les nouvelles vagues de la vie associative

Publié le par Michel Durand

Vous aurez remarqué que, dans ce blogue, j’emploie souvent le « je ». Non que je parle essentiellement de moi, mais que les idées que je développe m’appartiennent. Surtout, je ne peux et ne veux pas les faire porter par d’autres. « En manque d’Eglise » se trouve ainsi complémentaire des deux autres lieux où je travail et que ne me sont pas propre : St Polycarpe et Confluences.
Dans le texte qui suit, je pense principalement à mes collaborateurs de Confluences. Si vous ne connaissez pas encore l’action que nous menons en ce lieu, je vous invite à rendre visite à son site.
Le principal des informations se trouve, avec approfondissement, dans la revue qui figure en format PDF sur le site.
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La lecture de la revue du Prado, Quelqu’un parmi nous, N° 190, avec l’article : Passer le Relais, bien que le contexte soit totalement différent, m’a beaucoup instruit sur les inévitables changements à assumer. Dans un éditorial précédent de la revue Confluences, nous souhaitions que les nouveaux venus sachent tenir compte du travail entrepris. C’est ce que je retrouve dans ce témoignage : « Tranquillement, la nouvelle équipe s'approprie la responsabilité de l'association, sans nous évincer pour autant. L'échange nous a enrichis mutuellement ».



Notre équipe de secouristes
"Je fais partie d'une équipe de secouristes. Cette équipe, nous l'avons créée nous-mêmes. Nous l'avons comme « portée sur les fonds baptismaux ». Nous en avons fait sa réputation de sérieux et de compétence, pendant les 25 années qui viennent de s'écouler.
Mais voilà, nous avons aussi ajouté 25 ans à nos compteurs de vie. Nous constituons sans doute un groupe homogène non fermé, mais nous vivons peut-être trop sur l'expérience acquise et nos certitudes.
Nous commencions à nous poser la question de savoir comment l'association allait se pérenniser quand nous deviendrions, l'âge aidant, moins actifs. Nous étions en manque d'éléments jeunes. Nous redoutions un peu pour l'équipe, l'extinction!

Arrivée de quelques jeunes
Quelques nouveaux, nés bien longtemps après nous, se sont impliqués. Ils ont marqué de l'intérêt pour notre travail. Ils ont souhaité s'investir dans des postes de responsabilité.
Ils apportaient, en plus de leur sang neuf, des idées neuves. Cela fut plus difficile à assimiler pour les « anciens ». Notre groupe finit par vivre une solidarité presque parfaite : les membres étaient à l'écoute des uns des autres. Le problème de l'un était le problème de l'autre.

Un jeune mal dans sa peau
Un jour, un jeune est venu nous rejoindre. Il était mal dans sa peau. Il était particulièrement pénible. Nous devions sans cesse le rappeler à l'ordre, le recadrer. Certains sont allés jusqu'à demander son exclusion. Or, il était, malgré tout, très attachant par certains aspects de sa personne, même si la fougue de sa jeunesse le rendait parfois insupportable. Nous avons vite compris que le secourisme était tout pour lui : il consacrait ses week-ends au poste de secours. Si nous prenions la décision de l'exclure, qu'allait-il faire de son temps libre ? Notre esprit d'entraide nous interdisait de le « larguer ». Il s'agissait de bien le cadrer, de manier savamment la compréhension et l'exigence. Nous lui avons octroyé quelques responsabilités : il a compris qu'il avait sa place parmi nous et, par-delà, dans la société elle-même. Depuis, il fait partie du Bureau et gère un poste de confiance.

La relève est-elle là ?
Le fait que des jeunes s'investissent maintenant dans notre association a changé un peu nos habitudes, nos raisonnements. Les exigences nouvelles en matière de techniques de premier secours, de matériel, nous ont bousculés. Nos cadets exigeaient plus de postes, plus de matériel. Nous, nous commencions à prendre un peu de recul, sans renoncer totalement. Le désir d'une relève a germé dans l'esprit de certains d'entre nous, une relève que nous attendions. Cette relève, ne l'avions-nous pas devant nous, parmi nous ? Nous étions aveugles, peut-être même que nous ne voulions pas la voir. Inconsciemment, est-ce que nous ne voulions pas qu'ils soient à notre image, qu'ils utilisent nos méthodes, qu'ils continuent ce que nous avons fait jusqu'ici, sans qu'ils apportent leur touche personnelle. Nous aurions presque voulu qu'ils soient nos clones. Nous avons réfléchi : avions-nous le droit d'agir ainsi ? N'allions-nous pas décourager cette jeunesse ? Nos certitudes ne tournaient-elles pas à un entêtement aveugle et absurde ? J'ai pensé, personnellement, aux disciples d'Emmaüs. Nos yeux étaient bouchés. Des jeunes nous parlaient et nous ne les entendions pas.

Des décisions sont prises
Nous avons alors parlé avec la présidente et nous avons convenu qu'il nous fallait, non céder notre place, mais partager le fauteuil. J'ai donc décidé de ne pas représenter ma candidature au Bureau, et elle, de son côté, passait de la présidence à la vice-présidence, de façon à laisser les jeunes s'investir progressivement. Nous n'avons pas démissionné tous ensemble. Nous n'avons pas dit : « Débrouillez-vous, nous, on s'en va ! » Non, sans à-coups la relève s'est faite, harmonieuse, réfléchie. Tranquillement, la nouvelle équipe s'approprie la responsabilité de l'association, sans nous évincer pour autant. L'échange nous a enrichis mutuellement.

Notre association a pris un nouvel essor

Surtout, notre association a pris un nouvel essor. Elle s'est secouée de la torpeur qui commençait à la gagner. Anciens et moins anciens s'épaulent, travaillent ensemble, sans a priori. L'entrain de la jeunesse est tempéré par la sagesse des moins jeunes. L'esprit d'entraide qui nous animait est pleinement pris en compte.
Nous étions 13 membres à une époque. Nous sommes 20 maintenant. Nous avons transmis nos principes de solidarité. Nous avons reçu en échange une vigueur nouvelle et la certitude que ce que nous avons créé vivra après nous.

Une ombre au tableau
Seule ombre au tableau : l'un de nos collègues, à l'origine de l'équipe, a très mal vécu cette mutation (ça tombait en même temps que des ennuis de santé et au travail). Il a vu dans ce changement une négation de ce qu'il avait créé avec nous. Il s'est senti rejeté, alors que rien de tel n'avait été dit ou même sous-entendu. Il n'a pas accepté que « cet enfant » que nous avions fait grandir ensemble atteigne sa majorité et poursuive sa vie de façon nouvelle. Il nous a quittés en usant de termes très pénibles et désagréables. Depuis, il nous évite et nos tentatives pour qu'il reste un ami sont jusqu'ici restées vaines. Nous souhaitons qu'il comprenne que nous n'avons pas abandonné le navire. Simplement, nous avons facilité la mise en place d'un nouvel équipage pour que le navire continue sa route vers une mer de sérénité.
Guy
 



Guy

Publié dans Témoignage

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