Homélie du 19 août 2007

Publié le par Michel Durand

PREMIERE LECTURE - Jérémie 38, 4 - 6. 8 - 10jesuslazare.jpg

PSAUME 39 (40)

DEUXIEME LECTURE - Lettre aux Hébreux 12, 1-4

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc : 12. 49-53



Les deux messes précédentes, 12 et 15 août, nous avons parlé du Royaume. Cela nous a conduit à regarder l’importance du renoncement pour accéder au Royaume. Avec Alphonse Allais, nous avons vu que « Partir, c'est mourir un peu, mais mourir, c'est partir beaucoup ». Renoncer à ce qu’on a et à ce qu’on est appartient à l'ordre naturel de l'existence. Personne ne peut être attiré par et dans la gloire de Dieu sans accepter le passage du pourrissement biologique. La mort. Les mots sont crus ; ils font peur. Trop souvent on ne veut pas les entendre.
L'Evangile de ce jour doit être écouté avec un réalisme semblable. La division, même au sein d'une seule famille, accompagne le message du Christ. Qu'il soit venu jeter un feu sur la terre est une réalité indéniable. Non qu’il ait voulu positivement cette situation, mais qu’il ne peut l’éviter sans mettre en péril notre liberté.

« En famille, on ne parle pas des choses qui fâchent ! »
Dans des milieux plus vastes, on souligne le politiquement, le religieusement correcte.
Pour rester en bon terme avec tous, il n'est pas bon de dire tout ce que l'on pense. Devrais-je alors taire le Christ pour me fâcher avec personne ? Pour être bien avec tous, devrais-je avoir un langage conventionnel ? J’ai rencontré des parents craintifs pour inscrire leurs enfants au catéchisme. La religion catholique fait tellement sourire les parents d’élèves qui attendent la sortie des élèves de l’école publique.

«  je suis venu jeter un feu sur la terre... »
« pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix ? »


Ces deux sentences du Christ sont assez difficiles à interpréter.

La deuxième montre que la transformation qui s'accomplit, par et dans le Christ, d'un monde ancien en un monde nouveau se répercute en chaque membre de l'humanité. À l'appel du Christ, chacun doit se convertir et transformer ses habitudes anciennes en comportements nouveaux. Ainsi, le disciple du Christ se doit d'aimer tous les humains y compris ses propres ennemis. C'est le pardon universel. D'autres passages d’évangiles présentent cette exigence de conversion avec la phrase : « que ton oui soit oui et que ton non soit non ». Soit, tu es avec le Christ ; soit, tu n'es pas avec lui. Une telle détermination sans ambiguïté provoque nécessairement des discordes, même si ce n'est pas cela qui est prioritairement recherché. Il faut choisir. On est pour, ou contre, Jésus. On se convertit, ou on ne se convertit pas. Au temps de Jésus, certains opérèrent cette conversion ; d'autres s'y refusèrent. Ainsi, au cœur des familles juives la dissension s'établira entre fidèles du judaïsme et fidèles du Christ, né de Marie et ressuscité par Dieu ; la Fils de Dieu. Verbe fait chair.
Les divisions font partie de l'ordre de l'existence. Divisions inévitables, non qu’elles soient voulues pour elles-mêmes, mais conséquence d’un choix absolu.

Pour comprendre la première sentence, il faut ouvrir un livre de l'apocalypse juive. Au temps de Jésus, la littérature apocalyptique cherchait à expliquer la fin du monde, et son jugement avec les réalités du feu et de l'eau. Ce vieux monde pourri sera supprimé grâce au feu et à l'eau. Un monde nouveau, entièrement fidèle à Dieu, pourra alors se reconstituer.
Jésus fait allusion à cette croyance. Mais, en plus il indique qu'il sera, lui-même, l'objet du jugement de Dieu. C'est lui qui sera mis au feu et qui sera plongé dans l'eau. Sa personne est le lieu où le monde ancien va se purifier pour devenir le monde nouveau. Jésus comprend que la situation dans laquelle il se trouve ne peut que conduire à la souffrance de la passion. Il accepte, désire même, sans que cela supprime l'angoisse, l'horrible souffrance qui l'attend à Jérusalem. Pour que le monde se convertisse, il accepte de renoncer à lui-même. Il regarde avec réalisme sa mort inévitable.

Essayons de voir maintenant notre vie à la lumière de ces deux sentences.

Le chrétien est quelqu'un qui ne veut pas faire de mal. La division est un mal. Alors, on la minimise le plus possible. On veut que tout le monde soit beau et gentil, qu’il n’y ait jamais de problèmes. On cache les différences, on craint les débats espérant ainsi trouver l’unité, gage de tranquillité.
Non ! « La vie n'est pas un long fleuve tranquille ». Les divisions existent. Au lieu de ne leur prêter qu'une attention furtive, il faut les regarder en face. C'est le seul moyen que nous avons pour les surmonter. En effet, il est impossible de vivre comme s’il n’y avait pas de problèmes : cultures, races, peuples, milieux sociaux, religions, politiques, etc... sont différents et s’opposent jusqu’à tuer. Même à l'intérieur du christianisme, les divisions se font violentes. Les baptisés (ni même les prêtres, évêques…) ne voient Dieu de la même façon. Alors, parlons-en !
Le réalisme de notre attachement à Jésus-Christ nous invite à oser parler des choses qui fâchent, à voir en face toutes les formes de rupture. Le 14 septembre, l’Eglise catholique latine va, officiellement, vivre un culte à double face, celle du Concile de Trente, celle du deuxième concile du Vatican. En a-t-on débattu ? Ecoutons-nous le sincère désir des divorcés remariés de recevoir le corps du Christ ? Ne risque-t-on pas, au contraire, de leur rappeler leur éloignement légale de la communion ?
Ne suivons pas l’opinion commune qui, pour être tranquille, veut, comme cela est arrivé à Jérémie, empêcher la vérité de se dire.

Michel Durand


Publié dans Eglise

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