L'importance de préparer sa retraite

Publié le par Michel Durand

Comme je l'ai indiqué précédemment, dans cette catégorie "anthropologie", je donne diverses réflexions sur le sens, ou non sens, du travail. Textes qui me semblent d'une grande importance alors qu'on veut augmenter la durée du travail salarié tout en critiquant "mai 68".

Je poursuis  la publication des textes qui résultent du colloque que nous avons tenu avec Confluences il y a au moins une dizaine d'année. Cette semaine la parole est donnée à deux témoins, Bernard Guillot, du Cevied et Robert Guillaud, actif retraité.


Intervention de Mr. Robert Guillaud, retraité

Témoignage d'un retraité actif
Si j’ai bien compris : avant j’étais un travailleur sans loisirs et maintenant je suis un bénévole travailleur ou travailleur bénévole bien occupé. Je suis président de la Fédération Départementale des Associations de Retraités du Rhône, depuis mai seulement. J’ai également d’autres casquettes puisque je m’occupe de beaucoup d’associations depuis de très nombreuses années ; je crois que, en effet, quand on a l’habitude d’être bénévole tout jeune dans certaines associations, on continue à l’être plus tard. Je voudrais vous faire part de mon témoignage et de quelques réflexions concernant le passage difficile du travail à la retraite. Je voudrais parler également de bénévolat parce que c’est un gros problème qui devient de plus en plus crucial. Je mélange un peu ma carrière professionnelle car j’avais un poste qui me permettait de côtoyer de nombreuses personnes. J’étais même en première ligne pour certaines actions pas très drôles puisque j’étais chargé de diminuer l’effectif dans l’entreprise où j’étais, à la demande des entreprises et des actionnaires américains et allemands. J’ai une certaine expérience en la matière et j’ai vu ce qu’il en était de perdre son emploi.


On peut dire qu’au moment du passage à la retraite, malheureusement le plus souvent maintenant à la préretraite, les gens sont angoissés parce qu’ils ont une vie à redéfinir ; en même temps ils sont soulagés parce qu’ils n’ont plus de contraintes d’horaire et surtout ils n’ont plus l’impression de la perte d’emploi éventuelle qui malheureusement est assez courante de nos jours. Ce passage au temps de la retraite peut être préparé lorsque l’échéance est connue ; autrefois on savait qu’on partait à 60 ou 65 ans. Maintenant le départ est brutal. Les gens changent de vie tout d’un coup et c’est surtout difficile au moment de la préretraite.

Il y a pratiquement trois grandes étapes dans la vie. A chacune correspond une activité principale. Je l’appelle studieuse pour les gens du jeune âge, laborieuse pour les travailleurs de l’âge adulte. Mais qu’en est-il des personnes qui atteignent le temps de la préretraite ? Balzac écrivait déjà il y a cent ans : “le passage de l’activité à la retraite est le temps critique de l’employé”. Cette remarque est encore très pertinente. En effet, de la façon d’aborder ce passage va dépendre un nouveau mode de vie pour de nombreuses années puisque l’espérance de vie a augmenté. Ce passage est parfois catastrophique, mais a contrario il est plus souvent bénéfique. Il constitue l’amorce d’une vie nouvelle.

C’est catastrophique. Là je parle un peu d’expérience car j’ai vu pas mal de gens à qui cela arrivait, malheureusement. Lorsque l’individu se referme sur lui il a l’impression de ne plus être utile ; il n’est plus productif.

Il a rejoint la catégorie des gens du troisième âge, celle des vieux de 60 ans. Il faut reconnaître aussi que les médias et l’opinion ne sont pas toujours favorables aux vieux, aux retraités : ils coûtent cher à la société, ce sont des nantis ; et pourtant il y a encore toute une population de gens qui ont 2300-2900 F par mois. Et en plus ils ont les moyens : ils se promènent tout le temps. On a une image vraiment négative du retraité. Toutes ces remarques sont fallacieuses et une tranche très importante de retraités vit très mal ce passage. Ce n’est pas facile de rester chez soi, sans rien faire d’utile, de prendre de nouvelles habitudes, de vivre plus longuement avec son conjoint ; aussi il faut voir le nombre de divorces. Il y a des conséquences vraiment dramatiques. Après une vie extérieure réglée par les horaires de travail, il faut trouver de nouvelles occupations. Certains n’y arrivent pas et l’ennui, le désœuvrement peuvent conduire à la neurasthénie et assez souvent au décès rapide de l’individu. Je me suis rendu compte que beaucoup de gens décédaient dans les deux à trois ans, surtout ceux qui n’avaient pas prévu une activité. A la ville, par exemple, ils se retrouvaient dans l’appartement avec leurs femmes qu’ils ne voyaient qu’en fin de journée avant.

Une dame : Ce que vous dites, c’est très important - je suis psychanalyste - c’est très grave : il faut savoir ménager sa vie de couple que ne nous permet plus la vie actuelle, au sein du foyer, tout d’un coup se retrouver devant une nouvelle vie. Très souvent l’homme s’investit des fonctions de la femme. La femme se plaint de plus en plus de ne plus supporter l’homme dans sa cuisine.

C’est très important ce que vous dites là. Il faut insister là-dessus ; il faut éduquer les gens : dans les deux premières années de leur retraite cela touche la majorité des hommes, on le sait, ce n’est pas quelques-uns. Ils ont travaillé toute leur vie pour se reposer et il ne leur reste qu’à mourir.

Mr. Guillaud : J’ai eu le malheur dans ma carrière de mettre en retraite ou en préretraite ou de licencier plus de 200 personnes. Je me suis rendu compte que des personnes âgées d’une soixantaine d’années - à peu près 40 % - décédaient dans les deux-trois ans.

La psychanalyste : C’est vrai. Il y a 40 % des retraités hommes qui décèdent dans les deux-trois ans.


Publié dans Anthropologie

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Edith 31/08/2007 16:48

Il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes dans les activités bénévoles. A l'exception du sport ! Cela se comprenait quand les femmes n'avaient pas d'activité professionnelle. Or, c'est encore le cas actuellement, même si le nombre global des bénévoles a diminué. Gagner une certaine quantité d'argent procure pouvoir et confort. C'est probablement pour cela que les hommes s'investissent plus dans leur vie professionnelle. Peut-être aussi que la vieille coutume qui veut que ce soit l'homme qui rapporte l'argent à la maison, que l'homme n'est considéré comme ayant bien rempli son rôle qu'à cette condition seulement, que sa conscience peut être tranquille uniquement dans ce cas, etc...  est très  fortement ancrée. En fait, conjuguer pouvoir, confort et la conscience du travail bien fait, socialement reconnu... c'est difficile à résister !!! Les femmes n'ont pas cette pression. Elles en ont d'autres, qui les forcent à multiplier les activités, gratuites, de pures relations, caritatives, bénévoles, mais aussi professionnelles, associatives, etc... C'est cette diversité qui leur permet de faire face aux problèmes qui se posent dans un domaine ou l'autre.Edith.

Michel Durand 31/08/2007 20:45

OUI, et en ce sens, je pense que la partie féminine de l'humanité doit être largement écoutée par la partie masculine.

Edith 30/08/2007 17:41

Les hommes s'investissent peut-être trop dans leur profession ??? J'ai toujours pensé que le problème de la répartition des tâches était fondamental : si les hommes acceptaient d'être plus à la maison, les femmes auraient moins de difficultés pour avoir une vraie carrière professionnelle, car le temps familial et le temps professionnel seraient plus justement partagés... et le même pour les hommes et les femmes. Peut-être cela résoudrait-il également ce sentiment d'inutilité que ressentent les hommes quand ils n'ont plus d'activité professionnelle... Il leur resterait les autres activités.Edith

Michel Durand 31/08/2007 10:51

Oui, je pense que vous avez raison. Un psychiatre, Denis Wass, jésuite, a publié un livre où il parle de l'alibi du travail. Les hommes se donnent d'autant plus de travail qu'ils craigent de se trouver à la maison dans l'ambiance familiale. L'édication que nous reçevons ne prépare pas à la vie conviviale tout en préparant trop à avoir un métier. Il devrait y a voir des universités du temps libre.En ce sens, les femmes sont bien mieux équipées que les hommes pour pallier à l'absence d'activité professionnelle.