La libéralisation du regard vers le XVIe siècle

Publié le par Michel Durand

Catéchèse actuelle
Entrée des classes, entrées des catéchismes dans le primaire, nouvelle année. 2007-2008 commence avec pas mal de nouveautés.

Je viens de relire les orientations de l'Église romaine sur la catéchèse :
« L’Église annonce l’Évangile dans une société pluraliste où les discours les plus divers se multiplient et laissent perplexes nos contemporains sur la possibilité de trouver la vérité. Quant aux enfants, la proposition de catéchèse fait nombre avec les possibilités d’activités offertes aux familles.
L’Église annonce l’Évangile dans une culture où chacun entend être le maître de ce à quoi il croit et attend de l’Église qu’elle sache l’aider à être pleinement lui-même.
L’Église annonce l’Évangile dans un monde occidental qui doute de lui-même et de ses valeurs. Cette situation de « rupture de tradition » conduit certains à vouloir se servir de la foi chrétienne comme d’une religion sociale ou d’une métaphore de la sagesse » (texte national pour l’orientation de la catéchèse en France).
Comment ne pas être d'accord ?ambon.jpg

L'analyse que les experts en la matière font de la société est juste ; reste aux agents pastoraux d'arriver à appliquer sur le terrain les réflexions élaborées dans l'intimité de confortable bureau.

Que faire pour pallier au déficit de la transmission de la foi ? Comment annoncer la Bonne Nouvelle du Christ à des personnes qui ne veulent rien d'autre que ce qu'elles peuvent (ou veulent) forger elles-mêmes ?
Aucun enseignement extérieur n'est recevable s'il n'a pas été préalablement digéré dans et par une perception personnelle. L'individualisme que l'on dit issu du Siècle des Lumières montre ici sa force. Il forge des adultes qui ne veulent pas "moutonièrement" se plier à des directives imposées d'en haut. C'est un appel à vivre de l'intérieur l'adhésion à la personne du Christ. Démarche mystique qui pourrait intelligemment accompagner la connaissance du fait biblique (religieux) dispensé à l'école comme élément culturel de l'humanité (en fait ici, je rêve inutilement vu la laïcité de l’enseignement public). La connaissance de l'histoire de Jésus et de la vie de l'Église n'apporte pas la foi, mais contribue à ce que celle-ci s'inscrive dans l'intimité de chacun. En ce sens, les documents épiscopaux montrent bien que le christianisme est moins une connaissance qu'une adhésion mystique à celui qui, mort un vendredi, fut, par Dieu, rétabli dans la vie éternelle (Résurrection).
En ce sens, plutôt que de parler de « nouvelle évangélisation », ce que certains cadres de l'Église font régulièrement depuis Jean-Paul II, je préfère évoquer les nécessaires nouveaux efforts pour évangéliser femmes et hommes de l'actuelle société. Pour atteindre ses contemporains, il convient, Lapalisse ne parlerait pas autrement, d'utiliser le langage qu'ils comprennent.
L'évangélisation fut de tout temps dans l'histoire de l'Église. il n'y a pas de nouvelles évangélisations qui se distingueraient des anciennes, mais de permanentes nouvelles façons d'annoncer la Bonne Nouvelle (Évangile).

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La fameuse liturgie du XVIe siècle dont on parle tant dans les milieux catholiques avertis, va, légalement, pouvoir être vécue en tous lieux. Des prêtres, des séminaristes se sont, dit-on, déjà inscrits à des cours de latin afin, je suppose, de comprendre ce qu'ils lisent. Un moindre mal que comprenne au moins le célébrant principal.
Pour rejoindre les jeunes, affirment les partisans de cette récente « tradition », il faut renouer avec la vraie liturgie. C'est à cause des post-Vatican II que les Français, la société actuelle a perdu le sens du sacré, etc…   
Certes, je ne souhaite pas entrer dans ce type d'arguments, mais je me demande comment il sera possible d'unir les ouvertures voulues pour la catéchèse avec la reconnaissance que la reprise d'une tradition baignant dans la théologie de la contre-réforme apporte un mieux. Quand des évêques s'engagent à fond pour réintégrer des accrocs du XVIe siècle, songent-ils, se soucient-ils de celles et ceux qui, fatigués de la non-adéquation de l'Institution Église avec le monde contemporain, s'éloignent sur la pointe des pieds de la communauté locale (église visible qui constitue la paroisse).
Que de fois ai-je entendu dire par des chrétiens convaincus, plutôt des anciens, expérimentés par l'âge et la vie : « ayant entendu l'appel de l'Esprit a quitté l'institution, je me suis retiré afin de mieux vivre l'Évangile».
Abusifs, certes.
Démissionnaires, assurément.
Mais, que leur reprocher ? Ils ne caressent même plus l'espoir de voir reconnaître par les ministres du Vatican la liturgie mise en place dans le bain de la théologie de la libération. Dieu libère l’humanité de toutes formes maléfiques. Il est vrai que les partisans de cet engagement pastoral auprès des pauvres ont connu, à la mort de Don Elder Camara, bien des déboires. On aurait pu penser que pour maintenir l'unité ecclésiale ce courant spirituel soit non seulement toléré, mais soutenu. Surtout, qu'entre les extrêmes que je cite ici d'une façon caricaturale, il y a de nombreuses réalisations valables et souhaitables pour la constitution de l'Église, corps du Christ.
Gérard Bessière, dans l'hebdomadaire Témoignage chrétien, exprime bien la pensée de plusieurs en écrivant : « Un autre schisme est en cours, mais celui-ci ne préoccupe guère Rome. C’est celui de beaucoup de chrétiens qui s’en vont sans bruit, de beaucoup de prêtres qui prennent distance intérieure par rapport au magistère romain et à leurs responsables hiérarchiques silencieux ». Je pense aussi à ceux qui, sans garder le silence, ne parlent que pour endormir : « Comment ne pas obéir au pape ». Gérard Bessière :  « Ce schisme est provoqué par les responsables d’une Église qui demeure entravée dans un passé idéalisé et qui n’accepte guère un monde, des cultures, des valeurs, des aspirations nouvelles apparues depuis quelques siècles. Il y eut l’étonnante ouverture conciliaire… L’excès de conservatisme auquel nous assistons et dont nous souffrons est un épisode supplémentaire, redoutable, de la crispation de Rome sur le pouvoir et les prérogatives qu’elle s’est donnés au cours de siècles. Beaucoup de femmes et d’hommes vont murmurer dans leurs consciences : « A Dieu l’Église… » Ils portent et porteront la lumière et l’élan de l’Évangile dans leur cœur et dans leur vie sans avoir recours à cette Église. Puissent-ils, en prenant leurs distances, garder le regard fixé sur Jésus » (Témoignage Chrétien, 2 août 2007).

Quelle transcendance pour le XXIe siècle ?

Au cours des Journées du patrimoine, dans le prolongement de l’installation que nous avions posé l’an passé, seront pédagogiquement montrées à Saint-Polycarpe les deux conceptions de la transcendance.

1 – transcendance des XVIe et milieu XXe siècle :

Une transcendance de l’éloignement, au fond de l’abside où prend place le sanctuaire séparé de la nef, lieu du peuple chrétien par la clôture de la table de communion et par le chœur, espace des clercs. Diverses marches délimitent les zones respectives. Tous regardent l’exaltation du Saint-Sacrement : tabernacle monumental.

2 – transcendance de la proximité, Fin XXe et XXIe siècle :
Dans un plan centré qui s’organise autour de l’Autel, table de l’eucharistie, carrée, de l’ambon, lieu de la parole. Le prêtre, président dans la suite du Christ, tout en étant sur un siège qui marque son rôle spécifique, prend place au même niveau que les fidèles. Tous regardent l’autel (symbole du Christ) dont le vide qui l’entoure et le surmonte signale la transcendance de Dieu (là où il n’y a rien, Dieu est). Il n’y a plus de vis-à-vis théâtrale, acteurs, spectateurs, enseignants, enseignés, comme le concevait la liturgie baroque.

Une autre fois, je m’expliquerais plus longuement sur ce point : invitation à mettre en œuvre une liturgie plus courageusement tournée vers un avenir de la théologie de Vatican II.

Publié dans Eglise

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