Nouer la terre au ciel

Publié le par Michel Durand

  • Voici plusieurs mois que j’ai redécouvert ce texte écrit en 1978. C’était au moment de mon arrivée à Lyon. Texte très personnel ; trop même. Pourquoi le publier ? Il n’a pas eu, en son temps les répercussions espérées. Autrement dit : aucune réponse.img106-1-copie-1.jpg
  • Aujourd’hui, ce ne sera que du réchauffé, donc inutile. Pourtant, il me semble que de nombreuses questions sont encore d’actualité, pas plus entendues maintenant qu’avant ; à moins que je ne sache pas écouter ce qui se dit.
  • Pourquoi ces souvenirs ? Nostalgie d’une approche de fin d’activité ? Ou désir toujours renaissant de dialogues pour une Eglise selon l’Evangile du Christ ? Y aurait-il toujours eu cet « En manque d’Eglise », de perfection, de véritable Eglise du Christ ? Humble ou orgueilleuse confession de ne pas avoir rejoint le but attendu ?
  • A vous d’en juger.


Introduction

Un "été sans écologiste" vient de se terminer. 1978 ne ressemble en rien à 1977. Est-ce, sur ce terrain, la fin de la militance ? D'un peu partout, les lassitudes s'expriment. A quoi bon lutter pour une vie meilleure ? Tout ce que nous essayons de mettre en place est récupéré par le capitalisme.
Devenue une branche de l'industrie, l'écologie est un créneau économiquement valable. On peut vendre des services pour la qualité de la vie. On peut prélever des taxes pour pallier à la pollution des eaux. Peut-on se laisser faire ? Laisser construire des cuves en béton avec notre argent ?

Il ne me semble pas que l'action soit totalement interrompue. Je ne pense même pas qu'il y ait un arrêt momentané. Le terrain se déplace. Les façons de procéder pour obtenir une vie meilleure sont autres. Et si nous ignorons actuellement quel est le chemin le plus efficace, le temps n'est pas loin où de nouveaux plans seront élaborés.

En ce qui me concerne, je ne cherche pas à tracer les lignes d'action d'une vie politique différente de ce que nous avons connu jusqu'à ce jour. Mais, je ne nie pas être personnellement intéressé à ce que des structures favorables à un autre style de vie se mettent en place. Dans ma réflexion sur l'homme, sur moi-même, je ne peux mettre entre parenthèses l'un ou l'autre secteur de ma vie. Tout m'intéresse, l'économique, le politique, le religieux, le philosophique… Seul un regard qui englobe tout convient pour comprendre l'homme, parler de lui, autrement dit, pour vivre sa vie d'homme. C'est un peu ce que j'ai essayé de faire dans les pages qui suivent.
Au lecteur d'en juger.

Je ne me situe pas toujours en observateur de ce qui est vécu. Je prends parti. Très souvent, on attend du prêtre qu'il reste en dehors des initiatives de la vie politique quotidienne. Son rôle serait de regarder le monde agir sans interférer en aucune façon dans les décisions à prendre. Bien sûr, il indiquera ce qui lui semble être en conformité avec l'Evangile et ce qui s'en écartera ; mais, jamais il ne pèsera sur les groupes, les personnes, pour orienter les choix (1). Attention à tous les nouveaux cléricalismes ! L'aumônier d'un groupe de réflexion et d'action aura constamment le souci de respecter l'autonomie de la recherche philosophique, politique, sociale, syndicale, professionnelle des gens. Il devra se taire quand ceux-ci prendront une option avec laquelle il est en désaccord. Est-ce bien, est-ce mal ? Je ne sais ; mais je ne peux pas agir spontanément de la sorte. Certes, le regard de miséricorde du Christ m'incite à ne pas condamner celui qui pense et agit différemment de moi. Ce n'est pas pour autant que je garderai le silence. Pourquoi, prêtre, devrai-je rester en arrière-plan de la vie du monde ? Je ne vois pas d'inconvénient à ce que certains se comportent ainsi - à supposer que cela soit effectivement possible. Mais il ne me semble pas que cela soit la seule attitude souhaitable.

Le texte que je propose à la lecture n'a aucune prétention "scientifique". D'abord vu comme une lettre, genre littéraire laissant une grande liberté, il ne cherche qu'à relater un certain nombre de questions et de réflexions que je me suis formulé l'an passé, au cours du dit "été écologique" 1977. Ces dernières apparaissent encore d'actualité. Si je les reprends en leur donnant cette forme polycopiée c'est toujours, et tout simplement, pour favoriser un débat, une suite de débats, d'où jailliront, peut-être, les éléments capables de nous faire sortir d'une certaine léthargie.

Quand il m'arrive de citer des auteurs contemporains comme Garaudy, Glucksmann, etc…" il ne faudrait pas croire que j'ai conduit avec ceux-ci une étude exhaustive. Ce sont plutôt des occasions que j'ai prises au vol pour exprimer ma propre pensée. De même, les institutions dont il sera question n'ont pas été l'objet d'une observation approfondie. Elles sont le cadre dans lequel je me suis trouvé à cette époque, et ont servi de butoirs stimulant ma propre réflexion. En un sens, la vérité sur celles-ci compte moins que ce qu'elles m'ont permis de découvrir et de dire.

Dans ma "Lettre à l'Evêque d'Autun", reproduite à la page suivante, je m'explique sur la façon dont fut rédigé ce texte. Les premiers chapitres, plus abstraits, relatent ce que tout le monde sait. Il y a peu d'originalité. Sur la fin, l'accent se veut plus personnel, plus concret. Partout la même idée s'étale : elle nous presse de réaliser l'équilibre entre l'engagement spécifique pour les hommes et l'engagement pour Dieu. On ne peut plus privilégier un secteur de l'existence, l'action au dépend de la louange, et réciproquement.
Problèmes éternels, sommes-nous en droit de penser. Comment vivre le noeud du ciel et de la terre ?

Lyon, octobre 1978

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(1) à ce propos, quelqu'un me disait, un jour: "les problèmes soulevés me paraissent être des problèmes de laïcs et il est bon qu'un prêtre s'y intéresse. Mais, le rôle du prêtre n'est pas de donner une réponse concrète aux laïcs. Celui-ci se doit :
a) de les aider à vivre selon l'Evangile leurs options actuelles.
b) de les aider à les remettre en question au nom de l'Evangile, quitte à les garder ou à les rejeter.
c) d'accueillir les options des autres afin que nous puissions recevoir ce que le Christ nous dit par ceux-ci, etc…
Par conséquent, même si nous ne sommes pas satisfaits humainement de ce qu'ils ont choisi, notre rôle reste entier."
J'accepte cette façon de voir ; seulement, je craindrais qu'elle devienne exclusive au point de nous transformer en simple observateur de la vie.

Publié dans Il y a 30 années...

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