Trente-six échappatoires

Publié le par Michel Durand

Conférence entre le ciel et l'eau (2002)
De vagues animaux, plus ou moins connus de moi, semblaient s'imposer dans ce tableau. J'ai fini par en ajouter volontairement. Des animaux du ciel, de la terre et de l'eau. Ils se sont mis à discuter entre eux. ciel.jpg
Profession de foi
"Trente-six échappatoires", Dax, mars 2005


J'avais vingt ans. Je ne laissais pas Nizan m'affirmer que ce ne pourrait être le point de départ vers de plus beaux jours dans ma vie.
Trente ans plus tard j'avais cessé de protester à haute voix. J'avais usé ma rébellion et, dans l'épuisement, je regardais s'égarer ma foi. Mon planétaire entourage me paraissait tourner le dos délibérément aux valeurs qui m'étaient essentielles. Ma génération semblait ne devoir jamais connaître un monde qui me serait supportable. Il n'y a pas, dans ces conditions, trente six échappatoires.

Les peintres cependant, dans leurs ateliers du présent comme sur les murs des musées, ne cessaient pour moi de refaire ce monde. Tobey tout particulièrement me bousculait, me tonifiait, me revivifiait de son écriture blanche et de sa spiritualité. Je pouvais encore voir le monde en peinture et Bissière, avec insistance, se mit à me chuchoter chaque jour : "ma jeunesse a commencé à soixante ans, c'est alors seulement que j'ai fait quelque chose de valable".
J'avais fini par approcher ma soixantaine et ça tombait bien. J'écoutai, dans l'apaisement, le message et décidai quotidiennement de tenter d'atteindre ma jeunesse. Il y aurait trente-six échappatoires.
Pierre Régnier

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