est qu'il n'avait pas le sens de ce que représentait pour elle la liberté orthodoxe dans l'Église, cette fierté respectueuse, cette humilité hardie, gui se situe aux antipodes de l'humeur brouillonne et du sens propre.


Il y a quelques années nous avions réalisé une exposition sur E. Mounier. je dois toujours en avoir le dossier. ce serait peut-être bien de la donner à voir sur ce bloque.

Par Michel Durand - Publié dans : Politique - Communauté : Christianisme
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Dimanche 28 octobre 2007
Lire l'homélie de ce dimanche 28 octobre en l'église Saint-Polycarpe ?
publicain-et-pharisien.jpg vite sur le site de la paroisse.

Parabole de la prière du publicain et du pharisien.

Par Michel Durand - Publié dans : Eglise - Communauté : Christianisme
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