Jusqu'où s'enrichir, et pourquoi donner ?

Publié le par Michel Durand

 

Suite au lien créer sur Grégoire de Nysse, j'ai reçu divers extraits que je suis heureux de vous communiquer. Merci à l'internaute concepteur du site.

 


La qualité de notre rapport à l'argent d'après Grégoire de Nysse.

"Si quelqu'un restait bouche bée devant la richesse comme devant une mer, si, déployant l'excès de son désir, il restait insatiable à la vue des gains qui affluent de partout, qu'il soigne sa maladie en regardant la mer véritable.
Car de même que celle-ci ne dépasse pas sa propre mesure dans les innombrables écoulements des eaux, mais demeure également pleine comme si les eaux ne lui ajoutaient rien, de la même façon la nature humaine elle aussi, définie par des mesures propres dans sa jouissance de ce qui est, ne peut pas étendre sa gloutonnerie avide de jouissance à la mesure de l'ampleur des ressources ; au contraire, alors que l'afflux des biens ne cesse pas, sa capacité d'en jouir se maintient dans la limite qui lui est propre.
Si donc la jouissance ne peut pas s'accroître au-delà de la mesure de notre nature, pourquoi attirons-nous l'afflux des ressources sans jamais laisser déborder de ce qui nous en échoit pour en faire bénéficier d'autres ?
Car la jouissance n'a que la durée de la vie dans la matière et les âmes n'en retirent pour elles-mêmes rien d'autre que la seule conscience. Et tout l'empressement que mettent les humains à ce qui concerne cette vie, c'est comme le jeu des petits enfants dans le sable : la jouissance qui en naît cesse lorsqu'ils ne s'en occupent plus. Aussitôt qu'ils arrêtent leurs efforts, le sable en s'écoulant sur lui-même ne laisse aucune trace des efforts faits par les enfants.
"Vanité des vanités, tout est vanité" dit l'ecclésiaste. Puisque donc l'activité des sens est momentanée et éphémère, nous apprenons par cette parole élevée que celui qui porte sa vue sur ces choses-là ne voit rien. Mais celui qui est guidé par elles vers la compréhension de l'être, qui comprend par ce qui est fugitif la nature stable et entre dans l'intelligence de ce qui demeure toujours de façon identique, celui-là a vu ce qui est réellement bon et possède ce qu'il a vu. Car la vision de ce bien, c'est sa possession.
Le grand ecclésiaste, me semble-t-il, prononça ces paroles comme quelqu'un qui était déjà loin de ces choses et qui, l'âme nue, était embarqué sur le navire de la vie immatérielle ; et vraisemblablement nous prononcerons un jour nous aussi ces paroles, lorsque nous serons loin du rivage le long duquel le sable est ce que rejette la mer de la vie.

(1ère HOMÉLIE SUR L'ECCLÉSIASTE - I, 6- 9 dans : Sources chrétiennes n° 416)


Pour toi, qui que tu sois, déteste un vil trafic ; tu es humain, aime tes frères et non pas   l'argent : ne franchis pas cette limite du péché. (…) Ne demande pas un produit au cuivre et à l'or, matières stériles ; ne force pas la pauvreté à faire œuvre de richesse, ni celui qui te demande un capital à rendre des intérêts. Ne sais-tu donc pas que la demande d'un prêt n'est qu'une demande d'aumône déguisée ? (…) Je proclame à haute voix qu'il faut donner, mais j'engage aussi à prêter ; car le prêt est une seconde forme de don ; mais il faut prêter sans intérêt ni usure comme le commande la parole divine.

(HOMÉLIE CONTRE LES USURIERS - 1, 6, 9)

Publié dans Anthropologie

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