Qualité du loisir, qualité de la vie

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Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

extraits de André GORZ, Métamorphoses du travail, Quête du sens, Critique de la raison économique, Galilée, 1988.

Pour un mode de vie où la qualité des relations l'emporte sur la quantité des biens produits

La diminution progressive du travail à but économique y aura permis aux activités autonomes de devenir prépondérantes; “le temps libre l'emportera sur le temps contraint, le loisir sur le travail”; “le loisir ne sera plus seulement repos ou compensation mais temps essentiel et raison de vivre, le travail étant réduit au rang de moyen”. “C’est alors ce temps libre qui véhiculerait les valeurs communes. Qu’on songe au bouleversement que connaîtrait notre société si la créativité, la convivialité, l’esthétique, le jeu l’emportaient sur les valeurs d’efficacité et de rentabilité liées au travail.” “L’enjeu est capital... Ce n’est rien de moins qu’un art de vivre, que des formes renouvelées de créativité sociale qu’il s’agit d’inventer” (Echanges et Projets, La révolution du temps choisi, Paris, Albin Michel, 1980, p. 107). Il s’agit, en un mot, de passer d’une société productiviste ou société de travail à une société du temps libéré où le culturel et le sociétal l'emportent sur l’économique : à ce que les Allemands appellent une “Kulturgesellschaft”.

Cette mutation fondamentale (qui mériterait d’être appelée révolutionnaire si ce terme n’était démonétarisé et condamné par la mode) est seule capable de donner aux transformations en cours un sens. Sans elle, celles-ci ne sont lourdes que de barbaries techniques redoutables. Sans elle, les économies de travail et les gains de temps qu’engendre le développement accéléré de nouvelles techniques, apportent seulement l’exclusion sociale, le paupérisme et le chômage de masse, d’une part, une intensification de la “guerre de tous contre tous”, de l’autre. (p. 223-224)


Publié dans Anthropologie

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