Réinvestir le monde public

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Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

Cette semaine, je vous propose la réflexion de Paul Moreau. Paul Moreau, philosophe, se présente lui-même au début de son intervention. Celle-ci fut donnée au cours du Colloque "travail et temps libre" organisé par L'Association Confluences.

 
Intervention de Mr. Paul Moreau



2. L’homme et le monde public1108---copie.jpg


C’est l’activité du monde public qui se trouve disqualifiée comme pouvant être une vraie vie. Comme je le disais, la vraie vie aujourd’hui pour nos contemporains, c’est celle qui se déroule après le travail, quand on en a bien sûr : le soir, le week-end, pendant les vacances. Ainsi se trouve dévalorisé le temps du travail comme aspect du monde public. Le monde public n’est pas un vrai monde. Symptomatique de ce constat : la façon dont la ville est considérée par nos contemporains : la ville ce n’est également qu’un moyen, qu’un outil où l’on vient travailler, où l’on vient faire des achats, où l’on circule en étranger, un monde que l’on n’habite pas. Et pour reprendre encore une belle expression de Marx : “l’homme moderne n’est pas chez lui dans le travail”. Et je dirai par extension : il  n’est pas chez lui dans l’espace public ; il n’est pas chez lui dans la ville. La façon dont il méprise objectivement la ville est tout à fait caractéristique du fait qu’il ne se sent pas chez lui. Ou encore beisich en allemand, il ne se sent pas auprès de lui-même, auprès de son essence humaine, ce qui revient à toute l’analyse qui porte sur le travail aliéné, un travail dans lequel l’homme ne réalise pas son humanité. Cette dichotomie est inacceptable puisqu’elle signifierait que l’on perd au moins, sinon plus, la moitié de son temps, la moitié de sa vie, lorsque l’espace public et notamment le travail se trouve désinvesti. Donc parmi nos objectifs - et cela touche aux loisirs - nous aurions à travailler à ce que le monde public soit réinvesti ; non seulement le monde du travail qui est un aspect du monde public mais d’autres aspects du monde public : tout ce qui se joue sur la place publique, tout ce qui se joue dans la cité et ce qui concerne l’art, les relations, tout ce qui permet de vivre au-delà du monde privé ; et de telle sorte que le monde public soit aussi à part entière, sans doute pas exclusivement, mais aussi, le monde de la vie.


Publié dans Anthropologie

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