Utopie du loisir ou utopie du travail ?

Publié le par Michel Durand

Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

Je poursuis  la publication des textes qui résultent du colloque que nous avons tenu avec Confluences il y a au moins une dizaine d'année. Cette semaine et la semaine prochaine la parole est donné à Georges Decourt, prêtre, socilogue, ayant travail  à Economie et Humanisme.


2.5 Les représentations du travail et du loisir sont contradictoires1110.jpg

On pourrait dire qu’aujourd’hui les générations en présence dans nos pays ne vivent pas sur le même rythme et je vous en donnerai une preuve à travers le titre donné à cette table ronde.

En 1968, après les années de reconstruction, de travail acharné, d’élévation du niveau de vie, de plein emploi, une génération se rebelle contre la trilogie “métro-boulot-dodo” : toute l’organisation sociale est concentrée sur l’emploi typique : aller au travail, se reposer le week-end pour être en forme le lundi. L’utopie de cette époque, c’est-à-dire ce qui n’avait pas de place dans les représentations dominantes de la société, c’était une civilisation du loisir (telle que l’avait annoncée Dumazédier), “prendre son temps”, “prendre le temps de vivre”. Le retour à la campagne participait de cette utopie, c’était la quête d’une certaine qualité de vie en abandonnant les professions les plus stressantes. Trente ans plus tard, cette table ronde a pour titre non plus “l’utopie du loisir”, mais “l’utopie du travail”, car plusieurs crises économiques ont eu lieu qui ont perturbé notre représentation du travail et du loisir.

Comment interpréter cette situation ? Voici l’opinion de deux auteurs qui s’accordent sur ce même constat : nous vivons aujourd’hui sur une représentation de la société organisée autour du travail alors que la réalité n’est plus celle-là. D’une part, Roger Sue voit là un retard des perceptions sur le réel et l’avènement d’une société de temps libéré du travail. D’autre part, Yves Barel voit là un paradoxe et une situation de transition vers une autre organisation sociale qu’il ignore.

Nous sommes entrés dans une période marquée à la fois par la défaillance du travail en tant que Grand Intégrateur et par l’inexistence d’un Intégrateur de remplacement. Faute de solution historique de remplacement, le travail continue à faire fonction de Grand Intégrateur qu’il n’est plus. Nous entrons dans l’époque d’un énorme “ comme si ”.
...
Nous faisons face au paradoxe d’une situation où il faut affronter le problème de trouver un remplaçant au travail comme principe organisateur de la société et où il est momentanément impossible d’imaginer trouver une solution à ce problème... Ainsi nous entrons dans une phase de transition.

Le travail conserve une place considérable dans la pratique et dans la tête des gens... Il faut à la fois conserver le travail comme Intégrateur, et le dépasser en tentant d’identifier et de construire ce que l’on pourrait appeler, faute de mieux, le “ non-travail ” (au sens de non-travail salarié construit et institué en société salariale) c’est-à-dire une autre manière pour les hommes d’organiser leur production matérielle et spirituelle.

Publié dans Anthropologie

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